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Aurélie Julia : « La Revue des deux mondes est visible en kiosque, moins en librairie »

Aurélie Julia dirige la Revue des deux mondes depuis décembre 2022 - Photo DR

Aurélie Julia : « La Revue des deux mondes est visible en kiosque, moins en librairie »

La nouvelle directrice de la Revue des deux mondes souhaite poursuivre le travail de sa prédécesseuse Valérie Toranian qui a recentré la revue sur le débat contemporain et souhaite réengager le dialogue avec les libraires.

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Par Éric Dupuy
Créé le 16.05.2023 à 18h23

Depuis six ans, la Revue des deux mondes est irrémédiablement associée à « l’affaire Fillon », qui défraya la chronique lors de l’élection présidentielle de 2017. Et depuis six mois, la Revue bientôt bicentenaire est dirigée par Aurélie Julia, quadragénaire docteure en littérature et entrée « par la petite porte » dans la maison, en tant qu’attachée de presse « en auto-entreprise » il y a bientôt 15 ans. A la tête d’une équipe de quatre salariés permanents, cette descendante du bibliographe Frédéric Lachèvre (1855-1943), aux traits fins et à la voix douce, qui a collaboré à la Page des libraires, souhaite poursuivre le travail mené par Valérie Toranian, sa prédécesseuse entre 2014 et 2022. Après un dossier sur Nietzche qui vient de paraitre, Simone Veil, l’Inde ou encore le wokisme sont à l’ordre des prochains numéros qui reviennent à certains fondamentaux de la revue, comme le voyage ou la poésie tout en se concentrant sur le débat contemporain.

Livres Hebdo : Comment se porte la Revue des Deux Mondes ?

Aurélie Julia : Plutôt bien ! Nous ne connaissons pas de fléchissement de l’audience comme peuvent le subir de nombreux titres ces dernières années. Nous publions neuf numéros par an et tirons à 10 000 exemplaires, avec une base de 4 000 abonnés. L’âge moyen de notre lectorat est de 55 ans. Distribués en France par Union Distribution (Madrigall), nous sommes également vendus en Belgique, Suisse, Luxembourg, Italie, Canada, Portugal... Avec Valérie Toranian, qui a dirigé la Revue de janvier 2015 à novembre 2022, nous avons entamé une évolution de la ligne éditoriale, développé le numérique avec le libre accès aux archives depuis la création du titre en 1829.  Financièrement, nous avons la chance d’être soutenus par Marc Ladreit de Lacharrière, le propriétaire de la Revue, et par quelques recettes publicitaires. 

« A la rencontre des libraires »

Vous êtes satisfaite de la visibilité en kiosque, mais vous peinez à trouver une place en librairie et en bibliothèque. Comment y remédier ?

Là encore, Valérie Toranian a réalisé un travail formidable auprès des kiosques où nos ventes ont décollé. Nous y sommes plus visibles qu’en librairies et en bibliothèques. Nous devons maintenant convaincre les libraires de mieux nous exposer car nous réalisons des dossiers avec des thématiques susceptibles de les intéresser (Colette, Christian Bobin, Nietzsche…). C’est à nous de prendre notre bâton de pèlerin et d’aller à leur rencontre. Nous devons aussi renouer le contact avec les bibliothécaires et les Alliances françaises à travers le monde qui, souvent pour des raisons économiques, ont interrompu leur abonnement. Grâce aux 194 ans d’archives, que nous valorisons, notre fond est d’une richesse incomparable : la Revue a par exemple publié les Fleurs du mal de Baudelaire en 1855, deux ans avant leur condamnation pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Nous avons par ailleurs étoffé notre rubrique des notes de lecture. En parallèle, il nous tient à cœur de séduire un public plus jeune.

Comment séduire les jeunes aujourd’hui ?

En étant en phase avec les problématiques contemporaines comme le métavers (numéro de février 2023), l’intelligence artificielle (mai-juin 2023), ou le wokisme, dossier de notre prochain numéro. Je souhaite en outre féminiser les plumes qui collaborent avec nous. Ensuite, nous voulons revenir aux récits de voyage, une longue tradition de la Revue des Deux Mondes un peu oubliée ces dernières années, et à la poésie. J’ai également envie de renforcer le ton humoristique, déjà présent avec les dessins de Rodolphe Urbs, collaborateur notamment au Canard enchaîné et au Monde. Nous sommes présents sur les réseaux sociaux et envoyons deux newsletters chaque semaine ouvertes par 12 000 lecteurs. Enfin, nous aspirons à développer des partenariats avec des universités ou des instituts pour monter des événements. Depuis 2008, nous organisons le prix de la Revue des Deux Mondes, qui récompense un essai pour la pertinence de son sujet et pour sa qualité littéraire. Neuf ouvrages ont été présélectionnés le 1er février par notre jury et le nom du lauréat sera annoncé le 1er juin au Bistrot de Paris. 

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