Antoine Torrens: "De quoi le nom est-il la bibliothèque?" | Livres Hebdo

Par Livres Hebdo, le 22.06.2017 à 12h06 (mis à jour le 22.06.2017 à 13h00) Cyclo-Biblio 2017

Antoine Torrens: "De quoi le nom est-il la bibliothèque?"

Le Learning Center de Lausanne - A. TORRENS

Du 18 au 24 juin 2017, 70 professionnels bibliothécaires pédaleront sur les routes au départ de Genève pour une boucle de 300 km autour du Lac Léman. Quatrième étape à Lausanne avec le conservateur Antoine Torrens.

"Message important : le Rolex Learning Center est avant tout une bibliothèque. Nous vous remercions de respecter le silence pour les étudiants qui travaillent".

Ce message est affiché depuis au moins cinq ans sur la page d'accueil du learning center de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne, où Cyclo-biblio posait ses vélos mercredi 21 juin. Cette curieuse formule ne serait-elle pas révélatrice d'une dichotomie dans l'identité des bibliothèques ?

Parmi les 771 bibliothèques étudiées par Albane Lejeune dans son mémoire de 2013 sur la dénomination des bibliothèques territoriales, 383 portaient le nom de "bibliothèque" tandis que 361 s'intitulaient "médiathèques". Dans nombre de cas, cette différence ne correspondait pas à une différence de nature et les "bibliothèques" ne comportaient pas moins de films, de musique ou d'accès à des contenus en ligne que les "médiathèques".

Vocable dans l'air du temps

Bibliothèque, médiathèque, learning center : dans le choix de ces dénominations, on peut voir des effets de mode. L'équipement, baptisé au moment de sa création par un conseil municipal ou la gouvernance d'une université, est tout neuf ; aussi se doit-il d'être totalement moderne et d'adopter le  dernier vocable en vigueur. Peut-être même, dès les toutes premières étapes de la préfiguration, ce même vocable a-t-il permis de persuader les décideurs et financeurs de la nécessité historique de soutenir le projet. Certains éléments de langage réussis ont ainsi pu apporter des centaines de millions d'euros à la culture et à l'éducation.
 

A. TORRENS

Mais il serait injuste de ne lire ces variations que comme de purs artifices rhétoriques : ils expriment aussi une sincère volonté de signifier que - pour reprendre l'un des leitmotivs de Cyclo-biblio - "une bibliothèque, ce n'est pas qu'une histoire de livres". Les nouveaux noms écorchent parfois l'oreille des amoureux des bibliothèques, de ceux qui savent la diversité des ressources qu'elles proposent et ne comprennent pas ce qu'apporterait à leur identité un néologisme disgracieux. Mais pour beaucoup, et pour longtemps encore, une bibliothèque est uniquement un endroit où l'on lit et où l'on emprunte des livres.

La marque comme nom commun

Aussi les dénominations nouvelles s'efforcent-elles d'expliquer à leurs publics, à leurs tutelles mais aussi aux bibliothécaires eux mêmes que les bibliothèques poursuivent des buts. La médiathèque : mettre à disposition tous types de document. Le learning center : favoriser l'apprentissage, quel qu'il soit. Les ideas stores : accompagner l'épanouissement intellectuel. Et l'on pourrait également parler des infothèques, des CDI, des SCD, et de bien d'autres encore.

À l'époque de l'explosion des projets de learning centers, des alternatives plus francophones ont été élaborées :  didacthèque, cognothèque, formarum, holothèque, transmédiathèque, polythèque, etc. Pour celui de Lausanne, cela n'aurait pas changé grand-chose puisque l'entreprise sponsor a intelligemment mis en avant son investissement : selon les personnels du lieu, les étudiants disent bien plus fréquemment "On va au Rolex" que "On va au learning center".

 
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