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Avr
[L'Eco(nomie) des livres]

Gratuit ! Qui dit mieux ?

Il y a d’un côté la crise. Certes, on nous dit que la culture y échappe, les Français goûtant particulièrement les consommations culturelles en ces temps agités, car ils y trouvent les repères qui leur manquent lorsque le chômage s’accroit inexorablement.  Il est vrai que le marché du livre fut stable l’an passé. Pourtant, le prix du panier moyen de l’acheteur diminue, et certains pans du marché ne pourront que souffrir de l’inquiétude devant une éventuelle baisse du pouvoir d’achat.

A La crise, s’ajoutent les interrogations sur le numérique.  Le nombre de titres numérisés s’accroît à grande vitesse aux Etats-Unis, alors que les acteurs du marché français souhaiteraient, pour paraphraser un ancien premier ministre, donner du temps au temps. On les comprend, mais le numérique a toujours pactisé avec l’immédiateté. Comment composer avec ces rythmes décalés ?

C’est dans ce contexte qu’il faut aussi relever la schizophrénie du discours sur la culture du gratuit. Gratuits pour les moins de 26 ans, les musées ? L’idée est sympathique, n’attirera pas les rétifs mais nourrit le brouillage des messages. A moins de 26 ans, c’est tout le culturel, et tout de suite !  On voit mal pourquoi le même message ne devrait s’appliquer qu’à un pan des pratiques culturelles et pas à la totalité.

D’un côté, on fustige donc la gratuité, celle que l’on associe trop vite au seul mode d’accès dans le monde immatériel, celle qui préside au téléchargement illégal, une sorte de monde de liberté, qui n’est pas sans renvoyer au double sens du terme anglais free. Et d’un autre côté, la gratuité est adoptée : nous sommes alors dans le monde des musées, du service public ; puisque les collections appartiennent à tous, pourquoi y aurait-il lieu de payer pour les visiter ? La gratuité simplifie la visite : pas de file d’attente, l’entrée et la sortie sont libres. Les musées étaient déjà gratuits pour les moins de 18 ans et la plupart de ceux qui ne peuvent payer. Pour un effet de manche et quelques beaux discours, le ministère de la culture nourrit au plus mauvais moment le mythe de la gratuité et de son efficacité pour lutter contre les inégalités de pratiques culturelles. Il suffit de se dire que la lecture relève du service public, ce qui est vrai, pour que le pas soit franchi qui va de la gratuité de l’accès aux bibliothèques à celle des livres numérisés.

A un moment d’interrogations et de doutes, ce double discours n’est pas de nature à inciter le monde du livre éditeurs à accélérer le rythme de la numérisation.

 

Si déjà le Ministère pouvait faire la chasse aux gaspis en virant quelques salariés fictifs ou placés par népotisme.
Mais bon, en effet, c'est complètement illogique. Les Musées appartiennent au peuple : qu'on les rendent gratuits. Les expos serviront à ramener davantage d'argent. Il est temps de changer les modèles économiques dans tous les secteurs de la culture...
Commentaires Posté par : olivier | 20 avril 2009 à 11:45:54
suis d'accord pour ce qui concerne le brouillage et les musées, mais l'équation numérique=gratuit et livre=payant elle est derrière depuis déjà longtemps ? le texte gratuit qu'on télécharge, on le lit sur une machine qu'on a payée, via un abonnement payant - les modèles de diffusion payante de contenus numériques, en bibliothèques universitaires par exemple, longtemps qu'on a quitté le monde de la micro-économie... mais vous savez tout ça bien plus finement que nous - et les récents accords Gallimard La Martinière, ou ce que développe Hachette, ça n'entre pas non plus dans cette alternative un peu binomiale - par contre, que les modèles (produits et distribution) de cette économie "apparaissante" soient hors du damier actuel, et se basent en partie sur les flux gratuits, pour la presse comme pour l'édition, là on a sérieux besoin de vos analyses et repères ?... bien cordialement donc - fb
Commentaires Posté par : F Bon | 20 avril 2009 à 14:51:22
J'ai interrogé un prof de sciences de la com (soixante ans passé, d'une gentillesse généreuse et ... gratuite) qui me disait (on parlait des vélos de locations, certes) : "quand on me dit "gratuit", je demande qui va payer". Je crois bien. Voilà.
Commentaires Posté par : PCH | 20 avril 2009 à 17:25:10
Trois petites remarques :

- Sur l'idée expositions chères vs. collections permanentes gratuites, les premières étant d'autant plus chères que l'on s'est donné bonne conscience avec la gratuité des secondes, je ne crois pas que cela soit de nature à œuvrer dans le sens de la démocratisation, théoriquement recherchée.

