BNF

Dans les semaines à venir, le nombre d’exemplaires des livres donnés par les éditeurs à la Bibliothèque nationale de France (BNF) au titre du dépôt légal passera de deux à un. La principale raison à ce changement est le passage progressif au dépôt légal en version numérique. La plateforme extranet mise en place en 2013 recueille déjà les fichiers de 40 % du dépôt légal reçu sous forme imprimée. La question du stockage a été un autre facteur déterminant, alors que les capacités de stockage de la BNF devraient arriver à saturation d’ici à cinq ans : en 2014, 80 000 livres ont été collectés dans le cadre du dépôt légal. La Bibliothèque nationale de France archive le premier exemplaire. Le second était destiné à rejoindre les collections des 58 bibliothèques partenaires de la BNF. En réalité, seuls 60 % de ces exemplaires trouvaient preneurs.

Cette nouvelle donne va avoir des conséquences différentes selon les cas. La bibliothèque du patrimoine de Clermont-Ferrand, par exemple, était destinataire des livres publiés par les éditeurs régionaux, environ 300 par an. Mais seuls 10 % de ces ouvrages rejoignaient le fonds régional de la bibliothèque, le reste étant archivé. Pour Michaël Guggenbuhl, responsable de la bibliothèque du patrimoine, la perte du dépôt légal éditeur n’est pas un drame : "Ces ouvrages étant exclus du prêt, on en rachetait déjà une partie. Désormais, on décidera au cas par cas d’acquérir un ou deux exemplaires." La situation est plus problématique pour les bibliothèques disposant de fonds thématiques, où le dépôt légal représentait parfois 50 % des acquisitions de l’année. Mais au-delà de la question budgétaire, c’est la remise en cause de la politique de conservation partagée qui provoque le mécontentement de certains professionnels. "Nous avions la mission de valoriser des fonds thématiques en y ajoutant un environnement et des services que la Bibliothèque nationale de France n’est pas en mesure d’offrir, déplore la directrice d’un établissement. La règle du jeu a été modifiée sans concertation. Et qu’en est-il de la promesse faite aux éditeurs que leurs publications seraient conservées ? Les livres du dépôt légal vont devenir propriété des bibliothèques, qui pourront les prêter, et même les pilonner."

Véronique Heurtematte

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