RÉCIT/FRANCE 29 AOÛT Pierre Guyotat

Il y a dans l'entreprise littéraire de Pierre Guyotat un côté Duras. Celle d'Un barrage contre le Pacifique ou de L'amant, et dont on a pu dire qu'elle avait passé sa vie à écrire le même livre. Depuis Tombeau pour cinq cent mille soldats (Gallimard, 1967), son premier « vrai » livre, provocant, devenu culte, Pierre Guyotat n'a cessé de revisiter les drames de sa vie, la guerre (il est né dans le Forez, en 1940, dans une famille qui compte des résistants et des déportés), la mort de la mère, la violence extrême subie à l'armée, conscrit en Algérie, soupçonné de sympathies pour « l'ennemi », d'avoir pris fait et cause pour l'indépendance du pays. Preuve à charge, son tout premier titre publié, Sur un cheval, au Seuil, en 1961, grâce au soutien de Jean Cayrol. Sous pseudonyme, l'auteur étant encore mineur et son entreprise ne bénéficiant pas de l'appui de son très bourgeois médecin de père. Après le putsch des généraux d'Alger, il était clairement apparu que le cœur du soldat Guyotat, un « intellectuel », ne le portait pas vers l'Algérie française. Sa hiérarchie le lui a fait payer : pour la seconde fois durant son service militaire, il a été accusé, arrêté, emprisonné, mis au cachot au secret, voire passé à tabac. D'où, sans doute, cette obsession pour la déchéance, la souffrance extrême des corps torturés, avilis, souillés, décrits avec un réalisme parfois insoutenable. C'est cela qui avait choqué les autorités d'alors, gaulliennes, dans Tombeau, puis, surtout, dans Eden, Eden, Eden (Gallimard, 1970).

Depuis les années 2000, Pierre Guyotat revient sur le motif, de façon plus explicite, autobiographique à sa façon, dans des livres comme Coma (Mercure de France, 2006), et aujourd'hui Idiotie, publié par son ami Donatien Grau chez Grasset. Un texte oppressant, qui se rebelle presque contre le lecteur, et dont chaque séquence, les épisodes étant dramatisés à l'extrême, ralentis, ressassés ad libitum, voire ad nauseam, se présente comme une espèce de monologue théâtral. On connaît la passion de Pierre Guyotat pour la scène, la dramaturgie, pour le texte lu face à un public à qui transmettre une angoisse, un malaise. Comme dans Idiotie, jusqu'à la fin, quand le soldat Pierre, qui roule vers la liberté et l'œuvre à faire, n'ose encore y croire.

PIERRE GUYOTAT
Idiotie
GRASSET
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 19 euros ; 256 p.
ISBN: 9-782246-862871

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