21 août > roman France

Comme une bête (Gallimard, 2012, repris en Folio), son précédent roman, était l’histoire d’un boucher qui entretenait un puissant rapport avec le monde animal. Si elle change radicalement de registre formel, Joy Sorman n’en reste pas moins proche des hommes, des bêtes et de leur sort dans La peau de l’ours. Un conte lancinant qui s’ouvre sur le pacte passé entre un ours et des villageois, interdisant au premier de s’approcher des enfants sous peine d’être poignardé et dépecé. Le "plus noble et le plus courageux des animaux", le "seigneur des montagnes" aux trois cents kilos n’aurait pas dû s’approcher de Suzanne, 17 ans, "porcelaine aux yeux gris, aux cheveux doux comme de la loutre".

Encore moins l’enlever, la retenir prisonnière dans sa tanière et la violer trois ans durant. Quand des bûcherons la délivrent enfin, Suzanne est accompagnée d’un enfant-ours couvert de poils aux reflets roux. Elle va être envoyée au couvent pour le reste de ses jours tandis que son rejeton devient le narrateur de La peau de l’ours. Mi-homme, mi-bête, ce dernier raconte qu’il est d’abord vendu à un montreur d’ours. Et se montre un gentil monstre capable de sauter, rouler, danser, saluer. Il se laisse conduire de place en place au fil de paisibles villages, et découvre la ville et la mer.

Puis il est à nouveau vendu, cette fois à un entrepreneur de combat d’animaux. Mais il refuse pourtant d’affronter des sangliers dans l’arène, de se battre. Un négociant missionné pour remplir la cale d’un navire le récupère alors et lui fait traverser l’océan. Il y aura encore une marche sans fin avant qu’il n’échoue dans un cirque. Lieu qui n’est pourtant pas la dernière étape de son étonnant parcours…

Joy Sorman surprend à nouveau, et pas qu’un peu, avec La peau de l’ours. Un roman enlevé où elle se révèle une conteuse incroyable que l’on écoute bouche bée. L’auteure de Boys, boys, boys (Gallimard, 2005, repris en Folio) et de Paris gare du Nord (Gallimard, 2011) affirme décidément une vraie cohérence dans son propos. Ainsi qu’une belle empathie avec ses protagonistes et un rapport à l’étrange toujours aussi fort.

Alexandre Fillon

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