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Ex-Chapitre : les chevaliers blancs de la librairie

Pascal Dulondel et son équipe de la librairie Chapitre, rebaptisée Cosmopolite, décembre 2013. - Photo Philippe MESSELET

Ex-Chapitre : les chevaliers blancs de la librairie

34 librairies sur les 57 du réseau Chapitre placé en liquidation judiciaire ont pu être sauvées grâce à l’engagement d’une poignée d’entrepreneurs. Certains sont connus des professionnels du livre, d’autres non. Le point sur ces nouveaux libraires, parmi lesquels un ingénieur chimiste, un entrepreneur dans l’agro-alimentaire et un gérant de magasins bio.

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Par Clarisse Normand, Cécile Charonnat
Créé le 06.03.2014 à 18h47 ,
Mis à jour le 03.04.2014 à 17h10

Pour Chapitre, l’aventure a pris fin le 10 février, avec l’arrivée à échéance du délai d’activité accordé dans le cadre de la liquidation judiciaire du réseau. Parmi les 57 points de vente qui étaient à vendre, 34 poursuivent aujourd’hui l’aventure sous la houlette d’un nouveau propriétaire et 23 ont baissé leur rideau.

C’est donc plus du tiers de l’activité qui disparaît, soit 430 emplois et 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pourtant, dans un contexte économique difficile, ce bilan apparaît moins dramatique que prévu grâce à l’engagement d’entrepreneurs désireux de maintenir une offre éditoriale élargie dans de nombreuses villes françaises.

Sur les 26 repreneurs de magasins, près d’un tiers étaient déjà dans la place et travaillaient au sein du réseau Chapitre comme directeur d’établissement, directeur régional ou simple libraire. A l’opposé, certains sont totalement extérieurs au secteur du livre. C’est le cas de deux d’entre eux : Philippe Hosotte, docteur en chimie, qui reprend l’établissement de Saint-Louis, et Philippe Royer, directeur général d’entreprises spécialisées dans la filière laitière, qui rachète celui de Laval, en partenariat toutefois avec un libraire confirmé, Dominique Fredj, patron de la librairie Le Failler à Rennes.

Mais l’essentiel des repreneurs sont des professionnels du livre. Dix d’entre eux sont même déjà libraires… indépendants et saisissent ici l’occasion de s’agrandir et d’élargir leur rayonnement local. A leurs côtés, figurent deux grandes maisons d’édition, Gallimard et, surtout, Albin Michel, qui reprend sept magasins, ainsi qu’une plus petite, Césam (dont Rue des Ecoles est une filiale), dirigée par Philippe Sylvestre.

Saluant "la solidarité qui a animé l’ensemble de la chaîne du livre", la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a tenu à souligner le rôle joué par l’Adelc et le CNL, qui, "grâce aux fonds dégagés dans le cadre du plan du gouvernement en faveur de la librairie indépendante, ont pu apporter, dans des délais très contraints, une expertise et des appuis aux candidats à la reprise qui proposaient des projets viables économiquement. 23 magasins recouvrant leur indépendance ont ainsi pu bénéficier du soutien de ces fonds publics, pour des prêts d’un montant avoisinant 3 millions d’euros".

 

Des reprises encore possibles

Forte de ce bilan, la ministre estime même qu’à l’issue de la procédure collective, "quelques reprises sont encore possibles". A Clermont-Ferrand, un projet de Scop (société coopérative et participative) est en train d’être élaboré par 13 des 35 salariés pour tenter de sauver la librairie. Par ailleurs, une "vente par commissaire-priseur" devrait être organisée prochainement afin de céder les droits au bail des établissements fermés, sachant que "seront privilégiés les projets proposant une activité voisine de celle de la librairie", précise Michel Rességuier, président de Chapitre, dont le mandat se poursuit jusqu’à la fin de la procédure de liquidation sèche. <

 

26 nouveaux propriétaires

Annemasse/Actissia : une boutique pour France Loisirs

La maison mère de Chapitre a finalement gardé le magasin d’Annemasse pour en faire une boutique dédiée à son club France Loisirs.


Antibes/Jean-Marie Aubert : une librairie de référence

Après avoir dirigé la librairie du Louvre à Paris et Les Sandales d’Empédocle à Besançon, Jean-Marie Aubert a acquis la majorité des parts de la librairie niçoise Masséna il y a quatre ans. Il rachète aujourd’hui le Chapitre d’Antibes "pour ne pas laisser perdre cette librairie et lui rendre sa position de leader".


