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29
Nov
[L'Eco(nomie) des livres]

TVA à 7%. Un débat à multiples facettes

N'exagérons pas. La mort du livre ! Dieu merci, il en a vu d'autres. Un bien « de première nécessité » ? Peut-être, mais comme d'autres. Disons que la lecture est un bien essentiel, mais qu'elle peut se passer de l'achat de livres. 1,5 point de TVA, ça doit pouvoir s'arranger, si la solidarité en dépend.

On nous promet en contrepartie une baisse du taux sur le livre numérique. Adjugé, c'est bon à prendre, et nous étions nombreux à penser que c'était une mesure... de première nécessité - ou plutôt de première urgence - pour donner quelque chance à ce nouveau marché. Mais ne transformons pas une mesure pertinente en un marché de dupes : la baisse de la TVA sur le numérique pour consoler de la hausse sur le papier ? Le dernier bilan publié par Livres Hebdo indique un chiffre d'affaires du marché de l'édition de 2,838 milliards d'euros et un chiffre d'affaires de l'édition numérique de 52,935 millions : la hausse de la TVA sur le papier ne saurait être mise en regard de celle qui porte sur le numérique.

En revanche, évaluer les effets de la hausse de la TVA sur les comportements est crucial. Côté consommateurs, à supposer qu'ils soient amenés à supporter la totalité ou une partie seulement de la mesure, on peut faire l'hypothèse que la hausse est assez faible pour n'infléchir qu'à la marge les comportements. Côté éditeurs, à supposer qu'ils acceptent d'en supporter une part, des péréquations sont possibles. Certains livres supportant seuls l'effet TVA. Question de stratégie industrialo-culturelle !

Reste à inventer l'accompagnement. La première mesure touche les libraires. Il faut les protéger et les aider, et cela pour toutes les raisons qu'on peut invoquer, dont la première : jusqu'à nouvel ordre, le marché du livre en France demeure un marché de libraires. Le débat sur la TVA est une occasion de prendre des mesures qui s'imposent. Un exemple : faire mieux se répandre, à la veille de successions de librairies emblématiques et de moins grandes mais dont l'importance est cruciale, une prise en charge partielle des loyers. Doit-on aller jusqu'à permettre à la chaine du livre de restituer la probable augmentation des prix en autorisant à titre exceptionnel un discount de 6% au lieu de 5%, quitte à bousculer (et amender) la loi ? J'en vois déjà frémir, mais toutes les propositions méritent d'être regardées.

