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POLITIQUE DU LIVRE

Le député UMP Eric Raoult souhaite un «devoir de réserve» pour les lauréats du prix Goncourt

Publié le 10 novembre 2009 par ca

(Photo : Marie NDiaye © DR)

En réaction à une interview de Marie NDiaye, prix Goncourt 2009, publiée dans Les Inrocks en août dernier, le député a adressé la semaine dernière une question écrite à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, pour lui demander d’appeler les lauréats du prix à un «nécessaire devoir de réserve».

Voici le texte de la question écrite du député UMP de Seine-Saint-Denis et maire du Raincy, qu’il a rendue publique :
«M. Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. Les prises de position de Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve “cette France [de Sarkozy] monstrueuse”, et d'ajouter “Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux”, sont inacceptables. Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du chef de l'État. Il lui semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, et de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il lui parait utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ?»

Extrait de l’entretien de Marie NDiaye aux Inrocks, le 18 août 2009 (la version intégrale peut être consultée sur le site www.lesinrocks.com) :
«Les Inrocks: Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?
Marie NDiaye: Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus.»

La lauréate du Goncourt n'a rien d'une "Française" dans le sens de la droite. Elle est sénégalaise et la langue française est un tribut de guerre. Un tribut arraché par mille et un sacrifice dont la plus honteuse des infamies que subirent ses aïeux : l'esclavage. Je ne vois pas comment certains voient qu'elle défend les couleurs littéraires françaises. Le Sénégal est plus francophone que la Bretagne ou la Corse. Bien sûr qu'elle viendrait retirer son prix à Paris que libérèrent les siens pendant que les enfants des collabos et délateurs de Moulin se la coulent douce dans la droite. Marche arrière toute ! Félicitations à la Noire étrangère NDiaye qui manie si bien la plume et le "marteau".
Commentaires Posté par : Marcel Bedeau | 12 novembre 2009 à 21:48:12
Donc si je comprends bien, pour être reconnu pour ses qualités d'écrivain, il faut faire gaffe à ne pas froisser le pouvoir en place? Moi il y un truc qui me dérange dans le concept.
Commentaires Posté par : renaud | 12 novembre 2009 à 10:31:00
L'interview de Marie ayant eu lieu avant l'obtention du prix, elle ne pouvait pas se censurer en tant que lauréate, ce sont donc les membres du jury Goncourt qui sont priés d'être encore plus consensuels dans leur choix. À moins qu'il ne s'agisse d'une énieme bévue de communication puisque pris au premier degré le propos est idiot et qu'au niveau du résultat les lecteurs de l'article somme toute banal des Inrocks se sont largement multipliés…
Commentaires Posté par : Jean | 12 novembre 2009 à 10:17:19
Seconde partie : c'est pour moi de la lâcheté accompagnée d'une désertion. On laisse les autres se débrouiller, nous on a les moyens de partir et comme il faut un prétexte, celui de la politique est tout trouvé. Il y a quand même des éditeurs responsables et des écrivains lucides qui ne se sentent pas pour autant censurés et qui n'ont pas envie de foutre le camp en Allemagne. On ne peut tout de même pas permettre d'écrire n'importe quoi ou dire n'importe quoi ! Car in fine, le lecteur en achetant le livre est pris au piège de son contenu, qu'il ne peut changer mais simplement subir. Et tout le monde sait bien que l'auteur avec sa personnalité fait partie intégrante de son ouvrage. Il n'y a peut-être pas de devoir de réserve mais assurément un respect du lecteur à avoir sous peine de se faire sanctionner par les consommateurs.
Commentaires Posté par : Foquesabouge | 12 novembre 2009 à 02:58:52