Arras/Arnaud Derville : 100 % arrageois

Ayant débuté sa carrière en 1997 chez Brunet, Arnaud Derville a occupé tous les postes qu’offrait la librairie d’Arras avant d’en prendre la direction il y a onze ans, sous la bannière Privat. Aujourd’hui, il entend "rendre cette librairie à 100 % aux Arrageois", en proposant notamment aux clients intéressés une participation au capital.


Bergerac et Brive/Patrick Hourquebie : haut de gamme à Brive, produits culturels à Bergerac

Directeur général de Virgin, puis fondateur en 1992 de l’enseigne Alice Mediastore, dont le périmètre se limite aujourd’hui à deux établissements, à Arcachon et au Cap-Ferret, Patrick Hourquebie s’est appuyé sur des investisseurs locaux pour reprendre les magasins de Brive et de Bergerac. Sans pour autant envisager de faire de travaux, il compte positionner le premier comme une librairie haut de gamme sur une surface réduite, et le second comme magasin offrant divers produits.


Cherbourg/Céline et Pascal Robert : en plus de l’Espace culturel Leclerc

Propriétaires de l’hypermarché Leclerc de Tourlaville (près de Cherbourg) et d’un Espace culturel, le couple s’est porté acquéreur dès la première vague de cession du Chapitre local, le rebaptisant de son nom d’origine : Forum espace culture.


Chalon-sur-Saône/Jean Develay : avec de la presse

Disposant déjà sous l’enseigne Develay de deux librairies-papeteries à Villefranche-sur-Saône, Jean Develay désirait en acquérir une autre dans une ville "pas trop éloignée". Distant d’une centaine de kilomètres des deux premiers, l’établissement de Chalon-sur-Saône va être rénové du sol au plafond et proposera, en plus des livres et de la papeterie, de la presse, activité qui lui est historique.


Colmar/Christelle et François Céard : tout à refaire

Des montagnes gapençaises, où il a racheté il y a dix ans la Librairie alpine, François Céard, fils de libraire, est passé début février au vignoble alsacien de Colmar. Un bond de 600 kilomètres pour "remettre en ordre de marche" l’établissement Ruc et, d’ici à trois ans, lui donner un nouveau visage.


Dax/Lionel Sallaberry : pied au plancher

Pur produit France Loisirs avec plus de 10 magasins dirigés entre 1990 et 2000, Lionel Sallaberry a racheté début novembre le Chapitre qu’il dirigeait depuis treize ans à Dax. Ce saut dans l’indépendance lui a permis de "gagner en visibilité et de relancer une nouvelle dynamique" en déménageant du deuxième étage au rez-de-chaussée.


Grenoble et Biblioteca/Philippe Sylvestre : mystère

Via sa Compagnie d’éditions scolaires et d’apprentissage multimédia (Césam), maison mère notamment de Rue des Ecoles, Philippe Sylvestre a repris la librairie de Grenoble mais aussi le site de vente aux collectivités Biblioteca. On n’en saura pas plus sur ses intentions.


La Garde-Toulon/Anthony Guillard : retour à la case départ

Directeur du magasin sous l’ère Privat et Chapitre, il en redevient propriétaire, comme cela avait été le cas entre 1999, date de rachat avec son père de la librairie Quartier latin, et 2004, date de cession à Privat. Aujourd’hui, Anthony Guillard travaille à "une reconstruction du magasin et à une reconquête de la clientèle".


Mont-Saint-Aignan/Cédric Thirel : pionnier

Premier, fin juillet, à reprendre une enseigne Chapitre, dans laquelle sa famille détenait encore des parts, Cédric Thirel a réussi un "excellent semestre" sous la bannière Librairie Colbert. Passé par des études de commerce et de gestion, et "amateur de défis", il a, en plus, ouvert en août une succursale spécialisée en médecine au pied du campus médical de Rouen.


Nancy/Gallimard : le fonds, le fonds, le fonds

La maison d’édition se dote d’une nouvelle librairie, en plus des quatre détenues à Paris (Le Divan, 15e ; Delamain, 1er ; Librairie Gallimard, 7e ; La Librairie de Paris, 17e) et de celle de Strasbourg (Kléber). Gardant son indépendance mais épaulé par Kléber à Strasbourg, Le Hall du livre place en priorité la reconstitution du fonds.


