
Je vous avais promis une rencontre avec Annie Ernaux, je
vais vous raconter
C’était en 1984 et la famille était rassemblée autour de
Pourquoi ce livre où une femme racontait son père, un pauvre, avec ses yeux de fille qui avait fait des études et était devenu professeure, m’a-t-il à ce point touché, je vous laisse le deviner. Ce sentiment d’être coupé en deux, d’être écartelé entre deux mondes, puis cette angoisse de trahison, évidemment je l’avais vécu comme d’autres. Un livre bouleversant. Annie Ernaux expliquait que pour résister au flot d’émotion elle avait du choisir l’écriture la plus simple -sujet-verbe-complément, pas d’adjectifs, pas d’adverbes, pas de belles phrases-, cette « écriture blanche » comme on le dira plus tard, pour dire le plus intime.
Quelques années plus tard j’ai écrit à Annie Ernaux et Jacques Delors (il travaillait alors à l’Université de Dauphine sur ces questions qu’il connaissait bien lui-même) pour leur dire : mon père vient de mourir, j’ai promis à son cadavre d’écrire un livre pour dire l’histoire de ces traîtres aux leurs. Roman, essai, je ne savais. Annie Ernaux m’a proposé par retour du courrier une rencontre. J’ai déjeuné avec cette belle femme blonde qui avait l’élégance bourgeoise des héroïnes des films de Claude Sautet mais qui vivait en banlieue, était venu en RER à la Brasserie du Lutétia et me parlait pour la première fois d’un sociologue, Pierre Bourdieu, et de son livre La distinction qu’elle me prêta. « Appelez-moi quand vous serez prêt à écrire » me dit-elle en partant. Nos échanges se sont limités depuis à la lecture de ses livres et à ses petits mots pour me remercier de mes articles, quand d’autres, un éditeur minable, un critique nul, se moquaient de la « petite Annie » qui prétendait faire de la littérature avec ses histoires de RER et d’amants de passage. Quant à Delors, sa secrétaire me fit savoir, trois mois plus tard, qu’il n’avait « malheureusement » pas le temps de me recevoir, mais ceci est une autre histoire.
Si aujourd’hui je crois que mon projet n’est pas mort, c’est
à cause de son dernier livre: Les années. Je ne vais pas en faire la
critique puisque je m’en tiens au principe de la séparation des pouvoirs :
pas de critique de livres quand on en édite ou qu’on en écrit, mais je vais
vous dire en quoi ce livre m’a encore une fois bouleversé. Comme toujours il
s’agit d’une femme et de
Souvent, quand on utilise le mot de chef-d’œuvre, on ne sait si le livre dont nous parlons survivra à son auteur et, pire, aux siècles. Celui-là, je le crois car il vit déjà en moi comme il vivra dans de nombreux lecteurs.

Christian Sauvage, Christian sauvage, éditeur après avoir été journaliste et critique littéraire, tient ici un blog mêlant vie quotidienne et vie littéraire. Portant un regard amusé sur nos vies minuscules face à des problèmes capitaux. Et réciproquement.
Ma-ter-ni-té ! Fra-ter-ni-té !
Je cède la place, je ne fuis pas!
Chroniques new yorkaises (4) : The (happy?) End
Chroniques new-yorkaises (3) : Good bye John
Chroniques new-yorkaises (2) : Black & white

La recherche de la place
Est toujours le thème central
De la littérature
Depuis l'origine de l'écriture
Tous se rappellent confusément
Que leur nom s'épelle Gilgamesh
Et qu'un vieillard assis
Les attend quand ils se décident
A sortir du coma confortable
Qui les atrophie de ses effluves
Je n'ai lu que deux de ses livres, pourtant j'en ai plein - et des courts - à la maison... Et je n'ai toujours pas lu "Une femme" alors que je meurs d'envie de le lire.
En attendant, je compte m'offrir "Les Années" lors du passage d'Annie Ernaux au Salon du Livre.
Et merci à Caro[line] de m'avoir fait découvrir Annie Ernaux ! D'ailleurs, je vais la surveiller au Salon du Livre pour vérifier qu'elle achète bien "Les Années" ! ;-))
Cathe@: Oui, bien sûr, nous sommes nombreux dans ce cas. Ce n'est pas toujours la fête, mais c'est bien. pourvu que ça dure...
Krolinh@: "Une femme", livre sur sa mère alzheimerisée, est aussi très touchant. Quant aux "Années"...
Sophie@: Oui on peut aimer Stieg Larsson et Annie Ernaux. Quant à l'"écriture blanche" c'est, pour moi, une écriture qui ne hausse pas le ton, qui ne fait pas style, comme une colère froide pour dire ce qui fait mal.
Cathulu@: Offrez des livres à votre banquier. pendant qu'il lira il ne comptera pas!
Tamara@: Bonne lecture!
GMC@: Bonne écriture!
Merci pour ce beau souvenir !
Et vous Yohan qui connaissez déjà les livres d'Annie Ernaux, savourez son dernier livre, le plus riche sans doute.
Ravie d'avoir trouvé cet article dont je m'empresse de rajouter le lien en bas du mien. Merci pour votre passage !!
http://antigonehc.canalblog.com