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Inégalité salariale homme-femme: Hachette UK joue la transparence

Inégalité salariale homme-femme: Hachette UK joue la transparence

La branche britannique du groupe français publie un rapport détaillé dévoilant les écarts de rémunération liés au genre parmi ses salariés, et invite ses concurrents à l’imiter.

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Par Nicolas Turcev
Créé le 30.11.2018 à 18h00

Hachette UK a révélé, vendredi 30 novembre, un rapport documentant les écarts de salaire entre hommes et femmes au sein du groupe, repris par bnotre confrère The Bookseller. Dans un effort de "transparence", l’éditeur publie deux ensembles de chiffres, l’un incluant ses filiales de distribution, l’autre non. Cette initiative précède de quatre mois la date limite du 5 avril avant laquelle les entreprises britanniques de plus de 250 salariés doivent renseigner le gouvernement sur les écarts de salaire liés au genre dans leur structure. Hachette invite ses concurrents à suivre son exemple.
 
Le premier jeu de données concerne HUK Ltd, soit l’entité légale de Hachette UK dépourvue de ses filiales de distribution et d’édition, dont Hachette Distribution, Orion et Octopus. Au 5 avril 2018, le groupe rapporte un écart salarial moyen de 30,4%, (contre 29,7% un an plus tôt) et un écart médian de 20,1% (contre 24,7% un an plus tôt). Conformément à la loi, l’éditeur détaille aussi la différence dans les paiements de primes, de 71% d'écart en moyenne, accentuée par la forte proportion de femmes parmi les employés en contrat temporaire (89%).
 
Les résultats pour l’ensemble du groupe, avec toutes ses filiales, sont moins dramatiques. L’écart salarial moyen est de 17,8% (contre 14,2% en 2017) et l’écart médian de 0,6%, en faveur des femmes cette fois, contre 1,3% l’an dernier. Du côté des bonus, les salariées sont récompensées en moyenne 62,2% moins que les hommes (67,1% en 2017), mais l’écart médian leur est favorable de 0,8% (contre 1,6% en faveur des hommes l’an dernier).
 
La différence assez nette entre les résultats de la maison mère et ceux du groupe dans son ensemble s’explique par la présence répandue d’hommes à des postes moins bien payés dans les filiales de distribution, et inversement, par la surreprésentation d’hommes aux positions haut placées au sein de HUK Ltd. Une disparité que la firme tient à souligner par souci de "transparence", et enjoint ses concurrents à faire de même afin que "l’industrie de l’édition dans son ensemble puisse s’attaquer à l’inégalité de salaire homme-femme".
 
« Il reste beaucoup à faire »
 
S’il note une amélioration dans les écarts médians, le P-DG de Hachette UK David Shelley a confié dans un courrier électronique diffusé à ses salariés que les chiffres contenus dans ce rapport ne sont "absolument pas ce que nous voulons qu’ils soient" et affirme qu’il reste "beaucoup à faire". "Rien de tout cela ne se résout instantanément, mais je veux que vous sentiez que nous faisons le maximum possible" a indiqué le responsable aux employés du groupe.
 
L’éditeur prévoit de déployer plusieurs initiatives destinées à résorber les disparités salariales. Concernant les salaires, Hachette UK entend améliorer la clarté des barèmes de rémunération et mettre place un processus formel pour demander des augmentations, trop souvent seulement accordées à ceux qui ont le "courage" de le mentionner auprès de leur supérieur, indique l'entreprise.
 
La maison anglaise entend également être "ouverte aux requêtes" des salariés qui demandent plus de flexibilité dans l’organisation de leur temps de travail. Les employés qui voudraient combiner leurs obligations parentales et leur carrière pourront bénéficier d’un aménagement du congé parental partagé afin qu’ils puissent revenir travailler par intermittence s’ils le souhaitent. L’éditeur expérimente également depuis peu le recrutement à l’aveugle, qui consiste à retirer les noms des candidatures afin d’éviter les biais discriminatoires à l’embauche.
 
Enfin, la nomination de la nouvelle directrice de ressources humaines Melanie Tansey au comité exécutif et conseil d’administration de Hachette UK va contribuer à la féminisation des instances dirigeantes. En 2019, le conseil d’administration comptera ainsi cinq femmes sur onze membres, contre quatre auparavant, et deux femmes figureront au comité exécutif, sur sept membres, contre une seule auparavant.

En France, bien que les femmes représentent les trois quarts des effectifs de l'édition, celles-ci n'échappent pas à l'inégalité salariale générale. En 2017, selon les chiffres du SNE, le salaire moyen des cadres hommes était de 57275 euros, soit 16,7 % de plus que celui des femmes (49050 euros).

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