- Sur la dichotomie relevée par FB (les mêmes initiales que les miennes, on va s'y perdre) : oui, Internet la secoue, si je puis dire ; il y a le faux gratuit, via des subventions croisées, via la publicité, le « vrai » gratuit qui ressemble au service public, le comportement du resquilleur (ou celui du passager clandestin) qui profite du paiement par d'autres. Dans le fond, sur ce seul terrain, tous ces modèles ont préexisté à Internet, mais la massification, l'immédiateté, l'abolition des distances changent tout, bien sûr. Ce que je trouve fascinant, c'est la capacité d'innover, de créer des modèles à côté des modèles.

- Qu'il y ait enfin toujours un payeur en dernier ressort. Oui. Encore faut-il choisir ou savoir lequel.
Commentaires Posté par : benhamou | 20 avril 2009 à 18:56:17
en accord, et désolé pour l'emprunt d'initiales (mais je suis prem's, je crois!) - et c'est bien pour démêler tout cela que votre blog et vos autres interventions nous sont bien précieuses : nous autres saltimbanques on y joue notre peau, quand même... mais que le risque doive l'emporter sur le repli, on aimerait bien que ce soit une notion mieux partagée!
Commentaires Posté par : F Bon | 21 avril 2009 à 08:14:29
A quoi tient la crainte des éditeurs dans la numérisation des ouvrages ? Procédé trop cher ? Peu de visibilité sur le ROI ? Sentiment que ce sont les distributeurs en ligne qui vont y gagner à leur place ? Peur du piratage ? Sur ce dernier point, qui rejoint la gratuité, il ne faut pas perdre de vue que les usages sont totalement différents entre lire un livre et voir un film sur un écran. Personnellement, ai-je envie de lire tout Harry Potter sur mon iPhone en version piratée ? La réponse est clairement non. Ce sont peut-être les bibliothèques qu'il faudrait rendre payante finalement, non ?...
Commentaires Posté par : André Bleu-Gris | 21 avril 2009 à 09:33:49
finalement, le modele economique de la television n'est pas mauvais : on paye l'outil, eventuellement une redevance "globale", un abonnement pour des services premiums (+ de chaines) et c'est tout. le reste est en acces "libre", et les diffuseurs reversent des droits (tres longtemps apres...) aux auteurs.
Commentaires Posté par : sebastien | 21 avril 2009 à 09:46:41
Les bibliothèques de lecture publique sont payantes, depuis plusieurs années, sur le mode de la carte d'abonnement.
De plus, la loi sur le "droit de prêt", votée en 1992, appliquée depuis 2003, dit qu'il est financé en partie par l'Etat, sous forme forfaitaire, et en partie à l'achat, selon un pourcentage établi.
A noter : le droit de prêt s'applique de la même façon pour le multimedia, à l'exception des documents sonores.
Commentaires Posté par : Anne J. | 21 avril 2009 à 10:40:45
déjà plus de 20 grandes bibliothèques, publiques, villes ou BU abonnées par exemple à http://www.publie.net et possibilité accès en ligne de chez soi via identification par n° de carte lecteur, ce sont autant de possibilités neuves pour l'édition numérique (on redistribue 50% de nos recettes aux auteurs de la "coopérative")
Commentaires Posté par : F Bon | 21 avril 2009 à 14:45:45
Ce ne sont pas les utilisateurs qui ont inventé la gratuité. Au contraire. La presse a inondé ses contenus de publicité pour rendre indolore le coût de ses publications, tant et si bien que la vente au numéro et les abonnements ne représentent plus que 20 % des revenus. Même chose sur la télé, la radio, etc. Même chose dans les bibliothèques et les musées... Les coûts que paient l'usager ne représentent qu'une part symbolique des coûts qu'il devrait payer normalement. Comment peut-on alors s'indigner que nul ne souhaite payer le prix qu'il devrait payer pour le service ou l'usage qu'il souhaite faire !

