Entretien

Flavia Mazelin Salvi : « Méfions-nous des livres de recettes miracle »

Flavia Mazelin Salvi. - Photo Olivier Dion

Flavia Mazelin Salvi : « Méfions-nous des livres de recettes miracle »

Journaliste spécialisée en psychologie, en charge de l'atelier du moi de Psychologies magazine, elle décrypte la production et la croissance du rayon développement personnel.

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Par Isabel Contreras
Créé le 23.05.2021 à 11h02

Pourquoi y a-t-il un tel essor éditorial de témoignages inspirants en développement personnel ?

Le développement personnel propose des conseils, des exercices, des expériences à faire pour acquérir telle compétence ou dépasser tel blocage. Il est donc logique qu'il y ait partage d'expériences et de « tuyaux », dans la vie réelle et sur les réseaux sociaux, entre celles et ceux qui ont découvert et mis en pratique telle méthode ou telle technique. Parmi les figures inspirantes, on trouve aussi des psys qui pour mieux se faire comprendre, humaniser le lien thérapeute patient, choisissent de parler de ce qu'ils ont vécu, de certains faits marquants de leur vie. L'un des premiers à l'avoir fait, est le psychologue existentiel américain, Irvin Yalom. Enfin, il existe une troisième catégorie des hommes et des femmes qui sont passés du statut « d'expérimentateur », à celui de promoteur, voire d'autopromoteur. C'est ce que j'appelle la troisième voie du développement personnel.

Quelle est-elle ?

Elle est composée d'hommes et de femmes qui se mettent en scène sur les réseaux sociaux et/ou prodiguent leurs conseils dans des livres. La plupart d'entre eux n'ont pas de formation ni même de culture psy. Certains se présentent comme des coachs de vie, d'autres sont uniquement youtubeurs. Ce sont des « petits gourous » qui n'ont pas d'adeptes, mais des followers.

Sont-ils dangereux ?

Ça dépend de ce qu'on appelle dangereux. Ils ne représentent pas un danger vital, on ne parle pas ici de secte. Mais pour autant, il existe des stages, des séminaires et des formations dont les tarifs très élevés ne sont pas justifiés en termes de qualité et de sérieux. Il est évident que certains petits malins profitent du désarroi ou de la crédulité des gens et que le développement personnel est un bon filon. Quand un livre est mauvais, creux, banal, mal écrit, il n'est pas dangereux, mais il fait perdre du temps, et un peu d'argent aussi, à ceux et celles qui sont en questionnement sur leur vie. Ils brouillent les repères. Psychologie positive, pensée positive, spiritualité, ésotérisme, coaching et thérapie, tout est mélangé, mis au même niveau. C'est de la littérature kleenex. Je porte un regard assez critique sur cette production pléthorique et opportuniste, pour ne pas dire cynique. Or, il ne faut pas oublier que les personnes qui achètent les livres de développement personnel sont parfois en détresse et cherchent de vraies réponses.

Mais comment se repérer dans cette production particulièrement abondante ?

Ce n'est pas facile. Aujourd'hui, dans le domaine du développement personnel, on peut se former sur à peu près tout en quelques semaines. Cela dit, tout dépend de ce que l'on recherche. On peut trouver du plaisir et une certaine inspiration dans un ouvrage qui donne des conseils de vie pratique, qui raconte des expériences personnelles ou qui propose des exercices ludiques. Il n'y a là rien de malhonnête ni de dangereux En revanche, méfiance, si l'auteur promet des transformations extraordinaires ou des recettes miracles pour guérir ou acquérir telle compétence ou obtenir tel gain. De manière générale, c'est la formation de l'auteur qui fait la différence. Écouter, conseiller, accompagner, tout cela demande une expertise qui ne s'acquiert pas du jour au lendemain.

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