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10
Mar
[Presse Livres]

Ramon junior

Chaque année, L’Express et RTL réunissent à déjeuner les auteurs des meilleures ventes de livres de l’année précédente. Le Parisien nous apprend que pour l’édition 2009 Françoise Hardy et Patrick Rambaud se sont retrouvés à table avec notamment Simone Veil, Anna Gavalda, Fred Vargas et Claudie Gallay : ça, c’est du mélange ! Mais quand on sait que ces supposées agapes ont lieu au Procope, cantine kitsch pour touristes, on se demande si la prétendue récompense ne tient pas plutôt lieu de punition. Il y en aura au moins un (ou une) qui ne sera pas invité : l’auteur (ou l’auteure) de la « biographie » (sic) de Laurence Ferrari, dont le Canard Enchaîné nous révèle qu’il s’agit d’un « four absolu », avec seulement 500 exemplaires écoulés en un mois. On serait tenté de dire : Enfin une bonne nouvelle !

 

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Il n’y a pas à tortiller : Raphaëlle Bacqué est devenu « La » signature d’importance au Monde. Chaque fois qu’on repère un article sortant de l’ordinaire, quasi inattendu, et en prime bien écrit, il est toujours signé d’elle. Sa dernière livraison, dans le numéro daté de vendredi dernier, ne nous a, une fois de plus, pas déçu. En l’occurrence, un portrait de Ramon Fernandez. Pas le Ramon Fernandez, l’écrivain collabo, dont il a beaucoup été question ces dernières semaines, depuis que Dominique Fernandez, son fils, lui a consacré un livre unanimement salué par la critique. Mais le Ramon Fernandez… fils de Dominique Fernandez — « écrivain érudit, homosexuel militant et académicien français », résume Raphaëlle Bacqué —, et donc petit-fils de l’autre. Ce Ramon-là a 41 ans, et quoique son enfance ait été « baignée de littérature », il a été nommé le 4 mars directeur du Trésor, l’un des postes les plus prestigieux de la haute administration. Les chiffres, « c’est son roman à lui », écrit Raphaëlle Bacqué. La voie par laquelle il peut espérer se faire un nom, et se refaire un prénom. Car pour ce qui est d’une carrière littéraire, la famille lui bouchait déjà pas mal le passage. Ramon Fernandez n’est pas seulement fils et petit-fils d’écrivain du côté paternel, c’est la même chose du côté maternel : sa mère n’est autre que Diane de Margerie, romancière et juré du prix Fémina, et qui appartient elle-même à une famille comptant notamment Alfred Fabre-Luce et Edmond Rostand parmi ses membres… S’il avait brigué un poste à Saint-Germain-des-Prés, on aurait probablement accusé Ramon Fernandez junior de piston. Mais pour devenir directeur du Trésor — et à 41 ans… — ni les belles lettres, ni les lettres de recommandation ne suffisent. En tout cas, alors que resurgit le débat sur l’homoparentalité, voilà qui devrait donner à réfléchir à tous les crétins qui pensent que les enfants d’homosexuels seraient forcément des inadaptés.

 

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S’il y a un marché du livre qui ne connaît pas la crise, c’est bien celui de la bédé de collection : Le Figaro nous apprend qu’il a atteint en 2008 un produit record chez Artcurial, avec des ventes cumulées de près de 8 millions d’euros, en augmentation de 150% sur 2007. Dommage que Pierre Bergé n’ait pas collectionné de petits Mickey.

 

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La surproduction éditoriale, thème en vogue, et pour tout dire inusable : « Les livres de la semaine couvrent le divan, les tables. Certains rampent sur le tapis, insectes qui ne s’écrasent pas… », note un critique de l’Express, qui se désole d’un monde « où chacun veut me raconter sa vie (…). Il n’est pas jusqu’aux philosophes (…) qui ne publient des romans pour nous prouver qu’il ne faut pas raconter d’histoire ». Et c’est signé François Mauriac — dans le numéro de l’Express du 5 mars 1959.

Quand tous ses auteurs s'auto-publient à moindre frais
Sous le couvert d'un IBAN qui vient torcher un cul en noir & blanc
Du côté des surproductions qui font les mauvaises blagues de printemps
Et qu'un tissu de mensonges arrose les plaques d'égouts du bon sens
À la dérobée des publications en pleine mutilation
C'est le bon sens commun qui dénature son droit à la déroute
Quand ils font des artilleurs qui mitraillent tous azimuts
Sur les étagères des libraires autant que dans mille fanzines
On préfèrera le Canard Enchaîné à la NRF puisqu'il faut choisir
Entre les mauvais plaisantins et les sérieux de pacotille
Quand les couverts en or desservent les chandeliers en argent
Piqués au vif par leur propre jalousie surnuméraire
À l'heure des salons du livre hyper quantitatif
Bien peu de quatrième recourbé en méditation
Quand les auteurs ont décuplé le nombre des lecteurs
Et que les acheteurs ont déserté le camp des thuriféraires
La littérature d'entretien a choisi le vieux camp d'une esthétique
Autant le jeu que les vieilles cantines saugrenues
Pour une agape d'un âge centenaire où les noms se taisent
Les auteurs les plus connus n'ont plus rien à dire
Et ceux qui ont l'idée la taisent dans un roman
Sans jamais franchir les mêmes lignes continues
Par crainte d'une amende forfaitaire à vingt-deux euros

Commentaires Posté par : pseudonymes1 | 11 mars 2009 à 00:10:58
La photo de l'évènement est disponible à l'adresse : http://photo-studio-paris.blogspot.com/
Commentaires Posté par : Christian de Brosses | 15 mars 2009 à 11:16:39

auteur

 
Daniel GarciaDaniel Garcia, Changement de cap. Depuis 1998 que je m'intéressais à l'encre électronique, je crois avoir beaucoup donné pour la diffusion de la «bonne parole». Maintenant que nous y sommes, que les «readers» font l'actualité quasi-quotidienne, j'avais envie de changer d'air. Devant l'insistance amicale, mais néanmoins hiérarchique, de ma rédactrice-en-chef, je démarre un autre blog qui traitera du traitement du livre dans les médias, de l'actualité de l'édition vue par la presse, etc. Daniel Garcia est journaliste à Livres Hebdo.

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