25 octobre > Biographie illustrée France > Dominique Bona

Gala appartient, à sa façon, à l’aventure surréaliste, et, partant, à l’histoire littéraire et artistique du XXe siècle même si, contrairement à ses quelques consœurs agrégées à ce "club d’hommes" (Dora Maar, Dorothea Tanning, Toyen, Joyce Mansour, Leonor Fini à ses débuts…), elle n’a ni écrit, ni peint. Elle a inspiré plusieurs des créateurs du groupe, qui ont succombé à sa beauté, à son charme, à son emprise magnétique : Paul Eluard, son ami Max Ernst, puis Salvador Dalí. Alors que les autres surréalistes, Breton en particulier, l’ont toujours détestée, la trouvant "collante" ou pire, comme Soupault qui la surnommait "la Punaise", le poète et le peintre sont tombés follement amoureux de cette femme d’exception, qui a nourri leur œuvre.

Si le parcours terrestre d’Elena Dmitrievna Diakonova, Russe née dans une bonne famille de Kazan en 1894, morte dans son château catalan le 10 juin 1982, est relativement connu, Dominique Bona le revisite à la faveur de documents inédits. Ils lui permettent notamment de retracer, avec précision et clarté, la jeunesse de Gala (on ne l’a jamais appelée autrement), c’est-à-dire ses "années Eluard". Ce sont les plus passionnantes, parce que le poète s’est trouvé acteur dès le début du mouvement dada, puis du surréalisme, au centre d’une galaxie avant-gardiste, voire révolutionnaire.

Eugène Grindel, de son vrai nom, a rencontré Gala en 1912 dans un sanatorium suisse où ils soignaient leurs problèmes pulmonaires. Il en est tombé éperdument amoureux, au grand dam de sa famille, qui vit d’un fort mauvais œil débarquer dans sa vie, en 1916, cette aventurière fauchée, extravagante, tyrannique, cultivée, dépensière, orthodoxe et mélancolique. Mais rien n’y fait : les deux jeunes gens se marient en 1917. Le couple fonctionnera une dizaine d’années, en dépit d’un ménage à trois avec Max Ernst, des perversités d’Eluard, des infidélités de Gala. Tout vole en éclats en 1930, quand Gala rencontre Dalí, de dix ans son cadet. Coup de foudre, surtout de son côté à lui. Les voici partis pour un demi-siècle d’osmose quotidienne et créative. Jusqu’à leur fin sordide.

Le récit est limpide et tenu, les documents parfaitement en situation, éclairants. On comprend mieux maintenant, avec le recul du temps et débarrassé des passions, le rôle historique de Gala, muse, égérie, grande ensorceleuse et mante religieuse. J.-C. P.

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