Première partie : en tout cas pour venir prendre son prix et son argent, elle n'a pas trouvé la France trop morose, trop monstrueuse. C'est vrai qu'en Allemagne, il y fait si bon vivre. Pas de discriminations, pas d'attaques contre les émigrés, pas de partis néo-fascistes, un modèle d'intégration de leurs frères Allemands de l'est, bref, le paradis en somme. C'est quand même curieux qu'il n'y ait qu'elle pour avoir pensé à déménager là-bas après les élections. Et puis totalement dépassée par ses propos insultants pour les Français, elle appelle Mitterand vite vite à son secours car le gros tirage qui fait suite au prix est en danger et M. Gallimard ne doit pas trop goûter la plaisanterie. Mais dans ce cas-là, pourquoi accepter de voter si c'est pour s'asseoir sur le résultat ? Quel respect accorde-t-elle à la démocratie ? La France est fliquée, dit-elle, pourquoi, a-t-elle quelque chose à cacher ? Il faut laisser notre pays se guettoïser et se laisser imposer la dictature des petits caïds de banlieue ? Le député Eric Raoult a raison de soulever le problème. Le prestigieux prix confère à l'auteur un rayonnement particulier ici et à l'étranger. Les virulentes critiques s'adressent au chef de l'Etat et à ses ministres. C'est trop facile pour un écrivain qui s'abrite derrière son statut, sachant qu'il ne risque rien, de vomir sur un gouvernement légitimement élu, tout ça pour avoir une publicité minable à bon compte.
Commentaires Posté par : foquesabouge | 12 novembre 2009 à 02:58:05
Il est souvent agréable de citer Didier Jacob... «Eric Raoult ou le retour de la droite la plus bête du monde». Une telle déclaration, dans la bouche du député UMP de Seine-Saint-Denis, ne surprendra personne. Si l'expression de «droite la plus bête du monde» connut naguère un succès aussi retentissant, c'est bien que certains, au RPR ou à l'UMP, ne ménageaient pas leurs efforts pour la rendre crédible. Eric Raoult, dont les qualités personnelles, en la matière, ne sont plus à vanter, étaient un de ceux-là. Voici donc sa nouvelle trouvaille: empêcher les écrivains de s'exprimer. Auront-ils, bientôt, le droit d'écrire? Faudra-t-il expurger leurs livres de toute référence à la monarchique actualité? Devra-t-on dédier bientôt tous les livres qui paraissent en France, nouvel ISBN, à Sa Sarkomajesté? On ne sait si c'est l'appel du maroquin qui a fait sortir une pareille ânerie au divin député. De le voir caresser le prince-président dans le sens de la perruque prêterait surtout à rire, s'il ne s'agissait à nouveau d'intimider toute pensée libre, éventuellement hostile et rebelle à l'ordre établi. On ne veut voir qu'une tête. On ne veut entendre qu'un son de cloche. On veut du rang par deux, de la marche en cadence, du pas de l'oie sous casque vert-de-gris.
Commentaires Posté par : tlaciar | 11 novembre 2009 à 17:43:59
Bravo Marie NDiaye. «Ne se lasser jamais, jamais, d'offenser les imbéciles.» (Bernanos)
Commentaires Posté par : Cédric Morgan | 11 novembre 2009 à 08:51:30
Mais bien sûr ! Et on va faire croire au monde entier qu'en France on aime tous notre cher président et ses potes ! Alors oui, allons-y ! Faisons taire nos artistes et nos intellectuels ! Forçons-les à entrer dans le droit chemin ! «T'as eu le Goncourt, alors maintenant tu la fermes et tu donnes une belle image de la France s'il te plaît.» Bravo ! Bravo monsieur Raoult ! Vous avez la panoplie du petit tyran !
Commentaires Posté par : galinette | 11 novembre 2009 à 07:41:06
«Marie N'Diaye représente les couleurs littéraires de la France». Désolé, mais on n'est pas au foot ici. Heureusement, sinon M. Raoult ne jouerait certainement pas en ligue 1 avec de telles prises de position...
Commentaires Posté par : olivier | 10 novembre 2009 à 19:49:46
Attention, vous avez inversé mon commentaire sur Raoult avec celui très vif de Michel. Merci de rectifier. Marie dit ce qu'elle veut et Raoult aussi. La dictature n'a rien à voir dans cette affaire, nous ne sommes pas en Haïti, même si nous aimons Dany et son beau livre.
Commentaires Posté par : bruno chauvierre | 10 novembre 2009 à 18:59:07
J'ai trouvé plus veule que Besson : Raoult ; en avant camarade!
Commentaires Posté par : MICHEL | 10 novembre 2009 à 18:19:01
"Aux armes citoyens"... Quand je chante la Marseillaise c'est comme citoyen du monde défenseur des opprimés. Avec leurs beaux livres, Marie et Dany (Laferrière) écrivent dans ma langue maternelle des pages dont je suis fier. Notre langue, comme notre hymne national, ne se réduisent pas à l'Hexagone. Ils possèdent une universalité que NDiaye et Laferrière renforcent avec leur éthique de communication.
Commentaires Posté par : Bruno Chauvierre | 10 novembre 2009 à 17:25:42
Mais on est en dictature ou quoi ?????????
Commentaires Posté par : Dominique Cadier | 10 novembre 2009 à 17:02:34
La reponse à l'insolite requête d'Eric Raoult est dans l'extrait de l'entretien de Marie NDiaye : " Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus."
Commentaires Posté par : revial | 10 novembre 2009 à 15:56:15