Teresa Cremisi : "C’est sympathique un oursin, non ?" | Livres Hebdo

Par Christine Ferrand, le 02.05.2015 (mis à jour le 04.05.2015 à 16h37) Entretien

Teresa Cremisi : "C’est sympathique un oursin, non ?"

Photo OLIVIER DION

La patronne de Flammarion quitte la présidence du groupe début juin. Elle continuera cependant à y éditer ses auteurs et son mandat d’administrateur de RCS MediaGroup est renouvelé pour trois ans. En attendant, l’éditrice publie son premier roman aux éditions des Equateurs, La Triomphante.

Teresa Cremisi - J’ai beaucoup écrit lorsque j’étais en Italie, des préfaces, des traductions - je suis la traductrice en italien de Benjamin Constant, de certains Flaubert, de l’abbé Prévost. J’ai été journaliste, dans le secteur culturel, et j’ai fait de la critique littéraire à L’Espresso et à la radio pendant des années. Mais c’est vrai, c’est mon premier roman. La faute en revient à un éditeur, Olivier Frébourg, qui m’a donné confiance et m’a convaincue.

Ce titre, c’est un jeu. Je le trouve tonique et effronté. Même s’il ne correspond pas à l’état d’esprit de la narratrice qui ne se sent pas du tout "triomphante". Comme on l’apprend dans le texte, c’est en fait le nom d’une corvette du XIXe siècle. Ma narratrice se rêvait en amiral, ce qui n’est pas forcément mon cas. Mais moi j’ai vraiment rêvé, à partir des dessins d’un marin, Ed Jouneau, qui s’est embarqué dans sa jeunesse sur ce vaisseau et a sillonné les océans à une époque flamboyante. Toujours avec son crayon.

Le lecteur peut être troublé par le mélange d’éléments clairement biographiques et de notations purement romanesques. Pourquoi ce choix de brouiller les pistes ?

Une narratrice qui n’est pas tout à fait soi permet toutes les libertés. Bien que je n’aie pas connu la guerre en Egypte (je suis née après… je n’ai pas 80 ans comme mon personnage à la fin du livre…), j’essaie d’évoquer une époque, celle de l’Alexandrie des années 1930-1940, des personnes qui vivaient en équilibre, tranquilles au bord d’un gouffre. Cela peut, je l’espère, parler à d’autres qui ont vécu des moments d’histoire sans savoir ce qui allait se passer pour eux et leurs enfants.

Mais écrire, c’est aussi composer, se laisser porter par l’imaginaire. La deuxième partie est en effet plus inventée.

Vous faites revivre un monde perdu, où l’on possède plusieurs passeports et où l’on ne sait pas très bien de quelle nationalité l’on est. En êtes-vous nostalgique ?

C’est un monde qui n’existe plus, oui. Je ne suis pas sûre d’être nostalgique. C’était comme ça. Avec beaucoup de liberté dans les milieux privilégiés où j’évoluais, mais aussi une grande précarité : l’argent allait, venait. Des fortunes se faisaient, se défaisaient. Le français était notre langue ; certains allaient jusqu’à croire que c’était notre pays.

L’identité et les exils sont en effet au cœur du livre. Mais, cela va peut-être vous étonner, aujourd’hui je ne me pose plus de questions. Je ressens une indifférence plutôt joyeuse.


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