avant-portrait

De ses ancêtres andalous, trois sur quatre - l’autre est un Français, de qui elle tient son patronyme -, Anne Bragance a hérité, outre sa maîtrise de l’espagnol et son visage très oriental, un sacré caractère : "Je fais ce que je veux au moment où je veux", dit-elle. Devise qui l’a guidée aussi bien dans sa vie personnelle, mariages et divorces, que dans sa carrière littéraire. "Jamais aucun éditeur ne m’a influencée ni fait retravailler un texte. Quand nous sommes en désaccord, je pars !"

C’est aussi à ses aïeux pauvres, qui avaient quitté leur pays pour l’Afrique du Nord, qu’elle doit d’être née en 1945 à Casablanca, la ville blanche, capitale économique du Maroc, alors sous protectorat français. Des seize années qu’elle a passées là-bas, fondatrices, elle a conservé "un souvenir très lumineux", une passion pour le Sud - elle vit depuis longtemps non loin d’Avignon - et, peut-être, une énergie positive, une confiance en la nature humaine qui confine, admet-elle, "à la candeur, à la naïveté", et la fait se lancer, parfois, dans des entreprises risquées.

A rebours de la morosité, de la grisaille et de la neige, découvertes au Mans, dans les années 1960, où sa famille s’était installée. Son père, fonctionnaire, avait été nommé en métropole. Elle a raconté cette histoire dans Une enfance marocaine (Actes Sud, 2005), son autobiographie, qui lui a valu une invitation à retourner dans son pays natal, pour la première fois. "Les Marocains me souhaitaient la bienvenue, me revendiquant comme des leurs. C’était magique."

La condition carcérale

Dès 1973, après s’être mariée très jeune et avoir eu ses deux filles, Anne Bragance a publié son premier roman, Tous les désespoirs vous sont permis, grâce à Paul Otchakovsky-Laurens, à l’époque chez Flammarion. "Depuis que j’ai six ans, confie-t-elle, je voulais écrire. Les livres sont ma colonne vertébrale." Aussi longue que celle d’une girafe, alors, avec une trentaine de titres, romans, nouvelles, essais, chez différents éditeurs.

Plusieurs succès, dont un best-seller, Anibal (Robert Laffont), adapté en 2000 pour la télévision et qui continue de se vendre. Par besoin d’argent, elle a été, à un moment, nègre, travaillant pour Michel de Grèce et sa Nuit du sérail (1982). Payée au forfait, elle a obtenu, après procès, non point réparation financière eu égard au succès colossal du livre, mais mention de son nom en tant que coauteur. "L’affaire, depuis 1989, a fait jurisprudence."

Elle publie aujourd’hui Remise de peines, un roman dont le héros est un adolescent, Camille, qui vit avec sa mère, une femme battue par tous ses hommes, jusqu’à ce qu’enfin elle rencontre le bon, Grégoire. Le garçon, au fil des pages, découvre la générosité, en s’investissant dans le projet, venu du Brésil, de réduire les peines de prisonniers grâce à la lecture. Une "utopie" qu’Anne Bragance a elle-même poussée très loin, jusqu’à Christiane Taubira, avant de se rendre compte que c’était irréalisable. Peut-être racontera-t-elle cette histoire dans son prochain livre, qu’elle vient d’achever et qui devrait être "un pêle-mêle, des pépites de mémoire". Fiat lux.
Jean-Claude Perrier

 

Anne Bragance, Remise de peines, Mercure de France. Prix : 15,80 euros. ISBN : 978-2-7152-3582-3. Sortie : 26 février.

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