On peut également s'interroger de l'impact de ces mesures, notamment la hausse de la TVA pour les livres "papiers", sur les auteurs. Bien qu'ils touchent leurs droits sur les prix hors taxes, ces derniers seront forcement concernés par la réforme : si l'éditeur décide de maintenir un prix de vente identique, cela se traduira par une baisse de leur rémunération ; à l'inverse si l'éditeur opte pour une hausse des prix, on peu supposer un léger fléchissement des ventes (et donc des recettes pour l'auteur). Tout dépendra du comportement des consommateurs comme vous l'avez souligné et de l'élasticité prix-demande.
Commentaires Posté par : Thibault Guichard | 29 novembre 2011 à 17:05:00
En effet, la hausse de la TVA n'entraînerait sûrement pas la fin des libraires. Nous devons cependant nous battre pour maintenir le livre et l'accès à la culture comme un bien de première nécessité pour la cohésion sociale du pays. Comme libraires, devons-nous nous battre dans le même temps pour le livre numérique ? Je ne pense pas que ce soit notre combat. Ce procédé technologique entraîne la disparition systémique de notre profession ; le téléchargement direct et immédiat efface la nécessité du médium que nous sommes entre éditeur (futur marchand de fichiers numériques ?!) et lecteur (acheteur de fichiers ?!). J'ai pourtant la prétention de croire qu'aujourd'hui c'est ce réseau de distribution atypique qui permet le maintien économique de l'édition, et de son CA. Après notre disparition, se posera la question de la disparition du médium restant entre l'auteur et le lecteur : l'éditeur, dont la plus-value dans le circuit sera très discutable avec la seule fourniture d'une clé de téléchargement. Comme disait l'autre, à long terme nous serons tous morts. Mais c'est aujourd'hui que l'édition peut choisir l'échéance en choisissant entre soutenir un réseau qui a fait ses preuves ou investir massivement dans une chimère techonologique, ne répondant à aucune réelle demande actuelle (hors niches comme le scolaire).
Commentaires Posté par : Éric Dumas | 30 novembre 2011 à 08:29:52
Madame,
je me permet de réagir à vos propos car ils contiennent un certain nombre d'inexactitudes économiques.
Notamment lorsque vous écrivez : “Côté éditeurs, à supposer qu'ils acceptent d'en supporter une part”, je vous signale que les éditeurs sont touchés tout autant que les libraires sur leurs stocks de livres imprimés avant fin 2011 et qui seront commandés par les libraires en 2012.
Les problèmes de TVA ne concernent que les ouvrages déjà imprimés et présents dans les stocks des libraires et des éditeurs. Pour les ouvrages à paraitre seul les éditeurs seront concernés, mais ils ont leur destins entre leur mains car ils définissent le prix TTC du livre. Les marges des autres acteurs de l'éditions ne seront pas modifiés.
Quand au livre numérique, son problème de développement n'est en rien lié à un taux de TVA trop élevé, mais à son statut même. Un livre numérique ne se vendra jamais comme un livre. Peut-on d'ailleurs encore parler de livre...
Commentaires Posté par : L. Seminel | 30 novembre 2011 à 08:31:59
Allons restons lucides !
La concomitance entre la hausse sur le papier et la baisse sur le numérique illustre la volonté des pouvoirs publics de soutenir les lobbies du marché de la "culture" (dont Alexandre Bompard proche du Chateau)dans la recomposition à leur profit de la chaine du livre.
La baisse du numérique ne concerne malheureusement pas les libraires qui n'ont pas su rester intégrés dans cette belle évolution du livre
Par contre le maintien du taux à 7 % qui dera chuter 20 % des libraires en France permettra au monde de l'édition de remodeler à sa main la chaine de diffusion du livre sans en être directement responsable (hormis le fait qu'ils ne repercuteront pas la différence dans leurs prix pour des motifs comme le prix "psychologique" des ouvrages pratiques ....
Allons restons lucides, la librairie indépendante proche de ses lecteurs est désormais condamnée au profit d'un téléchargement soumis au seul impact du "buzz", de la pub ou d'un "plan média".
Ite missae est!
Commentaires Posté par : Dumont | 30 novembre 2011 à 08:37:30
Vous semblez oublier l'impact sur les achats des bibliothèques. 1,5% de plus, ce n'est pas négligeable à l'heure où nos budgets vont en baissant.
Commentaires Posté par : Documentaliste | 30 novembre 2011 à 09:25:45
Et si, plutôt que d'augmenter la capacité de remise à 6% et la TVA à 7%, on maintenait celle-ci à 5.5% (plus simple pour tous) et on annihilait tout bonnement la capacité de remise, histoire d'arriver enfin à un vrai "prix unique" ?!
Quitte, pour "achever" (au sens positif du terme) enfin la loi Lang 30 ans après, à réduire aussi à néant les 9% de remise permises depuis 2003 pour les ventes aux collectivités ?...
Ce qui permettrait peut-être enfin d'imaginer une communication grand public sur un prix unique qui le serait vraiment, unique.
Avant de s'attacher alors à réfléchir à la "chronologie du livre", de même qu'il existe une "chronologie des médias" qui préserve la primauté des salles de cinéma.
Vers un Grenelle, ou un Valois, ou un Yalta du Livre, enjeu de civilisation ? Utopique ?
Commentaires Posté par : Olivier Noel | 30 novembre 2011 à 09:42:25
Je tiens à réagir comme toute petite libraire en région sinistrée.Depuis 7 ans maintenant j'essaie de maintenir à flot ma librairie, n'ayant aucune aide de personne...je voulais dire que si on ne considère pas le livre comme étant NECESSAIRE, allez dire à tous ces parents dont les enfants sont sommés d'avoir tel ou tel bouquin , alors qu'ils n'ont plus un sous en poche !Qu'on augmente la TVA oui, je ne pense pas que l'impact sera grand pour quelques centimes, par contre, qu'on oblige les éditeurs à répercuter la hausse , sinon s'en est fini des petites structures qui ne pourront pas perdre 1.5% sur leur stock.Moi j'ai déjà commencé des retours en espérant qu'ils seront traités rapidement...et que tout le monde prennent enfin conscience que ce qu'il faudrait c'est une remise unique pour tous (comme le prix unique), supérieure à 35%...et qu'on interdise les remises de 5 et 9% pour avoir un vrai prix unique, et que les petits puissent rivaliser avec les grands .Sans compter le SOFIA qui nous taxe aussi de 6% sur les ventes, ce sont les bibliotheques qui doivent payer et pas les libraires, que faire quand on a 25% sur un bouquin, qu'on doit faire 9% aux collectivités +6% à la SOFIA .Et bien moi je ne leur vends plus car avec les frais d'envois je ne gagne rien ! Bien des questions sont posées et à remettre à plat !
Commentaires Posté par : gradulone | 02 décembre 2011 à 07:55:03

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Françoise BenhamouFrançoise Benhamou, Françoise Benhamou est économiste, professeur à l'université Paris 13 et chercheur au CEPN. Elle enseigne aussi dans diverses universités européennes, à l'Institut national de l'audiovisuel et à l'Institut national du patrimoine. Elle est présidente de l'ACEI (Association for cultural economics international), membre du conseil d'administration du musée du Louvre, du conseil d'orientation de la Fondation Jean-Jaurès, du conseil d'orientation du Centre national de la variété, du comité consultatif des programmes de la chaîne franco-allemande Arte, et auteur d'une chronique hebdomadaire sur France Culture. Elle a publié de nombreux articles, rapports, ouvrages, notamment : «L'économie de la culture» (La Découverte, 7e édition 2011), «L'économie du star system» (Odile Jacob, 2002), «Les dérèglements de l'exception culturelle. Perspectives européennes» (Le Seuil, 2006), «Droit d'auteur et copyright» (avec J. Farchy, La Découverte, 2e édition 2009), «Modèles économiques d'un marché naissant : le livre numérique» (Culture prospective, 1, 2010, avec O. Guillon).

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