24 mai > Premier roman France > Léo Fourrier

Né en 1995, Léo Fourrier est déjà plus âgé que Radiguet quand il est mort, en 1923. Mais son "héros" et narrateur, dont on ne connaîtra jamais le prénom, est plus jeune que celui du Diable au corps. A 16 ans à peine, c’est le fils émancipé de bourgeois partis vivre en Guyane, et qui le croient poursuivant bien tranquillement ses études. En fait, homosexuel assumé, il passe sa vie dans le Milieu (le Marais), les boîtes, abuse des drogues et se livre à une véritable débauche sexuelle. Un peu gigolo, il a un côté prédateur et cynique, totalement désenchanté. Si moderne.

Sa meilleure amie, Iris d’Orman, pour qui il n’a guère de secrets (tout du moins au début du roman), est, elle, fille d’une riche famille catholique du 7e arrondissement, BCBG, traditionnelle, mais s’affichant "décontract", à l’écoute des jeunes, voire encore jeune elle-même. Eric, le père, est notaire, la mère, Hélène, très engagée dans la paroisse. Outre Iris, ils ont deux petites filles, Camille et Alexandra, dont ils viennent de voir partir la baby-sitter. Iris propose le job à son ami, lequel rencontre les parents, à qui il plaît aussitôt. Plus que ça, même, en ce qui concerne Eric, qu’il n’appelle pas longtemps "Monsieur". Ces deux-là se sont trouvés, compris. Le notaire est gay et succombe au charme de l’adolescent. Ils se lancent dans une liaison risquée, se retrouvent dans une garçonnière, en secret. Du moins le croient-ils. Mais Iris, qui se doute de quelque chose, les espionne, apprend la vérité et va en faire un usage funeste, ravageur pour sa famille.

Le narrateur, pour sa part, après leur rupture, semblera sincèrement attaché à Eric, mais ne se morfondra pas longtemps. Il reprend ses relations douteuses, son usage immodéré des drogues, sa fréquentation des lieux de drague et de baise.

Léo Fourrier, dont on ignore à peu près tout, entre dans la carrière romanesque avec un livre à la fois virtuose et agaçant, non exempt de clichés, sur les bourgeois ou les gays, par exemple, tous forcément fans de Mylène Farmer. Le style, travaillé jusqu’à l’excès parfois, peut tomber aussi bien dans la caricature du "parlé djeune". Mais, de cet Incident mineur émane un charme vénéneux, générationnel, qui en dit long sur certains travers de notre époque. Jean-Claude Perrier

11.05 2018

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