15 janvier > Premier roman France > Pierre Daymé

Sur la quatrième de couverture, une notice bien laconique indique : "Pierre Daymé travaille pour la radio." Et en effet, la voix, celle du narrateur, jamais nommé, joue un rôle important dans cette histoire. Mais, à la lire, avec son côté très déstructuré, ses flash-back, ses multiples déplacements (Paris, Malmö, la Corse, Berlin, la Bretagne…), son long déroulé chronologique fictif sur dix ans, de 2015, date de la brève rencontre à Paris entre Quentin et Kristian Hansen, à 2025, celle de l’accident du jeune homme, on pense plutôt au cinéma. Tout cela est très filmique et, paradoxalement, alors qu’on bouge à s’en donner le tournis (le narrateur, à un moment, souffre de crises de vertige terribles, qui le conduiront au bord du suicide), oppressant comme un huis clos.

Pierre Daymé y invente une relation entre trois garçons, intermittente, amicale, amoureuse et douloureuse, complexe. Quentin, alors étudiant, quitte Kristian Hansen à Malmö, où il l’a suivi, parce qu’il "ne l’aime pas". Le narrateur, plus tard, bien qu’il ait vécu avec le très bourgeois Alexandre, puis épousé un certain Victor (juste des silhouettes de passage), confiera lui aussi : "Je n’ai jamais aimé personne." S’ensuivent des années d’errance. Le narrateur le rencontre en Corse en 2017, puis, quatre ans après, les trois se retrouvent à Berlin. Quentin lui a raconté son histoire avec le Suédois, de façon compulsive. Le narrateur, violemment jaloux, va se glisser dans cette histoire dont il se sent exclu.

On n’en dira pas plus, afin de préserver l’espèce de suspense que l’auteur a voulue, et qui évoque un peu L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie. Jean-Claude Perrier

15.12 2017

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