Journal du confinement

Catherine Heude : “ma liseuse est remplie à bloc”

Catherine Heude - Photo DR.

Catherine Heude : “ma liseuse est remplie à bloc”

Trente-troisième épisode du Journal du confinement de Livres Hebdo, rédigé à tour de rôle par différents professionnels du livre. Aujourd'hui Catherine Heude, responsable relations libraires chez Actes Sud.
 

J’achète l’article 1.5 €

Par Michel Puche
Créé le 22.04.2020 à 20h00

« Le temps s’est arrêté ici aussi, loin de Paris, dans la campagne arlésienne. Et le temps n’est-ce pas ce que l’on espère toute l’année sans l’obtenir ? Cette richesse est enfin là et on ne va pas s’en plaindre ! Pourtant j’ai du mal à lâcher l’ordinateur, le portable, les contacts avec les libraires, les groupements indépendants. Faut-il abandonner les présentations de nouveautés prévues en juin ? Quid de la venue des auteurs pour parler de la rentrée à Paris, Lyon ou Nantes ? Proposer des vidéos à la place des rencontres ? Mon travail de responsable relations libraires depuis presque deux ans est basé sur les rencontres, les relations, les échanges. Bien sûr, le net nous aide à maintenir le lien mais le manque est là quand même. Je travaille étroitement avec une équipe, un distributeur pour des libraires, des éditeurs. Petit rouage d’une belle mécanique, j’ai beau vouloir mettre de l’huile pour que la roue tourne mieux, je me retrouve bloquée. Quelques livres envoyés, des réponses à des demandes de responsables de groupement, un bilan de ce début d’année… Comment continuer à anticiper avant le 11 mai ? Je lis chaque jour les lettres de libraires qui lancent des idées – vidéo pour les enfants, lectures à haute voix, découvertes de livres. Chapeau bas à toutes ces bonnes idées !

Alors tournons-nous vers le Mas (prononcez « masse ») et là, il y a du boulot ! Première chose à faire, regarder bibliothèques et piles de livres éparpillés dans presque chaque pièce et trier, ranger. Comme dans le jardin, un désherbage en douceur sans glyphosate, supprimer ceux que je ne lirai finalement pas, ceux que je peux donner, essayer de ne garder que les essentiels. Explorer ses livres, c’est revenir sur sa vie.

Le prochain Mathias Enard, en octobre

J’achète toujours avec plaisir des BD, ces lectures que nous reprochaient nos parents et grands-parents. Ranger, c’est aussi relire. Les BD ont cela de merveilleux qu’on peut les lire pour l’histoire, pour le dessin et pour le plaisir de regarder à nouveau. Mais je n’y arriverai jamais si je les ouvre toutes ! N’ouvrons donc pas le premier tome de la série « Aya » (Gallimard), sinon c’est six volumes à relire, sans pouvoir s’arrêter, avec cette gouaille qui "enjaille" la capitale ivoirienne… Par contre, je ne résiste pas à relire Trois ombres  de Pedrosa ( Shampoing). Enfin mettre tous les Hermann, la série Jeremiah (Dupuis) au même endroit, à côté des Bilal, Tardi et Corto Maltese. Tiens, j’ai acheté deux fois ce Cosey qui m’a tant fait rêver du Tibet. J’ai encore des réflexes de mon premier métier de libraire en exposant en facing certains livres sur les tables.

Dans les toilettes, j’ai accroché un présentoir de cartes postales récupéré dans une librairie, quand j’étais représentante. J’y loge plein de petits livres. Choix des pensées de Leopardi (Allia) côtoie L’Art de péter (Payot),  Prout !, Boris (T. Magnier) ou Pourqouaaaaa de Voutch (T. Magnier). Une vieille BD de Tronchet, Sacré jésus ! (Delcourt), trône à côté de la chasse d’eau. 
Attaquons la pile sur la table de nuit, celle qui ne descend jamais ! Promis, je m’y attèle après avoir fini le prochain Mathias Enard, Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs (Actes Sud), reporté en octobre. Un bonheur de lecture ! Je ne vous raconterai pas l’histoire mais quel humour, quelle gaîté, quelle faconde gargantuesque. Je l’ai dévoré avec la voix rocailleuse de l’auteur au creux de mon oreille. Cela fera partie de la joie de reprendre le travail, défendre des textes comme celui-là.

En attendant Gaudé

La cuisine a aussi son rayon, où j’expurge des livres jamais utilisés. Pendant le confinement, j’irai beaucoup plus l’explorer ! Habituellement, l’indéfrisable Ginette Mathiot (Albin Michel éd.1984),  avec son joli tablier  des années 60 me suffit, mais là, il faut inventer. Si je tentais de transformer la mélisse du jardin en une décoction comme dans Cuisine des bois et forêts  (T. Magnier) reçu au dernier office de mars ?  Dans la chambre d’enfant, sur une table de nuit, Les Fabuleuses aventures des Mous (Rouergue) me rappelle que les meilleurs livres pour enfants sont ceux où les parents ne s’ennuient pas.
Je dévore en trois nuitées le polar de Colin Niel, Seules les bêtes (Babel noir) : je sais, tout le monde l’a lu, mais pas moi ! Le Livre des reines ( J. Chambon) de la libanaise Joumana Haddad s’empoussiérait depuis septembre  2019, je l’ouvre et ne le regrette pas! J’ai dévoré en quelques soirées aussi un autre roman libanais, Les Vies de papier, de R. Alameddine (10/18), formidable hommage aux littératures du monde, sur fond de guerre du Liban.  Sur ma liseuse, je lis ce splendide roman de Lars Mytting (Les Cloches jumelles, Actes Sud) qui ne doit pas être sacrifié à cause du confinement ! Ma liseuse est remplie à bloc des romans de mai-juin, et certains textes d’août arrivent. Je lorgne déjà sur ces derniers car les représentants m’en ont donné envie en partageant leurs lectures sur WhatsApp. Premiers retours enthousiastes sur Barbery, Ducrozet, Bonnefoy et sur une nouvelle série de roman ado, « Darling » (Actes Sud Junior). Pas encore reçu le prochain Salman Rushdie, le Vila-Matas ou le Laurent Gaudé, qui sortent en octobre. Je dois résister en continuant à lire les romans de mai et juin, pour continuer à rattraper mon « retard ».

Et vous ? Racontez-nous comment vous vous adaptez, les difficultés que vous rencontrez et les solutions que vous inventez en écrivant à: confinement@livreshebdo.fr

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