Nantes/Daniel Cousinard : contrer Internet

A la tête de Durance, librairie nantaise à dominante scolaire et universitaire, Daniel Cousinard redoutait la disparition du point de vente LMS, spécialisé en médecine, et par suite les risques d’évasion de la demande vers Internet. Tablant sur une complémentarité des activités avec sa librairie, il réfléchit même à redévelopper, dans son nouvel établissement, un rayon scientifique, disparu ces dernières années.


Nevers/Didier Pszonak et Marie Bournet : la référence culturelle

Libraire-papetier depuis 1992, propriétaire de la librairie des Ecoles à Montluçon depuis 1996 et associé à Marie Bournet depuis 2000, Didier Pszonak a été séduit par la taille et l’agencement du magasin de Nevers, qu’il a rebaptisé Pole Art 58 avec l’objectif d’en faire le centre culturel de référence de Nevers.


Nice/Renaud-Bray : un pied en France

La reprise de la librairie niçoise par Renaud-Bray reste l’une des plus intrigantes. S’agit-il, pour la première chaîne de librairies québécoise (29 succursales, 1 000 salariés, 20 à 25 % de parts de marché), d’engager un développement en France ? De s’y doter d’une plateforme d’observation, voire d’approvisionnement ? Le P-DG du groupe, Blaise Renaud, indique n’avoir "pas de commentaire à ce stade".


Rennes/François-Régis Sirjac : ça déménage

Premier sur les rangs pour racheter, dès l’été 2012, la librairie qu’il a créée en 1985, l’ex-directeur du livre de Chapitre n’en fera finalement l’acquisition, après bien des déboires, que début décembre 2013, quelques jours après la mise en liquidation du réseau. Prévu dès l’origine, le déménagement du magasin sera effectif le 28 février.


Roanne/Marie-Rose et Kamel Ouazani : tout bio

"Scandalisés" par la fermeture des librairies, ils ont étudié de près le cas de plusieurs établissements Chapitre avant de se positionner sur celui de Roanne. Marie-Rose Ouazani, libraire à Lyon de 1994 à 2014 chez Flammarion devenue Privat puis Chapitre, rejoindra l’équipe tandis que Kamel Ouazani poursuivra son activité professionnelle à la tête de ses deux magasins d’alimentation bio.


Saint-Brieuc/ Marie-Lou Ribeiro : la jeunesse d’abord

En décembre, Marie-Lou Ribeiro est devenue propriétaire du magasin de Saint-Brieuc qu’elle avait contribué à ouvrir en 2009. Cette papetière de formation, qui a réalisé tout son parcours dans les Forum du livre à Rennes, Nice et Nantes, profitera du départ du corner France Loisirs pour donner au livre une plus forte visibilité, notamment en jeunesse, littérature et BD.


Saint-Etienne/Maria Dufour, Gérald Escudéro et Radouane Taghbalout : stéphanois d’abord

A eux trois, ils cumulent plus de trente ans d’expérience au Forum de Saint-Etienne. Motivés par l’envie de se "rapprocher" des Stéphanois, ils ont un plan en quatre étapes : réachalander le magasin, s’ouvrir à l’occasion et développer les vinyles, créer un café littéraire et lancer un site marchand.


Toulouse/Benoît Bougerol : ô Toulouse

Président du Syndicat de la librairie française de 2006 à 2011, à la tête de La Maison du livre à Rodez, il a été parmi les premiers repreneurs de librairies Chapitre. Cet ancien ingénieur devenu libraire en 1992 avec la reprise de la libraire paternelle, Jouanaud à Toulouse (revendue depuis), revient dans la Ville rose avec la ferme intention de redresser l’établissement repris. Ayant abandonné l’annexe spécialisée en médecine et sciences, il a rapatrié le fonds dans la librairie principale, au 14, rue des Arts, où il entame aujourd’hui une période d’importants travaux de rénovation. <

Angoulême, Cosmopolite, Pascal Dulondel : l’envie de surprendre

Photo PHILIPPE MESSELET

Connu pour son dynamisme et son attachement aux animations, Pascal Dulondel est tombé dans la marmite de la librairie en 1981, à la Maison de la presse de Saint-Brieuc, où il contracte le goût de la rencontre et de l’événementiel.

Débauché par le réseau Plein Ciel, il pose ses valises à Angoulême en 1990, passe successivement sous l’étendard Médiastore, Privat et Chapitre avant d’acquérir, juste avant Noël, le magasin qu’il dirige depuis plus de vingt ans et qui représente "toute sa vie".

