Les réactions sont unanimes, du côté des organisateurs comme des onze éditeurs interrogés: Shoot the book!, le rendez-vous de l’adaptation créé en 2014 au Festival de Cannes, s’est installé sur la Croisette et continue de grandir. "De plus en plus d’éditeurs viennent à Cannes", confirme Didier Dutour, responsable du pôle Livre et médiathèques à l’Institut français. Cette année, 22 représentants de 35 maisons d’édition seront présents au Festival. Si le taux de transformation en options apparaît faible parmi les films "pitchés" (voir graphique ci-dessous), il ne faut pas se fier aux apparences. "Il faut souvent deux ou trois ans avant que les choses se fassent", rappelle Alexandra Buchman (Place des éditeurs). Surtout, "Shoot the book ! permet un coup de projecteur sur le catalogue. Nous travaillons essentiellement avec des producteurs français et l’opération nous permet de nous ouvrir à l’international. C’est un catalyseur", se félicite Maÿlis Vauterin chez Stock.

Tisser des liens

Tous les éditeurs partagent cette analyse. Shoot the book! est "plus une vitrine qu’un lieu où les contrats se concluent", selon Laure Saget (Flammarion). "Cette cerise sur la fraise", comme la définit Didier Dutour, a vocation à devenir un outil de "soft power". "Le rendez-vous est un programme de transversalité", ajoute-t-il, précisant que "les auteurs ne se limitent plus à leurs livres. Un auteur devient une "propriété intellectuelle" qu’on peut développer dans tous les arts et sur de multiples supports."

En outre, ce genre d’opérations "permet de se déplacer dans des événements audiovisuels où nous n’irions pas individuellement, complète Judith Becqueriaux (Denoël). Cela augmente notre force de frappe". Pour Etienne Bonnin (Glénat), "au-delà de la signature des contrats, ce qui est important c’est de rencontrer des producteurs. Pour qu’ils sachent qu’on existe, ce qu’on fait et qu’il y a une personne de référence à laquelle ils peuvent s’adresser."

Tout en élargissant les réseaux des éditeurs, Shoot the book! renouvelle l’image de l’édition hexagonale avec des genres (BD, polar…) qui ne sont pas forcément identifiés comme français. De plus, la manifestation aide les éditeurs à comprendre les intérêts de producteurs chinois ou de plateformes comme Netflix. Le géant américain, qui a 8 milliards de dollars à investir dans la création, a ainsi rencontré cinq éditeurs français à l’automne dernier à l’occasion du Shoot the book! de Los Angeles.

Pour renforcer encore les liens entre les deux industries culturelles, l’événement s’enrichit et grandit. Initialement au cœur du dispositif, la séance de pitchs des livres sélectionnés ne représente plus qu’un quart du planning cannois.

En collaboration avec EAVE, principal réseau de producteurs audiovisuels européens, une journée professionnelle sur l’adaptation et la coproduction internationale s’est inscrite dans l’agenda depuis 2017. Par ailleurs, l’après-midi de rendez-vous individuels entre éditeurs et producteurs, jusqu’ici hébergés par le pavillon des Cinémas du monde de l’Institut français, se tient à présent au pavillon du Centre national du cinéma. Cet accord avec le CNC montre que les territoires autrefois étanches du livre et du cinéma voient leurs frontières s’abolir. "Shoot the book ! est une Fabrique de la création, comme nous avons une Fabrique du cinéma", assume Didier Dutour, qui veut aider les adaptations en quête de financements et de coproducteurs.

Faire reconnaître le livre

A travers cette vision à la fois globale et locale, un combat beaucoup plus large se profile: la défense du droit d’auteur, et celle de la place de l’éditeur dans la chaîne des droits, avec de solides interlocuteurs pour les producteurs, et la promotion des auteurs. "Avoir un livre adapté est une plateforme extraordinaire pour un auteur", souligne Didier Dutour. Pour Laurent Duvault (Mediatoon/Média-Participations), "Shoot the book! permet de faire reconnaître le livre comme une vraie source de création. Il est important de redonner un coup de projecteur sur le livre. En France, il est courant de faire des adaptations. Mais dans d’autres pays comme la Chine, c’est plus récent."

D’autres déclinaisons sont au programme, tout comme le développement d’un événement professionnel mondial, qui pourrait lier la Foire de Francfort et le Festival de Cannes. Shoot the book!, initié humblement par Paul Otchakovsky-Laurens et désormais inscrit dans l’agenda du marché du film, devient peu à peu le navire amiral de la promotion de la culture française à travers le livre dans l’univers glamour du 7e art.

04.05 2018

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