Qui sont les schizophrènes ? Certainement pas les usagers. Oui, il y a un double discours. D'un côté on développe la gratuité qui s'immisce toujours plus avant dans nos existences (bientôt des ordinateurs gratuits - en échange d'un abonnement internet). De l'autre, on coupe l'accès aux plus jeunes pour ne pas qu'ils téléchargent des contenus qu'on leur donne de plus en plus dans le réel... C'est encore une preuve que la solution proposée par le gouvernement n'est certainement pas la bonne ;-).
Commentaires Posté par : Hubert Guillaud | 21 avril 2009 à 15:00:17
Je crois effectivement que la solution Hadopi n'est pas la bonne, que l'effet sera de bien courte durée, et que les modèles existants depuis belle lurette (la télévision payée par la publicité, dans une logique de marché bi-face, les bibliothèques payantes ou gratuites), et les modèles novateurs qui se sont montés récemment (l'accès conjoint à des fonds de bibliothèques et à ceux d'un éditeur, les propositions d'achat à multiples formules, la variété des offres comme celles du site de l'autre fb –François Bon-), tout cela dessine un monde de demain. Manque sans nul doute encore une vision d'ensemble, et des modèles qui puissent être, comme on dit en économie environnementale, véritablement « soutenables ».
Commentaires Posté par : benhamou | 21 avril 2009 à 20:04:01
modèles "soutenables" ? quel vocabulaire! on se passera donc de "souteneurs", on s'en tient à nos lecteurs ! :-)
Commentaires Posté par : F Bon | 22 avril 2009 à 07:19:33
Dans la recherche de modèles, il me semble qu'on gagnerait à laisser la terminologie de la "gratuité" un peu de côté, avec ses connotations démagogiques et promotionnelles, pour revisiter les concepts de la "mutualité", qui assure le financement de ressources à redistribuer "inéquitablement", dans des instances intermédiaires entre public et privé.
Commentaires Posté par : Alain Pierrot | 22 avril 2009 à 09:42:25
Oui, Alain, dans une certaine mesure - mais il ne faut jamais oublier que la gratuité tend à être la règle. La question doit toujours être quel service différentiant (et donc potentiellement payant) puis-je apporter, à la manière de Flickr et son service Premium ? C'est-à-dire quelles sont les valeurs génératives qui vont permettre de les dépasser - http://www.internetactu.net/2008/03/10/la-gratuite-est-elle-lavenir-de-leconomie/ ? Sachant que cette valeur n'est pas dans l'accès, mais dans l'augmentation des modes, des natures et des capacités d'accès.
Commentaires Posté par : Hubert Guillaud | 22 avril 2009 à 14:11:30
j'aimerais que dans le cadre de la gratuité que l'on me conseille à propos de mon web site l'université sans frontiéres au Maroc pour l'enseignement gratuit des citoyens aux droits de l'homme au Maroc
http://usfma.blogspot.com
Commentaires Posté par : aziz | 15 décembre 2009 à 04:17:07

auteur

 
Françoise BenhamouFrançoise Benhamou, Françoise Benhamou est économiste, professeur à l'Université de Paris 13 et chercheur au CEPN. Elle enseigne aussi dans diverses universités européennes, à l'Institut National de l'Audiovisuel et à l'Institut National du patrimoine. Elle est membre du bureau exécutif de l'ACEI (Association for Cultural Economics International), du Conseil d'orientation de la fondation Jean Jaurès, du Conseil d'orientation du Centre national de la Variété, du Comité consultatif des programmes de la chaîne franco-allemande ARTE, et auteur d'une chronique hebdomadaire sur France Culture. Elle a publié de nombreux articles, rapports, ouvrages, notamment : « L'économie de la culture » ( La Découverte, 6e édition 2008), « L'économie du star system » (Odile Jacob, 2002), « Les dérèglements de l'exception culturelle. Perspectives européennes » (Le Seuil, 2006), « Droit d'auteur et copyright », (avec J. Farchy, La Découverte, 2007).

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