Désormais indépendant, ce passionné de 55 ans, qui a toujours "une brosse à dents dans le bureau", entend continuer à surprendre ses clients et regorge d’idées pour aménager les 120 m2 laissés vacants par le départ imminent du corner France Loisirs.

Laval, Corneille, Philippe Royer : retrouver une âme

Photo DR

Dirigeant d’entreprises spécialisées en conseils et services pour la filière laitière à Caen puis à Laval, et déçu de ne voir personne se place lors du premier tour pour reprendre le Chapitre de sa ville, Philippe Royer s’est mis sur les rangs début janvier. L’objectif, pour cet adepte des conférences organisées en nombre du temps de Siloë, est de "retrouver cet état d’esprit et d’insuffler à nouveau une âme à cette belle librairie", rebaptisée Corneille.

Philippe Royer a établi un partenariat avec Dominique Fredj de la librairie Le Failler à Rennes. Pour cela, il a fait entrer au capital quatre salariés et entrepris immédiatement des travaux à la fois pour redonner une cohérence à la surface de vente et pour réduire les charges.

Ramenée à 1 000 m2 sur un seul niveau, la librairie devrait proposer à terme 50 000 références et sera inaugurée vers le 5 avril.

Perpignan, Cajélice, Jérôme Egéa : sa librairie et celles d’Albin Michel

Directeur régional de Chapitre dans le Sud-Ouest, Jérôme Egéa n’a jamais vraiment "décroché" du magasin de Perpignan qu’il a dirigé de 2003 à 2007. Habitant lui-même la ville, il n’a "jamais compté sa peine" pour maintenir à flot l’établissement figurant d’ailleurs dans son périmètre d’activité.

Photo DR

Entré dans le métier en 1997 chez Gibert Joseph après des études d’électronicien, il a fait partie, au moment de la liquidation judiciaire de Chapitre, des premiers repreneurs avec un projet élaboré en concertation avec les 13 salariés du magasin. Dans la foulée, il a également été sollicité par Albin Michel pour chapeauter le nouveau pôle d’activité de l’éditeur (lire p. 15).

A Perpignan, où il a rebaptisé le magasin Cajélice, "nom construit avec les premières syllabes des prénoms de mes enfants et de ma femme", il a déjà embauché deux personnes supplémentaires et s’est donné comme principale priorité la reconstitution du stock et la reconquête de la clientèle.

Montélimar, Nouvelle librairie Baume, François Veyrié : d’abord les travaux

Photo NOUVELLE LIBRAIRIE BAUME

C’est grâce à sa femme, Florence Veyrié, à la tête depuis huit ans de La Maison jaune, à Neuville-sur-Saône, et vice-présidente de l’association Libraires en Rhône-Alpes, que François Veyrié se lance aujourd’hui dans la librairie après trente ans passés dans l’industrie agroalimentaire.

"Convaincu que les indépendants ont un grand avenir", il n’entend pas lésiner sur les moyens à mettre en œuvre pour relancer l’établissement. Au programme : travaux de rénovation et de réaménagement prévus jusqu’à la mi-mars, reconstitution de l’offre et, par la suite, développement des synergies avec La Maison jaune.

Tandis que le management au quotidien reste confié à l’actuel directeur, Didier Dubois, François Veyrié entend définir les grandes orientations de la librairie et se consacrer aux problématiques de gestion, domaine où il ne cache pas avoir de solides compétences.

Saint-Louis, Philippe Hosotte : parce que cela fait sens

Photo DR

Alerté par sa fille, encore à l’école, du risque de disparition de la seule librairie de la ville, ce "passionné de livres et de musique" a aussitôt réagi. Au terme d’une rapide étude financière et aidé des conseils d’un ami libraire à Mulhouse, Philippe Hosotte, docteur en chimie et responsable du département recherche et développement d’une entreprise chimique (PPG), a décidé de racheter l’établissement ludovien, avec sa femme Claude, elle-même cadre dans l’industrie.

Pour autant, pas question pour eux de lâcher leur emploi. La direction du point de vente, qui doit faire l’objet d’une rénovation, continuera à être assurée par Aurore Fuchs. Mais parce qu’il considère qu’une librairie fait sens à Saint-Louis, Philippe Hosotte entend bien s’impliquer dans la vie de l’établissement. Ainsi annonce-t-il une rénovation du local, une reconstitution des stocks et le développement d’un rayon BD.


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