Imbolo Mbue, «Puissions-nous vivre longtemps» (Belfond) : Une intense résistance

Imbolo Mbué - Photo © Kiriko Sano

Imbolo Mbue, «Puissions-nous vivre longtemps» (Belfond) : Une intense résistance

Le second roman d'Imbolo Mbue oppose un village africain à une multinationale américaine. Une bataille écologique, économique et humaine.

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Par Kerenn Elkaim
Créé le 01.02.2021 à 10h03

La période actuelle ne fait qu'accentuer le fossé entre exploités et exploitants. Le village de Kosawa, situé en Afrique, est fictif, mais il cristallise parfaitement ces tensions si ravageuses. La communauté « se battait contre Pexton depuis notre enfance ; notre terre était empoisonnée avant même notre naissance ». Pexton étant une compagnie américaine venue pomper le pétrole local.

Les effets secondaires s'avèrent désastreux. Les terres sont détruites par les fuites, qui en plus contaminent l'eau potable. Résultat : les enfants meurent empoisonnés. « Les Américains n'ont jamais été témoins de nos souffrances », clament les habitants, alors il est temps de dénoncer fermement cette injustice. « Ils auraient dû savoir que nous ne capitulions pas aussi facilement. » Inégal, le combat entraîne ces êtres spoliés dans une spirale de violence. Au fil des années, la situation ne fait que se détériorer. Les enfants grandissent entourés de soldats et de menaces pesantes. Heureusement qu'il règne une vive solidarité entre eux.

Thula incarne le visage de ce pays révolté. Sa famille aimante représente son socle, mais celui-ci vole en éclats lorsque son père se volatilise au cours d'affrontements. Sa mort scelle le sort des siens. Le Mouvement pour la restauration ne ramène pas les disparus, mais il contribue à aider les victimes de Pexton. La firme internationale désire blanchir son image, aussi accepte-t-elle certains compromis. Thula se voit offrir une chance inespérée : partir étudier aux États-Unis.

« Qu'importe le prix, il était temps qu'elle s'ouvre au monde. » La jeune fille n'a que 17 ans quand elle débarque seule dans ce pays inconnu. Ses bagages encombrants renferment évidemment la tragédie de son village natal et l'espoir d'un monde meilleur. Impossible dès lors de ne pas céder à l'activisme engagé. « Si on doit être vaincus, que ce ne soit pas parce qu'on ne s'est jamais battus. Je serai toujours l'une d'entre nous », écrit Thula à ses proches, là-bas. Imbolo Mbue reste tout aussi fidèle à ses racines camerounaises (Voici venir les rêveurs, 2016). Son second roman est construit comme un chœur de malheur, d'idéologie et de vie.

Imbolo Mbue
Puissions-nous vivre longtemps Traduit de l'anglais (Cameroun) par Catherine Gibert
Belfond
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 23 € ; 432 p.
ISBN: 9782714494061

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