
Dans une entrevue au Monde des livres (daté du 6.10.2006), l'agent littéraire Andrew Wylie, réputé dur en affaires, n'est pas tendre en paroles. 26 ans qu'il fait son métier.
"Je crois que le circuit de vente des livres va se développer d'une manière très favorable aux livres de qualité. Les grandes chaînes de librairie, qui sont extrêmement néfastes, ne mettant en avant que des livres médiocres, à vente rapide, et négligeant totalement le fonds, sont en perte de vitesse. Grâce notamment à Amazon, qui est une révolution. Le marché va se partager entre Amazon et les librairies indépendantes, dont le réseau, aux Etats-Unis, a été bien endommagé, mais va se reconstruire. Je suis certain que les défaitistes se trompent."
Pensez-vous que la France suivra la même évolution? Partagez-vous cet optimisme?
Pour la migration vers les centres commerciaux hors centre ville, les libraires indépendantes n'ont pas à s'inquiéter...Ces enseignes vont vers le royaume du 20/80, du fast-reading...On leur laisse volontiers. On se rejouit même qu'elles puissent atteindre un public qui ne viendrait pas dans une librairie de centre ville.
Concernant Internet, je pense sincérement que les librairies indépendantes en se concentrant sur les bases du métier peuvent affronter cette concurrence virtuelle...Et si Internet faisait trembler certains libraires indépendants parce que justement ils ont tendance à oublier les bases du métier que sont : l'accueil, le conseil, l'écoute, la valorisation du fonds par des libraires passionnés et formés...ce supplément d'âme qu'on ne retrouvera jamais sur la toile.
Ce qui m'énerve aujourd'hui ce sont les conditions que nous pouvons avoir de la part d'éditeurs avec qui vous n'avons pas l'habitude de travailler (et il en reste, avec plus de 60 000 livres publiés cette année !). Parce que les petits éditeurs peuvent râler contre les gros, mais il faut voir ce qu'ils nous balancent.
On se fait un devoir de prendre les commandes à l'unité de nos clients (c'est ça la librairie indépendante) et c'est là que ça se gâte. Il nous faut ensuite chercher l'éditeur (on est spécialisés dans le polar et pour certains c'est une véritable enquête), lui envoyer un fax de commande pour ensuite, se voir revenir (par fax, c'est bien, sinon il y en a qui vous la mettent au courrier – merci le délai) une bonne vieille proforma avec… 25% de remise ! et lorsque vous appelez pour demander ce qui justifie ce taux à pleurer, on vous rétorque "c'est normal, vous n'êtes pas client chez nous".
Quand j'entends ça, je vois rouge ! ET ALORS? Qui sommes-nous si ce n'est les libraires qui se cassons le cul pour vendre vos livres ! ça ne vous dérange pas que NOUS vendions – on peut quasiment dire à perte - VOS livres pour que VOUS gagniez de l'argent ?
De quel droit doit-on ouvrir un compte pour vendre vos livres? Doit-on montrer patte blanche? Sommes nous des parias sous prétexte que nous ne voulons ne vendre que le livre qu'on nous a commandé pour satisfaire notre clientèle? Doit-on s'excuser de ce geste ? Doit-on vous faire l'aumône pour que vous consentiez à daigner nous vendre votre production?
Bref, ce sont toujours les mêmes choses répétées, mais franchement, il y a bien des jours où j'ai l'impression que l'édition ne va pas dans le même sens que la librairie