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Jui
[L'Eco(nomie) des livres]

La presse écrite ne vaudrait-elle plus rien ?

L’affaire de la recapitalisation du Monde est à un moment décisif. Quatre repreneurs potentiels se sont déclarés. Un milliardaire russe, Gleb Fetissov, propriétaire du groupe bancaire Ma banque, le groupe Revenu Multimédia de Roger Monteux, et surtout les offres respectives Perdriel-Orange-PRISA et Bergé-Pigasse-Niel (patron de Free).
On ne s’attardera pas sur les côtés politiques de l’affaire. En revanche plusieurs remarques sont à faire.

1.   Si Orange reprend la participation de Lagardère dans Le Monde interactif (34%) pour 33 millions d’euros, c’est que la valorisation de cet actif est de l’ordre d’une centaine de millions d’euros. Or l’injection d’une centaine de millions d’euros par le repreneur lui permettrait de détenir 67% du capital du groupe ; à l’inverse de la reprise des parts de Lagardère dans Le Monde interactif, cet argent est apporté au groupe Le Monde lui-même et vient en accroître la valeur. Cela signifie que le groupe, avant cet apport, est évalué à 50 millions d’euros environ. Comme il détient 66 % du Monde interactif, pour une valeur de 66 millions, il en résulte que le groupe Le Monde, hors Le Monde Interactif, a une valeur négative ! L’ensemble constitué par Le Monde, Le Monde diplomatique, La Vie, Telerama et une partie de l’imprimerie (détenue avec Le Parisien) vaudrait moins que zéro…

Cette dévalorisation de la presse et de ses marques est confondante.

2. La présence du secteur des télécom dans les deux principaux scenarii de reprise (Orange et Free) est le symptôme du glissement du pouvoir culturel et médiatique vers ce secteur. La force de frappe de l’industrie des tuyaux mettra un jour en question la  place actuelle de l’industrie des contenus et, si l’on n’y prend garde, jusqu’à son identité. Les acteurs économiques du livre ne sauraient regarder cela dans l’indifférence. Pour France télécom, cet investissement de quelques dizaines de millions compte à peine ; les investissements de l’entreprise se comptent chaque année en milliards d’euros, dont 400 millions de dépenses annuelles « dans les contenus », selon Stéphane Richard, qui dirige France-Télécom.

3. On peut s’étonner de l’absence de Murdoch, pourtant toujours à l’affût d’une bonne prise dans le secteur des médias. La France serait-elle de venue si petite et provinciale, en foot comme ailleurs, qu'elle n’intéresserait pas les magnats de la presse ?

A l’heure où on nous explique que l’iPad vendra des livres et sauvera la presse, mon scepticisme est entier.

Bonjour,
ce que vous expliquez dans cette article montre surtout que la bourse nous fait marcher sur la tête... c'est un monde virtuel où plus rien n'a sa vraie valeur? J'ai relu une douzaine de fois le 1er paragraphe avant de comprendre comment une entreprise peut avoir une "valeur négative" : ce que réellement elle possède en biens matériel et foncier, la valeur du travail produit, qui fait que concrètement elle vend un produit et en perçoit des recettes, cela ne vaut rien??? ne compte plus que ce que des boursicoteurs créent comme argent fictif en faisant des plus-value de casino ??? J'en viendrai presque à regretter le capitalisme naissant du 19e siècle, à rêver de pays qui décident de fermer ce casino géant qui ne vit que de vent et rend des gens riches sur du vide, ou plutôt sur la destruction de ce qui est concret : le produit du travail des ouvriers/employés/artisans...
Commentaires Posté par : Cécile | 23 juin 2010 à 16:16:09
Je ne comprends rien à cette analyse sybilline.

Ce que je sais c'est que j'ai arrêté mon abonnement au Monde cette année. Ce journal a déjà dérivé vers l'infotainment. Et me voilà à lire les Echos pour comprendre quelque chose à la réforme des retraites... ou aux opérations de recapitalisation dans le monde de la presse et de l'édition !
Commentaires Posté par : Nicolas | 24 juin 2010 à 12:21:48

auteur

 
Françoise BenhamouFrançoise Benhamou, Françoise Benhamou est économiste, professeur à l'université Paris 13 et chercheur au CEPN. Elle enseigne aussi dans diverses universités européennes, à l'Institut national de l'audiovisuel et à l'Institut national du patrimoine. Elle est présidente de l'ACEI (Association for cultural economics international), membre du conseil d'administration du musée du Louvre, du conseil d'orientation de la Fondation Jean-Jaurès, du conseil d'orientation du Centre national de la variété, du comité consultatif des programmes de la chaîne franco-allemande Arte, et auteur d'une chronique hebdomadaire sur France Culture. Elle a publié de nombreux articles, rapports, ouvrages, notamment : «L'économie de la culture» (La Découverte, 7e édition 2011), «L'économie du star system» (Odile Jacob, 2002), «Les dérèglements de l'exception culturelle. Perspectives européennes» (Le Seuil, 2006), «Droit d'auteur et copyright» (avec J. Farchy, La Découverte, 2e édition 2009), «Modèles économiques d'un marché naissant : le livre numérique» (Culture prospective, 1, 2010, avec O. Guillon).

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