
A l’attention du proviseur du lycée Chaptal à Paris qui accueillit les parents d’élèves des nouveaux entrants il y a une dizaine d’années avec cette sentence définitive : « Si votre fils vous dit qu’il n’a pas de travail un soir, c’est qu’il vous ment »…
A l’attention de la professeure d’histoire de 6e qui nous a demandé à l’issue du premier trimestre, si, par hasard, notre fils « n’était pas manuel »…
A l’attention de la professeure d’anglais de 5e qui a demandé si nous avions seulement envisagé qu’ « il voit quelqu’un »…
A l’attention de la CPE qui nous a dit alors, qu’il avait enjambé une fenêtre pour pénétrer avec des copains dans le gymnase afin d’y jouer au basket (après trois mois d’absence du prof de gym), qu’il « finirait délinquant ». Et « en prison »...
A l’attention du proviseur du lycée Octave Gréard qui a modifié le règlement intérieur de l’établissement pour qu’il devienne interdit de venir au lycée avec des cheveux teints parce qu’il était rentré des vacances de Noël en « schtroumpf », c’est à dire avec des cheveux teints en bleu…
A l’attention du deuxième proviseur du même lycée Octave Gréard qui a refusé de le scolariser puisque nous avions fait appel pour qu’il ne redouble pas sa 3°, nous précisant que nous n’avions qu’à attendre les décisions de la « Commission du balai » pour savoir dans quel arrondissement parisien il serait affecté.
Nous avons le plaisir d’annoncer aux sus-dits pédagogues que notre fils a été reçu au baccalauréat ce jour.
Il a découvert grâce à son professeur de français, en terminale d’un lycée privé hors contrat (quatre emplacements de magasins en guise de salles de cours, le trottoir pour cour de récréation et Gigi la boulangère comme cantine), que La Bruyère était un auteur qui ne manquait pas de caractère. Il s’est passionné grâce à son professeur de philo pour Freud et ses Cinq leçons sur la psychanalyse. Il a dévoré le reste du temps tous les Hennig Mankell et Courrier international.
Bref, lire n’est plus « nul », travailler « inutile » et obtenir un diplôme « débile ». Au moment de quitter « l’école » il a finit par cesser de la haïr.

Christian Sauvage, Après avoir été journaliste et critique littéraire au JDD, Christian Sauvage a voulu devenir éditeur. Maintenant il ne sait pas, il ne sait plus. Alors il reprend son blog sur Livres Hebdo. Sans préjugé et sans aucun principe. Une sorte de « copi-nage à contre-courant ».
Je ne juge pas les profs de mon fils. Je préfère rire de ceux qui l'ont pris pour un idiot, un analphabète ou un délinquant. Et remercier ceux qui lui ont redonné le goût de la découverte...
Aujourd'hui je suis libraire après avoir fait de brillantes études de lettres (bac+6), j'ai ramé pendant toutes mes études… Un jour une professeur de français dont je préfère taire le nom m'a convoqué avec ma mère pour me dire que je ne ferai jamais rien dans ma vie, surtout pas du côté de la littérature. Aujourd'hui libraire je suis et j'essaye de donner aux autres ce gout de la lecture et de la curiosité, aux petits et aux grands, à ceux qui sont fachés avec les mots comme à ceux qui les aiment… Un passeur de mots.
Merci.
Ce sont les reactions que provoquent ce texte qui m'inquieterais si j'etais prof (mais je le fus aussi...). Et si mon fils fut bachelier avec beaucoup d'autres il le doit a des profs tres humain. Je les remercie ici une seconde fois>
;-)