Le marché néerlandais du livre affiche des signaux contradictoires. En 2025, 44 millions d'exemplaires ont été vendus — en recul de 3 % sur un an — mais pour un chiffre d'affaires légèrement supérieur, à 637 millions d’euros, selon NielsenIQ. « Les livres sont devenus plus chers. C'est ce que montrent les chiffres », résume Martijn David, secrétaire général du GAU, l'association des éditeurs néerlandais.
La répartition des ventes entre librairies physiques et vente en ligne atteint désormais l'équilibre : 50 % chacune. Ball, équivalent local d'Amazon — appartenant au groupe Albert Heijn, premier distributeur alimentaire du pays —, domine le canal en ligne. L'ebook plafonne à environ 6 % du chiffre d'affaires, hors abonnements de streaming. « Le marché numérique n'a pas crû comme on le pensait il y a 10 ou 15 ans », observe Martijn David.
L'anglais, concurrence structurelle
Principal défi identifié : la progression des livres en anglais, qui représentent désormais 21 % des volumes vendus et 24 % du chiffre d'affaires. Sur 500 000 titres différents écoulés, seuls 180 000 étaient en néerlandais. « C'est une concurrence rude. Certains genres — fantasy, romance, science-fiction — sont quasi monopolisés par l'édition anglophone », explique Martijn David. Le phénomène touche particulièrement les jeunes lecteurs, pour qui l'anglais est « assez dominant » comme langue de lecture sous les 35 ans.
Pour les éditeurs français, une opportunité s'ouvre néanmoins : « Les traductions depuis le français bénéficient de davantage de soutiens publics que les titres anglophones, pour lesquels on n'obtient rien du Canada, rien des États-Unis, rien du Royaume-Uni ».
Martijn David est le secrétaire général du GAU, l'association des éditeurs néerlandais- Photo © EDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le marché du livre néerlandais repose sur un socle juridique ancien et stable. Le prix unique du livre y est en vigueur depuis 1905, mais c'est en 2004 qu'il a acquis force de loi, sur un modèle très proche du système français. Ce dispositif, pensé pour protéger la diversité éditoriale et le réseau de librairies, constitue encore aujourd'hui le pilier de l'économie du livre dans le pays.
Ce cadre stable n'empêche pas les tensions. Le paysage éditorial néerlandais est dominé par quelques grands groupes, mais les acteurs de taille moyenne y occupent une place réelle. Cinq groupes éditoriaux concentrent 25 % du marché. La consolidation s'est accélérée ces dernières années, plusieurs maisons indépendantes ayant été rachetées. Singel Uitgeverijen, né il y a douze ans d'une restructuration de WPG — l'un des plus grands éditeurs du pays —, regroupe plusieurs maisons littéraires prestigieuses, dont Querido et De Arbeiderspers.
Forte croissance du marché du livre audio
La P-DG, Paulien Loerts, revendique aujourd'hui la quatrième place du marché. « Nous sommes très larges désormais : littérature, livres pour enfants, livres de cuisine, non-fiction », détaille-t-elle. Et si le marché global recule, Singel Uitgeverijen affiche une trajectoire inverse.
Le marché néerlandais dispose d'un outil singulier : la Centrale Boekenhuis, distributeur central codétenu par éditeurs et libraires depuis plus de 150 ans. Elle traite l'ensemble de la logistique physique et numérique, y compris pour Amazon. « Avoir tous ses livres au même endroit est un avantage considérable », souligne Martijn David.
Malgré les défis, ce dernier reste prudemment optimiste : « Il y a aujourd'hui une vraie prise de conscience que lire de longs textes est fondamental — même à l'ère de l'IA », tandis que l'audiobook, porté comme en France par l’entrée sur le marché du géant Spotify, enregistre une croissance significative.
Mais une enquête du GAU révèle qu'une part significative de lecteurs se dit indifférente à ce qu'un livre soit écrit par un humain ou par une machine. « C'est un peu inquiétant », reconnaît Martijn David, qui tempère toutefois : « La littérature, c'est l'originalité et les idées. Ça, je ne vois pas comment l'IA peut le remplacer. »
Retrouvez demain le prochain article de la série sur le Paris Book Market avec un focus sur le marché de la librairie au Pays-Bas

