24 novembre > Essai France > Michael Rosenfeld

Ce document a été plusieurs fois réédité au XXe siècle, jusqu’en 2012, mais toujours dans des versions expurgées. On va vite comprendre pourquoi. L’auteur anonyme est un jeune aristocrate italien âgé de 23 ans. Il admire l’œuvre d’Emile Zola, principalement La curée, et s’adresse à lui, en français, pour lui soumettre l’idée d’un roman sur l’homosexualité. En fait, il parle de lui, de sa condition, de ses amants, de son irrépressible désir qui consume sa vie et de la société qui le condamne.

Zola reçoit ces feuillets avec beaucoup d’attention. Il voit "la sincérité absolue" dans ces pages. "On y sent la flamme, je dirais presque l’éloquence de la vérité." Etant accaparé par les débuts de l’affaire Dreyfus, il transmet ces lettres au docteur Saint-Paul, qui les publie en 1896 sous le titre Le roman d’un inverti-né. Le texte caviardé s’insère dans une vaste enquête médicale, "Perversion & perversité sexuelles", où figure aussi le procès d’Oscar Wilde.

L’excellent travail de Michael Rosenfeld, à partir du manuscrit original reproduit en fac-similé, permet de lire l’intégralité de cette confession. Outre cette fougue et cette propension à se hausser du col pour marquer sa différence en soulignant sa fragilité, l’anonyme se présente tel que le désigne l’époque. Comme un déviant, un malade.

Dans un nouveau courrier, adressé cette fois au médecin après la parution du livre, le jeune Italien est ravi de savoir que son cas n’est plus tu. Il regrette que ce ne soit pas Zola qui en ait tiré une histoire. Mais celle qu’il a racontée constitue un chapitre saisissant sur les mentalités au XIXe siècle.

L. L.

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