La rentrée littéraire sur le terrain

En régie avec Gwenaëlle Dréan

Pendant l’enregistrement d’"Europe 1 Social Club". - Photo photo olivier dion

En régie avec Gwenaëlle Dréan

Avant que le rythme du service de presse de Julliard ne s’accélère en septembre, Gwenaëlle Dréan, qui vit sa deuxième rentrée littéraire dans la maison dirigée par Betty Mialet et Bernard Barrault, accompagne Philippe Jaenada à sa première émission de radio de la saison.

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Par Claude Combet
Créé le 08.09.2017 à 12h33

Mardi 29 août, 15 h 30. Un taxi dépose Gwenaëlle Dréan et son auteur Philippe Jaenada devant Europe 1, rue François-Ier, pour l’enregistrement de l’émission de Frédéric Taddeï, "Europe 1 Social Club". Un café et une bière plus tard, ses - deux - téléphones oubliés dans le taxi et récupérés ("Il ne faut pas le raconter, je vais passer pour une tête de linotte"), l’écrivain est en studio avec Frédéric Taddeï, le musicien Lenparrot et l’auteure Joy Sorman pour Sciences de la vie au Seuil, tandis que l’attachée de presse de Julliard se retrouve en régie où elle prend des photos "pour alimenter les réseaux sociaux". "C’est un bon client pour la radio. Il est à l’aise et, en plus, il est drôle", commente-t-elle, juste avant que Philippe Jaenada ne déclare : "Il est temps de le dire : Amélie Nothomb est mon pseudo", suite à une discussion sur les pseudonymes autour de son roman La serpe, consacré à Henri Girard, alias Georges Arnaud. Après s’être inquiétée en régie - "Il ne faut pas dévoiler la fin de l’his- toire." -, elle "débriefe" après l’émission : "Frédéric Taddeï a vraiment bien lu livre, tout s’articulait très bien".

En tête-à-tête

Pour Gwenaëlle Dréan, c’est le début d’une période chargée. Si les émissions de télévision ne sont pas encore à l’antenne, les premiers passages à la radio sont programmés et les premières critiques tombent dans les journaux : L’Express a publié un entretien croisé avec Alice Ferney, Libération et La Croix lui ont consacré un article chacun, qu’elle signale sur Facebook. Philippe Jaenada se retrouve, un même soir et à la même heure, à la fois en direct sur RTL dans l’émission de Jacques Pradel et sur Europe 1, dans celle enregistrée de Frédéric Taddeï. "C’est impossible de le rater", s’amuse-t-elle, en notant que "tout se met en place à partir du 21 août, et les choses s’accélèrent ensuite". Le marathon se poursuivra avec Un personnage de roman, le livre mystère de Philippe Besson sur Emmanuel Macron qui clôture le 7 septembre la rentrée Julliard.

Pour Gwenaëlle Dréan, la rentrée littéraire a démarré dès la réunion de représentants le 20 avril, "le moment où l’on rencontre les écrivains et la première fois où on les entend parler de leurs livres. Cela nous permet d’avoir des éléments de langage et de muscler nos arguments. C’est aussi important que la première radio", souligne-t-elle. L’étape suivante est la rencontre individuelle avec chacun des auteurs, en tête-à-tête, une période où la tension commence à monter. "Le retour de l’attachée de presse est important pour un romancier. Nous sommes parmi les premiers à le lire. Notre lecture leur permet de savoir ce que ressent un lecteur, ce qu’il en retient. Un écrivain n’imagine jamais son livre comme les lecteurs le lui restituent. C’est magique : le livre s’invente à chaque lecture", souligne-t-elle, s’apprêtant à passer "plusieurs mois avec eux".

En cette année électorale, Bernard Barrault et Betty Mialet n’ont rien programmé depuis mars afin de se concentrer sur les quatre romans de la rentrée. "Cette rentrée est très diversifiée, ce qui me permet d’avoir des interlocuteurs différents selon les titres. Etre, tellement de Jean-Luc Marty est un texte très littéraire, durassien. La part des anges de Laurent Bénégui est une comédie à la fois légère et profonde qui traite de façon sereine de la mort des parents. L’insoumise de la porte de Flandre de Fouad Laroui est un roman social sur le thème du corps féminin dans l’islam, qui s’inscrit dans l’actualité. La serpe reprend un fait divers, un triple meurtre dont l’écrivain Georges Arnaud a été suspecté. On y retrouve la liberté de ton très particulière de Philippe Jaenada", remarque-t-elle.

"Tempérer l’hystérie"

Un booklet rentrée littéraire Laffont/Julliard et des épreuves papier ou PDF (sur une clé USB) ont été réalisés pour chacun des titres, à l’exception du Jaenada qui n’était pas prêt, et distribués aux libraires et aux journalistes. Les livres ont été imprimés dès juin. Mais pour l’attachée de presse, "tout se joue pendant l’été car les journalistes lisent pendant les vacances et la rentrée se dessine à partir du 15 août". Le second moment de tension est celui de la lecture par les critiques. "Alain Jean-Robert de l’AFP m’a dit qu’il avait raté un arrêt du bus en lisant le Jaenada. C’est bon signe", se réjouit-elle.

Les réactions des libraires et des organisateurs de salons sont prises en compte. Fouad Laroui et Philippe Jaenada sont invités à Nancy. Philippe Jaenada et Patrick Besson à Manosque. Fouad Laroui, Laurent Bénégui, Jean-Luc Marty et Patrick Besson à Besançon, et les libraires ont aussi lancé des invitations en librairie après la réunion, tout cela participant d’une véritable synergie. Les rendez-vous avec les journalistes à la rentrée sont enfin déterminants. "L’envie de lire un roman se transmet par la conversation. Je crois au dialogue. Rencontrer les journalistes permet de savoir ce qui se passe dans les autres maisons, comment se dessine la rentrée littéraire. Quand je vois quinze personnes la même semaine, je sais quels sont les livres dont on parle", explique-t-elle.

Si Gwenaëlle Dréan reconnaît que la rentrée peut être éprouvante pour les écrivains, elle se veut rassurante : "Il faut tempérer l’hystérie du moment. Il faut faire comprendre à l’auteur que s’il n’est pas sur les listes des prix littéraires, le livre existe quand même et qu’on a tout l’automne pour en faire parler. Chez Julliard, on ne lâche pas, on accompagne le roman le plus longtemps possible", dit-elle, louant l’esprit de famille de la maison. "C’est un travail de dentellière, mais ce qui nous fait le plus défaut, c’est le temps."La sortie et le plan média du Philippe Besson ont été orchestrés par Betty Mialet avant que Gwenaëlle Dréan ne prenne le relais. En attendant, dans son bureau, son assistante Amélie Trébosc n’en finissait pas de répondre au téléphone : "Le Besson est sous embargo. On ne peut rien dévoiler avant le 7 septembre."

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