24
Aoû
[Par la bande
]Plagier c'est plagier
Donc, après la « biographie » d'Hemingway signée par PPDA, nous revoilà en présence d'un cas de journaliste « écrivain » pris la main dans le sac du copier-coller. Je veux parler de Joseph Macé-Scaron qui, après les révélations du site Acrimed, a été obligé de reconnaître qu'il avait « emprunté » (sic) des extraits
d'American rigolos, du romancier américain Bill Bryson (Rivages, 2003, pour la traduction française) pour donner de l'épaisseur à son
Ticket d'entrée paru au printemps dernier chez Grasset. Et les exemples donnés par Acrimed sont accablants : les passages « empruntés » sont repris quasiment mot à mot par Macé-Scaron dans son texte. «
J'ai fait une connerie », a-t-il reconnu à « Arrêt sur images », mais il se défend de tout plagiat, et il a même osé cette comparaison ahurissante : «
Il y a chez Montaigne plus de 400 passages empruntés à Plutarque » (re-sic !).
Les plagiaires de tout acabit devraient quand même commencer à se méfier : avec Internet, il devient de plus en plus difficile d'échapper au retour du boomerang, car outre qu'il se trouve toujours un(e) lecteur(trice) vigilant(e) pour repérer les « ressemblances » entre deux textes, il se trouve toujours un site ravi de diffuser l'information. Et la caisse de résonance du web est devenue telle qu'il devient ensuite impossible, pour les médias traditionnels, d'ignorer les faits.
Mais puisqu'on reparle de
Ticket d'entrée, cette histoire de plagiat n'est au fond qu'accessoire. Joseph Macé-Scaron me fait penser à Eric Zemmour. Même façon de se présenter comme francs-tireurs alors qu'ils sont confondants de moutonnerie bien-pensante (pour Macé-Scaron, c'est vis-à-vis de la communauté gay, dont il prétend ne pas partager les codes, alors qu'il arbore les mêmes tatouages pseudo-ethniques qu'affiche n'importe quel homo lobotomisé du Marais, comme le lui avait fait remarquer Thierry Ardisson, à « Tout le monde en parle »). Et même façon de faire croire que leur opinion n'a pas voix au chapitre, alors que l'un et l'autre sont partout ! Ces gens-là se font un fond de commerce de leur prétendue liberté de penser...
Le fond de sauce de
Ticket d'entrée, c'est notamment ça : l'éviction de Macé-Scaron du
Figaro Magazine parce que, assure-t-il, il aurait eu le malheur de déplaire à Nicolas Sarkozy. Et c'est sans doute ce seul argument qui a valu au livre une presse dithyrambique. Mais pourquoi en avoir fait un roman ? Sinon pour prouver que l'on n'est pas romancier, peut-être ? J'avais gentiment décliné l'invitation de son attachée de presse de lire les épreuves de l'ouvrage, tellement le pitch me laissait redouter le pire. J'ai quand même reçu le livre. J'ai fait l'effort de l'ouvrir. Je n'ai pas dépassé la page 20. Mais, bien sûr, Macé-Scaron s'était quand même fait décerner un prix littéraire - vous savez, de ces prix dont les jurés se connaissent tous entre eux et ne cherchent qu'à se faire mutuellement plaisir. Atterrant.
Contrairement à ce que pense Jean-Marc Roberts, la crise de la librairie est moins le fait d'Internet et des ventes en ligne, que de la perpétuation de méthodes d'un autre âge. Comme pour la crise financière, il serait grand temps de procéder à une purge trop longtemps reculée. Quand cessera-t-on de publier de mauvais livres, qui continueront malgré tout d'être recommandés par certains médias pour de pures raisons de copinage, et qui, par la grâce des mêmes réseaux, obtiendront des prix qu'ils n'ont pas mérités ?
Macé-Scaron devrait faire pareil ! Un critique qui plagie c'est pas top tout de même.
Effectivement, "l'ère du soupçon"(que j'emprunte à Nathalie Sarrautte) a de beaux jours devant elle...et ils sont malheureusement justifiés.
A quand un petit café ? Nos points de vue sur le numérique (et les plagiaires) mériteraient un petit upload et je m'en réjouis d'avance !
Confusion, complaisance, tartufferie, vanité et nullité, tricherie etc
Un œil un peu attentif ne pourra que détecter combien la profusion de titres, souvent très proches, suit la vague d'une mode qui oscille entre le light et le terroir, avec ce qu'il faut d'exotique et de tendance. Et on ne s'étonne plus d'y découvrir comme auteurs, d'anciens chroniqueurs de feuilles gratuites, qui en quelques années parviennent en pompant tout ce qui existe à aligner plus de 80 titres parus. Et de jouer les experts !
Le crime reste à ce jour impuni dans la mesure où même la justice, j'en ai fait l'expérience, ne les débusque pas de leur retraite crétoise. Et l'éditeur, qui connaît la musique, emporte le morceau en plaidant l'appartenance des recettes plagiées au domaine public…
De quoi écœurer celle qui sélectionne les producteurs, choisit les produits, élabore les recettes, les teste, les rédige, les publie, en assure la diffusion, et se voit, in fine, piquer le fruit de son travail.
Saveurs d'Orval
Vous avez tout dit
Cordialement
MN Craissati
Il est inacceptable, voire scandaleux, qu'un multi-plagiaire continue à diriger un magazine dédié à la critique littéraire et, donc, censé analyser des œuvres et porter des jugements sur leur valeur, y compris sur leur originalité.
Mais voyant comment il roule les mécaniques à la télé, hautain et plein de certitudes, je doute fort qu'il choisisse de lui-même de débarrasser le plancher.