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Deux minutes trente : c'est le temps qu'il a fallu aux Goncourt pour élire Marie Ndiaye

Publié le 02 novembre 2009 par mci

(Photo : Marie Ndiaye et son éditeur Antoine Gallimard © Olivier Dion)

Un peu frustré par l’absence de débat, Bernard Pivot a souligné à l’issue du scrutin la facilité déconcertante avec laquelle Trois femmes puissantes (Gallimard) a raflé le prix Goncourt 2009.

Elle a été élue dès le premier tour avec cinq voix contre deux pour Jean-Philippe Toussaint (La vérité sur Marie, Minuit) et une voix pour Delphine de Vigan (Les heures souterraines, JC Lattès).

Si lors de leur précédente réunion, les académiciens Goncourt votaient en coulisses à égalité entre Marie Ndiaye et Jean-Philippe Toussaint, c’est finalement la première, donnée favorite dès les premières listes, qui l’a largement emporté sur les huit votants, en l’absence de Michel Tournier et de Françoise Mallet-Joris.

“Cela s’est passé en deux minutes trente, c’est un peu rapide”
, reconnaissait Bernard Pivot à l’issue du vote, frustré par l’absence de débat entre les jurés.

“Facilité déconcertante”, était de fait un commentaire fréquent entre les murs de Drouant, sauf sur les lèvres de Jorge Semprun, obstinément closes : Delphine de Vigan était sa candidate.

“Moi, je croyais que c’était le week-end de la Toussaint”, regrettait dans un mauvais jeu de mots Patrick Rambaud, fervent défenseur de l’auteur Minuit.

Mais Gallimard garde la main : six Goncourt en dix ans, pour la maison de la rue Sébastien-Bottin ou pour ses filiales (Mercure de France et POL), cela frise la routine.

De Minuit à Gallimard

Pour Minuit, en revanche, dont le dernier (et troisième) Goncourt date de 1999, c’est plutôt amer : outre ses deux auteurs finalistes que sont Laurent Mauvignier et Jean-Philippe Toussaint, la maison d’édition d’Irène Lindon est bien à l’origine du succès de Marie Ndiaye, découverte en 1985 par Jérôme Lindon avec un titre prémonitoire, Quant au riche avenir, puis couronnée une demi-douzaine d’ouvrages plus tard par le Femina en 2001 avec Rosie Carpe, avant de tomber dans l’escarcelle Gallimard en 2007 avec Mon cœur à l’étroit, dont les ventes n’excèdent pas 20 000 exemplaires : “Je n’avais rien lu d’elle avant celui-ci”, confesse d’ailleurs Didier Decoin, pourtant dithyrambique sur son style et sa maîtrise des mots, qui salue en même temps l’actualité de son propos : “Elle parle des problématiques d’aujourd’hui”.

Outre ses romans, Marie Ndiaye a en outre publié des pièces de théâtre – Papa doit manger (Minuit) figure au répertoire de la Comédie-Française – et des romans pour la jeunesse (L’Ecole des loisirs, Albin Michel).

Troisième sur notre liste des meilleures ventes, Trois femmes puissantes totalise à ce jour 120 000 exemplaires sortis et les éditions Gallimard ont immédiatement lancé la réimpression de 200 000 exemplaires supplémentaires.

“Je suis très contente pour le livre et pour l'éditeur. Je suis très contente d'être une femme qui reçoit le prix Goncourt”, a déclaré celle qui n’est que la dixième femme de lettres à l'obtenir en 103 ans, après Paule Constant en 1998.

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Voir aussi Le Goncourt 2009 pour Marie Ndiaye

Nora, Fanta, Khady Demba. Depuis plusieurs semaines, leur belle histoire ne me quitte pas. Il faut des femmes comme elles pour nous libérer, nous, les hommes. C'est ce que je ressens dans le livre. Echo de ma propre impuissance ou contresens de ma part ? A voir. En tout cas, je n'ai retrouvé nulle part cette analyse personnelle. Et si j'avais raison ? Pour moi, les Trois Femmes de Marie NDIAYE ne sont pas seulement puissantes, elles sont aussi salvatrices. Le livre pourrait s'intituler « Trois Hommes Sauvés », ou encore « Les Trois Donneuses de Dignité ». La dignité puissante de Nora, Fanta et Khaty, libère les trois prédateurs de leur noirceur. Un bref et habile contrepoint de Marie Ndiaye, à la fin l'histoire dépeint ses hommes avec un idéal du moi, reconstitué par la transfusion de dignité des trois donneuses. Norah, perchée dans L'arbre-refuge de son père pour « établir une concorde définitive (page 94).» Fanta, a débarrassé son mari de l'emprise d'une mère castratrice, elle peut arborer enfin « un calme et large sourire (page 245). » L'âme de Khady, martyre des camps de migrants, vit dans le corps de Lamine, l'amoureux qui l'a volée et abandonnée. Le devenir de Lamine conclut le livre avec ces mots : « et alors il parlait à la fille et doucement lui racontait ce qu'il advenait de lui, il lui rendait grâce, un oiseau disparaissait au loin. »
Commentaires Posté par : bruno Chauvierre | 05 novembre 2009 à 18:59:15