Littérature

L'ironie et la satire célébrées aux Assises du roman à Lyon

Bertrand Gaudillère / Item

L'ironie et la satire célébrées aux Assises du roman à Lyon

Dans un hommage improvisé à Philip Roth, les écrivains Jonathan Coe, Jonas Lüsher et Julie Wolkenstein ont discuté sur le sens apporté par la satire et l'ironie dans leurs romans, à l'occasion des Assises internationales du roman à Lyon.

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Par Isabel Contreras
Créé le 27.05.2018 à 22h00

« Nous ne sommes pas forcément drôles », lançait Julie Wolkenstein provoquant le rire du public venu assister, vendredi 25 mai, aux Assises internationales du roman, à Lyon. L’auteure et traductrice se trouvait sur scène aux côtés des écrivains britannique Jonathan Coe (Testament à l’anglaise, Gallimard) et suisse Jonas Lüscher (Le printemps des barbares, Autrement).

Sous la verrière des Subsistances, cet ancien couvent lyonnais devenu lieu culturel et de création artistique, ils ont débattu pendant toute une soirée sur leur besoin de faire appel à l’ironie, à l’autodérision où même à la satire pour raconter une histoire. Pour Jonas Lüsher, l’ironie permet d’installer une distance « entre l’auteur et ses personnages mais aussi entre les lecteurs et les personnages. L’ironie est positive, salutaire et même utile puisque je ne souhaite pas que mes lecteurs s’identifient à mes personnages », a souligné cet écrivain connu pour ses critiques acerbes du capitalisme.

Dans son dernier roman Les vacances (POL), Julie Wolkenstein s’est elle servie de l’autodérision pour dénoncer les mauvaises conditions dans lesquelles elle travaille à l’université de Caen où elle est maître de conférence en littérature comparée. « Après la sortie de votre livre, vous avez tout de même réussi à faire rallumer le chauffage dans votre université » a pointé elle aussi ironique la modératrice du débat, Raphaëlle Rérolle, journaliste au Monde. « Juste pendant une semaine ! (…) L’humour ou l’ironie sont une attitude face au monde qui peut s’exercer devant toute sorte de réalité, y compris des réalités humaines et désespérantes. Comme dans cette phrase bien connue: l’humour est la politesse du désespoir » a réagi l’auteure.

Si elle a clamé son indignation sur les moyens insuffisants alloués aux universités, Julie Wolkenstein est tombée d’accord avec Jonathan Coe sur le fait que l’écriture satirique n’est peut-être pas le meilleur moyen pour réveiller les consciences. « La littérature satirique apporte une forme de compensation, de consolation au lecteur et peut-être même (à l’auteur) mais c’est très furtif et malheureusement inefficace » a-t-elle expliqué. « La satire est une perte totale de temps » a lancé de son côté Jonathan Coe, pourtant devenu célèbre en France pour son roman satirique sur l’époque Thatcher, Testament à l’anglaise. « Vous avez le meilleur exemple au Royaume-Uni, pays connu pour ses satires et ses nombreux brulots et malgré ça, nous sommes foutus. »

Les auteurs ont aussi remarqué le manque de reconnaissance générale pour les auteurs de comédies dans les prix littéraires « alors que c’est plus facile d’écrire sur un évènement douloureux que de faire rire les gens », a noté Julie Wolkenstein. L’écrivain Philip Roth, disparu le 22 mai sans avoir reçu le Nobel de littérature, a été dans les esprits des assistants. Pour sa personnalité et ses écrits, notamment Portnoy et son complexe, « un des romans les plus hilarants qui existent et celui qui a justement fait la célébrité de Philip Roth. La preuve que l’ironie et la satire ne sont pas des genres mineurs », a conclu la modératrice.
 

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