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Apporter notre valeur ajoutée

Anne-Laure Aymeric, directrice déléguée littérature générale de Place des éditeurs.

> L’autoédition doit interpeller les éditeurs, car le risque est de passer à côté d’un phénomène qui est déjà une déferlante aux Etats-Unis mais aussi en France. Nous avions anticipé en montant un concept intermédiaire que nous appelons « l’édition accompagnée ». Nous sollicitons nos lecteurs par le biais d’un concours de lecture et d’écriture, « Nos lecteurs ont du talent », qui permettra aux lauréats de voir leur roman publié en numérique sur la plateforme de Kobo by Fnac pendant trois mois. Le projet consiste ensuite à réunir un grand nombre de contributeurs pour lancer notre label « Chemin vert » qui permettra de promouvoir des titres, en numérique d’abord, puis éventuellement en impression à la demande, et d’accompagner des auteurs dans leur écriture. Cela nous permet de constituer une pépinière de nouveaux auteurs et de faire participer nos lecteurs, très actifs dans notre Place des Lecteurs. Car certains textes passent au travers des processus habituels de sélection alors qu’ils peuvent rencontrer un large public. Nous sommes toujours à l’affût des phénomènes émergents aux Etats-Unis du côté du numérique. Avec les Presses de la Cité, nous étions challengers de Lattès sur les enchères de Fifty shades. De plus, les grands opérateurs que sont Amazon ou Kobo risquent d’attirer des auteurs ou des postulants auteurs avec leurs plateformes d’autoédition. En tant qu’éditeur, nous devons nous positionner sur ce créneau, apporter notre valeur ajoutée de sélection, de travail sur le texte, et d’accompagnement de l’auteur. <

Bien définir la place des éditeurs

Alban Cerisier, secrétaire général de Gallimard

> Pourquoi les entreprises d’édition n’investiraient-elles pas le secteur de l’autoédition numérique et imprimée ? Ses effets commencent à se faire ressentir sur le marché du livre francophone, tant en termes de catalogues que de ventes. Bien sûr, cette nouvelle perspective interroge le cadre traditionnel du rapport entre l’auteur et son éditeur, tel que défini par le contrat d’édition et les obligations réciproques qu’il établit. Mais ce modèle, aussi favorable soit-il au financement de la création et à l’élaboration de politiques éditoriales de long terme, n’est pas unique. Il ne couvre pas l’ensemble des aspirations d’écriture et de publication de nos contemporains. Quelques éditeurs en ont pris acte, alors même que les fonctions traditionnelles de l’édition, de la promotion et de la diffusion du livre ont tendance à se « dégrouper » avec l’avènement du livre numérique et le rapprochement qu’il induit entre l’auteur et ses lecteurs. Reste à bien définir la place que peuvent tenir les éditeurs en ce domaine ; les expériences anglo-saxonnes sont intéressantes à suivre. Il s’agit de se distinguer des services aux auteurs déjà ouverts par les opérateurs, lesquels ne diffusent les œuvres que sur leurs seules boutiques et à destination de leurs seuls outils de lecture. C’est donc aussi bien du côté du savoir-faire éditorial que de la pluralité du réseau de vente et de prescription que se situent les atouts des éditeurs. <

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