Bande dessinée

A l'école du webtoon

Pour s'adapter aux nouveautés du marché, les écoles spécialisées intègrent des cours sur le webtoon. - Photo L'Académie européenne de Manga

A l'école du webtoon

Alors que s'ouvre cette semaine le premier festival consacré au webtoon en France et dans un contexte de multiplication des débouchés, les écoles spécialisée en bande dessinée sont nombreuses à intégrer le genre sud-coréen dans leurs cursus. Un intérêt encouragé par certaines plateformes qui y voient un moyen de développer la création locale.

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Par Dahlia Girgis
Créé le 17.10.2022 à 17h26 ,
Mis à jour le 21.10.2022 à 12h42

Le webtoon ne cesse de prendre de l’ampleur en France. Après les plateformes spécialisées et les éditeurs, les écoles françaises de bande dessinée se saisissent du phénomène venu de Corée du Sud. Human Academy, l'École internationale du manga et de l’animation, l’école Jean Trubert ou encore l’Académie européenne de manga… Les établissements sont nombreux à créer des cours ou des masterclass. Les avantages du webtoon sont nombreux selon les spécialistes interrogés : multiplication des lecteurs, possibilité d’être publié plus rapidement ou encore une prise de risque moins importante pour les éditeurs.

"Les débouchés en fin de cursus sont nombreux pour nos élèves", insiste Caroline Parsons, directrice de l’Human Academy à Angoulême. Chez elle, il n’y a pas encore de cours dédié au webtoon, mais les étudiants sont invités à y consacrer leur projet de fin d’études. La cheffe de l’établissement espère inscrire des cours spécifiques dès la rentrée 2023. Pour faire comprendre ces enjeux, elle tiendra une conférence jeudi 20 octobre intitulée "La formation au webtoon, un enjeu qui va nécessairement croître". Sa prise de parole fait partie des tables rondes du festival World Wide Webtoon, première manifestation consacrée au genre en France qui se tient les 20 et 21 octobre à Monteux.

Focus sur la verticalité et le rythme du webtoon

A Paris, l’école Jean Trubert est déjà bien avancée. Dès la deuxième année, les élèves apprennent les codes du webtoon en même temps que la bande dessinée numérique. Pour l’autrice et enseignante, Christelle Pécout, la principale difficulté est le rythme : "Le webtoon est différent de la bande dessinée ou du manga puisque ses épisodes fonctionnent comme un feuilleton, chacun d’eux doit donner envie de “scroller(NDLR : méthode de lecture d’un webtoon en faisant défiler le contenu sur un écran de haut en bas)".

L’Académie européenne de manga invite justement ses enseignants et étudiants à se concentrer sur le support vertical du webtoon. "Il y a beaucoup d'études et d'articles sur le trajet horizontal de l'œil, mais il n'y a presque rien sur le comportement de l'œil face à un support vertical", souligne le directeur de l’établissement Nicola Ronci. La difficulté est alors d’intégrer des modules de narration attrayants avec une pagination plus réduite. "Le webcomic n'est pas une technique en soi, mais une façon particulière de mettre en page et de raconter une histoire", résume le directeur.

Dans l'école, les cours ne se limitent pas à la phase de création. Les conditions de travail sont aussi évoquées à travers une mise en situation professionnelle. L’établissement supervise leurs étudiants dans la création et la publication d’un webcomic sur plateformes. De son côté, l’enseignante Christelle Pécout, également vice-présidente du Syndicat national des auteurs et des compositeurs, met en garde face au risque de surmenage : "Les auteurs sont souvent seuls à créer en entier un webtoon, alors qu’en comparaison un mangaka est appuyé par un studio."

Un nouveau terreau pour les recruteurs

Pour compléter ce penchant professionnel, les écoles misent sur les partenariats avec les professionnels du secteur comme Webtoon factory, Izneo, le studio américain Laurel Pursuit ou encore la société sud-coréenne Naver Webtoon. Cette dernière a commencé dès son installation en France, en 2020, à miser sur les écoles. Le rapprochement se traduit par deux-trois masterclass par an pour présenter le webtoon et le travail d’un de ses auteurs. "Dès qu’il y a un cursus qui touche à l’univers de l’illustration ou du storytelling, nous sommes présents", explique Emilie Coudrat, responsable développement de la filiale française de Naver Webtoon. L’objectif est de trouver de nouveaux talents locaux à ajouter aux 70 auteurs français du catalogue.

La plateforme multiplie donc les appels à projets auprès des étudiants. En partenariat avec la Human Academy, Naver Webtoon propose par exemple d’étudier les premiers épisodes d’un webtoon avec un éditeur. L'étudiant bénéficie ensuite d'un retour, voire d'une publication. L’entreprise reçoit entre 20 et 30 projets par an. Aujourd'hui, deux anciens étudiants de l’institut font partie du catalogue de la plateforme. Autre géant, installé en France depuis près d’un an, Piccoma se dit également prêt à nouer des partenariats avec des écoles, à condition que ce soit à la demande et en compagnie d’un éditeur. Ces derniers rejoignent doucement l’élan français pour le webtoon.

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