Rentrée d'hiver 2022

Doan Bui, « La Tour » (Grasset) : Monter dans les tours

Doan Bui - Photo © Audrey Cerdan

Doan Bui, « La Tour » (Grasset) : Monter dans les tours

Doan Bui fait cohabiter, au cœur des Olympiades, des personnages fondamentalement différents dans une proximité qui n'est qu'apparente. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Marie Fouquet
Créé le 04.02.2022 à 19h40 ,
Mis à jour le 09.02.2022 à 19h00

Les Olympiades, c'est cette zone dans le sud-est de Paris, en plein XIIIe arrondissement autrement appelé « le quartier chinois », où sont plantées de hautes tours aux noms de métropoles olympiques.

« Comme les pieuvres, les Tours changent de couleur la nuit. Peut-être qu'elles rêvent aussi. [...] De loin, la tour Melbourne ressemble à un visage avec des centaines d'yeux qui s'ouvrent et se referment. » Dans ce premier roman très exigeant, Doan Bui imagine l'une d'entre elles, lui invente un nom, Melbourne, et la présente telle une Babel où les destins de ses habitants se croisent, pour le meilleur comme pour le pire.

Parmi eux, Clément, un provincial venu à la capitale pour ses études et aujourd'hui inscrit à Pôle emploi. Grand fan de Michel Houellebecq, il rêve de devenir son célèbre chien, qui porte le même nom que lui. Il est d'ailleurs ravi d'habiter ce quartier, décor du roman qui couronna Houellebecq du Goncourt en 2010, La carte et le territoire. Complotiste drogué à Internet, il est aussi obsédé par le « grand remplacement ».

Illusions tragiques

À quelques étages de là, vit la famille Truong, arrivée dans le quartier après avoir fui le Vietnam, à la suite de la chute de Saïgon en 1975. « À l'époque [...], le pays s'enorgueillissait d'être une terre d'asile. » Sauf que dans des années 1990, derrière l'illusion de la génération « black, blanc, beur », toute une frange de la population française issue des boat people est oubliée de l'expression. Après avoir retracé le parcours de la famille Truong, l'auteure développe le personnage d'Anne-Maï, la fille Truong. Très bonne élève, discrète, éduquée dans la fascination de son père pour la culture française, Anne-Maï ne se reconnaît dans aucune strate de son environnement. Derrière ce personnage aux allures de martyr, il y a le mépris et l'indifférence de la France pour les exilés vietnamiens et l'impact de cette déconsidération sur les jeunes générations. « Tout le monde avait entendu parler de la guerre au Vietnam. Mais par un tour de passe-passe étrange, les Vietnamiens étaient passés à la trappe. »

Doan Bui met en lumière la difficulté à s'installer dans un pays quand on a fui le sien, et dessine ainsi un portrait de la France, de la Coupe du monde de 1998 à la crise du Covid-19, abordant à la fois le racisme, le complotisme, les illusions politiques et les exclusions tragiques.

Doan Bui
La Tour
Grasset
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 20,90 € ; 352 p.
ISBN: 9782246824992

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