
Je viens d’entrer dans une nouvelle ère. Les mutations majeures ne frappent pas à notre porte : elles sont atomiques de leur révélation. Tout s’est passé hier, au milieu d’un dimanche vécu au milieu de la France. Depuis toujours, je suis un absolu Suissophile. Je vais au moins une fois par an en Suisse, je ne cesse de vanter l’air helvétique, et d’annoncer que je veux y finir mes heures. Tous mes livres sont truffés de palpitations suisses, à commencer par le dernier, La délicatesse, qui commence ainsi : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse )». Mes lectures mêmes étaient suisses, puisque je picorais depuis quelques semaines des pages, notamment celles sur le lac Constance, La Suisse Pittoresque de Paul Fribourg, évocation champêtre de la Confédération écrite en 1881.
Et voilà que, subitement, mes petits neutres préférés décident de s’exciter sur mon Polonais préféré. Que s’est-il passé dans leur tête pour arrêter Roman Polanski et le mettre en prison ? Plus de trente ans après les faits. Quels sont-ils d’ailleurs ces faits ? Polanski, au milieu des années 70, était une immense star à Hollywood. Il venait de réaliser Chinatown, et vivait dans une villa avec Nicholson pour voisin. Il a toujours aimé les jeunes filles. Plus tard, il tournera assez près de Nastasia Kinski, mineure à l’époque de Tess. Et la sublime Emmanuelle Seigner ne sera pas bien âgée sur le tournage de Frantic. Bref, il a pris à cette époque des photos d’une jeune fille, et la séance a vite dérapé. Plus tard la jeune fille a porté plainte pour viol, après avoir pris conseil, et Polanski risquant une condamnation a fui les Etats-Unis à jamais. Ne pouvant même pas venir recevoir son Oscar du meilleur réalisateur pour le Pianiste. On avait presque oublié cette histoire. Presque oublié qu’il était un fugitif, un exilé.
Cette histoire est trouble. Polanski a toujours plaidé que la fille était consentante. Qu’elle a été manipulée par sa mère. La vérité n’est sûrement pas au cœur de la polémique qui enfle. En moins de deux jours, les comités de soutiens affluent. Et le Ministre de la Culture officialise le soutien de la France. Mais rien n’y fait, il a passé deux nuits en prison. À quoi pense t-il ? À six ans, il s’est échappé du Ghetto de Varsovie. À 34 ans, sa femme enceinte de huit mois a été sauvagement assassinée. Lui, dont le thème central de son œuvre est l’enfermement. Qu’il soit mental ou physique. J’ai toujours aimé Polanski. Son autobiographie, Roman par Polanski, est un livre qui m’a profondément marqué. Je me pose de nombreuses questions : Un génie doit-il être protégé par son génie ? Faut-il donc éviter la Suisse maintenant ? Que pense la jeune femme de tout ça ? S’il s’agit véritablement d’un viol peut-on défendre Polanski ? N’y a t-il pas une péremption des faits ? Peut-on attraper un homme et le mettre en prison ainsi ? Après ses deux jours de garde-à-vue, va t-il écrire Un Roman Polonais ?

David Foenkinos, David Foenkinos est l'auteur, entre autres, du "Potentiel érotique de ma femme" (Folio) et de "Nos séparations" (Gallimard). "Nos souvenirs" vient de paraître. Il vient de réaliser l'adaptation cinématographique de "La délicatesse", son roman le plus vendu à ce jour.


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Votre livre est super j'ai adoré :)
Elève du LP Sonia Delaunay :D
À moins qu'il ne suffise que de jouer au plus fin avec la justice et de laisser le temps passer. Ou d'absoudre les vedettes, toutes les vedettes, juste parce ce qu'elles sont des vedettes. Et qu'on les aime.
Toute une conception de la justice. Wow.
je viens de teminer la lecture de "la Délicatesse" et ce livre se lit d'une traite, l'écriture est fluide, pas de vocabulaire fouillé et un peu roman feuilltonneux. Je suis souvent déçue par les fins des romans d'aujourd'hui, peut-être parceque je n'aime pas les fins, mais cela me regarde, en fait l'idée d'un jeu de cache-cache est une belle proposition d'écriture mais le gars traverse le jardin dans l'obsession de Nathalie, on ne trouve ni saveur, ni odeur alors que c'est quand même un jardin de grand-mère! pas de couleur, pas de fleurs, pas tellment d'arbres, pas de légumes, pas d'abeilles? Moi ça m'a vachement manqué. Alors que l'histoire baigne dans une petite sensualité où la liste des émois de l'héroine est obsessionnelle, le décor ne respire pas, le cadre est stérile, dommage. Moi j'ai besoin de sens, de parfum, de couleur. Du coup, j'ai réecris le passage du jeu de cache cache où Nathalie compte jusqu'à 117 pour finir sur les 117 chapitres. si vous êtes intéressé, je vous l'envoie par mail et vous me direz ce que vous sentez, si cela sent bien entendu. Bien à vous, Paillette.