2 novembre > Roman France > Claire Renaud

Parfois, les histoires d’amour commencent mal. Celle de Raphaëlle et Philippe, que décortique avec cruauté le deuxième roman de Claire Renaud, auteure de livres pour la jeunesse et de Déboutonnage (Stock, 2010), patine d’entrée de jeu. Derrière ce titre baudelairien, il y a une brève rencontre, les deux mois de vie et mort en accéléré d’un couple. La romancière a choisi un dispositif où chaque point de vue, dont les protagonistes ne sont pas les narrateurs, est exposé alternativement en miroir.

Au début, ils sont collègues. Ils se croisent dans les couloirs et à la machine à café. Il approche de la cinquantaine, a dix ans de plus qu’elle. Il lui plaît, beaucoup. Elle le trouve beau. Il la juge fade. Il n’est pas intéressé. Elle prend l’initiative, confiante, naïve, risque-tout. Il finit par entrer dans l’histoire à reculons, méfiant, calculateur, soufflant le chaud et le froid. Déjà dissonants. Ils ont bien en commun leur solitude mais elle ne dégage pas le même parfum. Laborieuse, la romance sent rapidement mauvais. Un seul moment sera raccord : une acmé purement cérébrale, un soir dans un bar. Puis, dans un mouvement de balancier, ses yeux se décillent, elle se désinvestit. Et rien malgré les attentions ostentatoires, la virée à Cabourg, le week-end à Gand, ne pourra inverser le courant. Elle se demande : "Comment le morne s’est installé ? Petit à petit. De rendez-vous annulé en "ma chérie" inadéquat." L’attirance première, ses fantasmes de midinette s’épuisent au contact de la réalité. Il tente des stratégies avec la fierté blessée du mâle qu’on n’idéalise plus. "Il veut la quitter quand elle l’aimera à nouveau." A la fin, ils n’auront eu ni "lits pleins d’odeurs légères", ni "divans profonds comme des tombeaux". V. R.

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