
Donc, je fais plutôt un retour vers un passé pas si lointain, l’époque où Jean-Paul Dubois sillonnait les Etats-Unis, beaucoup pour le compte du Nouvel Observateur, un peu pour celui de Géo. Et probablement surtout pour son compte propre. De 1990 à 1996, c’est le premier volume de ses Chroniques de la vie américaine – je ne m’étais penché, allez savoir pourquoi, que sur le second, quand les Editions de l’Olivier l’avaient réédité en poche : Jusque-là tout allait bien en Amérique. Je n’en ai pas encore reçu la nouvelle mouture, augmentée d’une quinzaine d’articles. Mais je viens donc de lire ce qui le précédait : L’Amérique m’inquiète (Points, n° 2105, 271 pages, 7 €).
Et j’ai envie de dire : tu parles !
(Ici, une parenthèse qui s’impose sous peine de tromper le lecteur. J’ai un faible, un gros faible, pour l’écriture de Jean-Paul Dubois. J’aime tout ce qu’il fait, qu’il raconte des conneries ou s’attache à un sujet plus grave. Tout n’est pas du même niveau, bien sûr, mais, bon, voilà : je suis un inconditionnel, c’est-à-dire prêt à pardonner d’éventuelles faiblesses – son dernier roman, par exemple, Les accommodements raisonnables, m’a semblé moins réussi, tant pis, j’attends le suivant.)
Je reviens à mes moutons. Ceux qu’on trouve sous le lit quand on n’y balaie pas trop souvent. Les horreurs qui vous sautent aux yeux quand, tout à coup, on se dit qu’il est temps de faire un tour là où l’on ne va jamais. (Je ne suis jamais allé aux Etats-Unis, je me suis contenté de les regarder depuis la rive canadienne des chutes du Niagara, j’en conviens, ce n’est pas grand-chose.)
En matière d’horreurs ordinaires, Jean-Paul Dubois est un bon détecteur. Il rencontre des gens insupportables – il y faut du courage – avant de s’enfuir à toutes jambes. Il traque l’imbécillité acceptée comme mode de pensée majoritaire. Il trouve, dans un désert, une prison qui fait penser à Guantanamo, quand personne n’y pensait encore.
Ses lunettes sont-elles déformantes ? Celles du journaliste qui ne s’intéresse pas aux trains qui arrivent à l’heure ? Ses lunettes me conviennent, en tout cas. Le myope que je suis a l’impression de pouvoir échanger les miennes avec les siennes, puisqu’il me semble comprendre…


Pierre Maury, Pierre Maury, critique littéraire au Soir de Bruxelles, vit à Madagascar depuis une dizaine d’années. Il y est aussi éditeur. L’actualité du livre au format de poche mérite, pense-t-il, une attention digne de l’usage qu’en font les lecteurs. D’où ce blog…