15
Mai
[Du côté des lecteurs ?
]Requiem pour la DLL
Ainsi, dans un silence à peine gêné, disparaîtrait la Direction du
Livre et de la Lecture. Ce lieu symbolique représentait le livre et ses
acteurs auprès du monde politique. Que penser de cette disparition ?
La
décision entérine un état de fait. La DLL a progressivement cessé de
vivre sans doute par manque de moyens mais aussi par une sclérose
croissante. S'il fut un temps où le directeur était un militant, la DLL
a ensuite accueilli des énarques en position de repli ou à la recherche
d'un tremplin et les efforts du dernier directeur n'auront pas suffit.
Ces enjeux mesquins ajoutés à certains corporatismes ont évacué la
question majeure de la lecture. Un ministère des auteurs, des
libraires, des éditeurs ou des bibliothécaires ne pouvait faire un
ministère de la lecture ! Qu'est-ce que la lecture pour la population ?
Quelles sont les pratiques ? Sur quels supports ? Quels objectifs et
quelles définitions pour la lecture ? Voilà bien des questions
centrales qui n'ont pas été au coeur de la DLL.
La DLL peut se
targuer d'avoir contribué à la mise en place d'un vaste réseau de
bibliothèques mais la fréquentation (d'après ses propres chiffres :
16,6% d’inscrits en 2005 contre plus de 18% il y a 10 ans) diminue et
c'est bien la dernière a avoir posé la question de la définition ou
redéfinition de la bibliothèque aujourd'hui là où, outre-Manche, des
prises de position ministérielles datent de plusieurs années. Des BMVR
aux « ruches », la logique qui a prévalu est celle de la « qualité » de
l'offre tant en termes d'architecture, de collections ou d'animations.
Mais les faits sont têtus et la lecture de livres s'érode... A
promouvoir le livre, la lecture a parfois été oubliée…
La loi
Lang sur le prix unique a sans doute permis le maintien d'un réseau
appréciable de librairies indépendantes. Cela est à mettre à son crédit
car cela permet une certaine « bibliodiversité ». Mais la diffusion du
livre passe moins par ces librairies que par la grande distribution qui
tient une place majeure dans la démocratisation de la lecture ! Si
l'action publique est moins en capacité de démocratiser la lecture, à
quoi bon une direction du livre et de la lecture !
Le souci en
réalité assez faible de la DLL pour la lecture a produit des résultats
qui ne permettent pas réellement de légitimer sa défense, hélas. Et
pourtant, il reste tant à faire pour la promotion de la lecture et pas
seulement du livre ! Tant à faire pour que la lecture soit une pratique
réellement protéiforme qui rassemble la population dans sa diversité !
Tant à faire pour que la lecture soit l’outil d’un point de vue
rationnel et sensible sur le monde ! Tant à faire pour rendre service à
la population par la lecture !
Qui prendra en charge ces
missions ou d’autres ? Le partage des lambeaux de la DLL à l’intérieur
du ministère de la culture nouvelle formule ne constitue pas un réel
enjeu. Par contre il est possible que la disparition de la DLL signe le
passage à une véritable décentralisation. Si les collectivités locales
ne sont plus incitées à proposer une définition des politiques en
faveur du livre, peut-être pourront-elles mettre à profit leur «
proximité » pour s’intéresser aux lecteurs concitoyens ? Cela supposera
une décentralisation des esprits de ceux en charge de définir ou de mettre
en œuvre ces politiques. Là réside sans doute la clé de l’après-DLL.