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16
Mar
[L'Eco(nomie) des livres]

Tâtonnements et hésitations

Quel modèle économique pour demain, pour le livre numérique ? Et si la question était mal posée ? En effet, il ne s’agit pas d’inventer un modèle pour le numérique, mais pour l’édition de livres numériques et de livres papier.  En d’autres termes, pour avoir assisté à nombre de séances du Conseil du livre, il m’est apparu qu’il n’existe pas de modèle du livre numérique, du moins dans le court/moyen terme, et que la migration vers le numérique ne peut être pensée que comme un segment innovant de l’activité de l’éditeur qui continue de « marcher sur les deux jambes ».

Le marché du livre numérique est balbutiant. On souhaite le développer, mais au risque de faire basculer l’ensemble de l’univers du livre dans un monde dont les règles de fonctionnement demeurent à inventer.  On se méfie, donc, et à juste titre. D’un côté, se profile un nouveau marché ; et d’un autre côté, on n’aperçoit pas comment une activité économique profitable, hormis sans doute sur des créneaux étroits, pourrait s’y développer. On observe avec méfiance les leçons des autres industries culturelles. La musique enregistrée n’est pas le livre, certes, mais les trois erreurs commises méritent d’être analysées : freins mis au développement d’une offre attractive du point de vue du nombre et de la variété des titres offerts, prix excessifs, absence d’interopérabilité.

Il est aisé d’avancer que des réponses sont possibles afin d’éviter ces trois erreurs. Mais l’invention d’un modèle est d’autant plus difficile qu’elle requiert la prise en compte de la transformation des comportements d’achat. Les débats qui accompagnent la discussion de la loi Création et Internet le montrent largement : Internet, ce n’est pas seulement une offre transformée, des œuvres dématérialisées, c’est un autre rapport  à l’accès et à la propriété. Or nous ignorons tout - ou presque - de ce nouveau rapport, quand il s’agit du livre. Délinéarisation de la lecture, nouveaux cheminements, promotion des marchés de niche, interactivité : comment tous ces phénomènes, qui reviennent sous la plume des observateurs mais qui demeurent si mal connus, se manifesteront-ils pour le livre ?

Certains sites de téléchargement permettent d’imaginer les contours des nouvelles pratiques. Mais tous les acteurs du marché, auteurs (les grands oubliés du Conseil du livre), éditeurs, libraires, bibliothécaires et lecteurs dessineront de concert (mais pas toujours en harmonie) un nouveau paysage dont il n’est pas sûr que des modèles économiques soutenables puissent lui être associés.
vous avez dit le mot" le marché du livre électronique". J'y vois surtout un gadget pour susciter une nouvelle production industrielle et aucun avantage pour le lecteur, l'auteur ou l'éditeur (pénibilité de lecture, manque de repère des "couvertures", piratage etc..).
Quant à la délinéarisation, elle est possible avec un livre papier ..
Commentaires Posté par : nade | 17 avril 2009 à 07:24:16
Ca me semble assez juste. Un autre moyen de dire cela, c'est de constater que les modèles économiques ne sont pas les mêmes. La vente unitaire qui a façonné la chaîne du livre n'est pas très adaptée au numérique (les promesses du micropaiement ne sont-elles pas sans cesse repoussées ?) et en tout cas pas sur un modèle d'équivalence. Ce qui génère un conflit d'intérêt direct.

En tout cas effectivement, observer la transformation de comportements d'achat chez les primo-utilisateurs de liseuses par exemple, me semble assez important à étudier pour comprendre comment les comportements peuvent basculer.
Commentaires Posté par : Hubert Guillaud | 21 avril 2009 à 15:07:43
On pourrait sans doute aussi beaucoup apprendre en observant les comportement d'achat et/ou de lecture sur Internet des livres de cuisine et des guides de voyage. Complémentarité? Substitution? Un peu des deux?
Commentaires Posté par : benhamou | 21 avril 2009 à 20:08:48
Pour les guides de voyage, voir Le Routard, c'est 100% complémentarité papier et Internet. Mais l'iPhone et le papier électronique pourraient changer la donne...
Commentaires Posté par : Bruno Rives | 27 avril 2009 à 12:36:50
100% ! non, j'imagine une substitution progressive, avec le papier qui devient marginal, pour ces livres là du moins (tourisme, cuisine, et quelques autres encore...).
Commentaires Posté par : benhamou | 28 avril 2009 à 10:30:41

auteur

 
Françoise BenhamouFrançoise Benhamou, Françoise Benhamou est économiste, professeur à l'Université de Paris 13 et chercheur au CEPN. Elle enseigne aussi dans diverses universités européennes, à l'Institut National de l'Audiovisuel et à l'Institut National du patrimoine. Elle est membre du bureau exécutif de l'ACEI (Association for Cultural Economics International), du Conseil d'orientation de la fondation Jean Jaurès, du Conseil d'orientation du Centre national de la Variété, du Comité consultatif des programmes de la chaîne franco-allemande ARTE, et auteur d'une chronique hebdomadaire sur France Culture. Elle a publié de nombreux articles, rapports, ouvrages, notamment : « L'économie de la culture » ( La Découverte, 6e édition 2008), « L'économie du star system » (Odile Jacob, 2002), « Les dérèglements de l'exception culturelle. Perspectives européennes » (Le Seuil, 2006), « Droit d'auteur et copyright », (avec J. Farchy, La Découverte, 2007).

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