Avant-critique Essai

Léonora Miano, "L'opposé de la blancheur : réflexions sur le problème blanc" (Seuil)

Léonora Miano - Photo ©Lina Mensah

Léonora Miano, "L'opposé de la blancheur : réflexions sur le problème blanc" (Seuil)

Dans L'opposé de la blancheur, Léonora Miano interroge avec force et finesse les causes d'une domination occidentale raciste sur les populations désignées comme noires.

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Par Marie Fouquet
Créé le 09.10.2023 à 14h00

Lever le silence. « Si la blanchité s'oppose à la blancheur, c'est parce qu'elle s'est construite dans le refus de fraterniser, allant pour cela jusqu'au crime. » Dans ce nouvel essai, Léonora Miano interroge « le problème blanc », soit une forme d'aisance problématique à s'inscrire comme Blanc dans le paysage social et politique, renforçant une position raciste envers les personnes définies comme Noires. Dans Afropea (Grasset, 2020), Miano déplaçait la terminologie quant à une définition des Noirs en France, préférant employer les termes « Afropéens » et « Subsahariens ». Elle invitait déjà à réfléchir à « œuvrer pour transformer le monde » à partir de la conscience de soi, et de l'endroit d'où on parle, celui d'où on pense.

Dans L'opposé de la blancheur, l'autrice propose de réfléchir à l'expression « homme déconstruit », employée dans le débat sur les relations entre les hommes et les femmes, sous l'angle de la blanchité. « La blanchité n'est pas une simple histoire de couleur [...]. Elle est d'abord le nom que donnèrent certains à leur vorace appétit de pouvoir. Elle est la base d'un système reposant sur l'exclusion. » Léonora Miano montre qu'au cours de l'histoire, dès lors qu'il s'est agi de soumettre des populations comme celles des territoires colonisés, s'est imposée l'idée d'une distinction des races ainsi que d'une hiérarchisation entre elles. De là, le racisme a prospéré et continue d'œuvrer dans nos sociétés mixtes, marquées par l'exil. Or, et comme l'a montré l'historienne Nell Irvin Painter dans son ouvrage Histoire des Blancs (Max Milo, 2019), il n'existe pas en soi de définition des Blancs, qui ne correspondent finalement pas tant à une catégorie de couleur qu'à une catégorie de pouvoir qui a défini les autres par opposition à elle-même : être noir, c'est surtout être non-blanc. D'où le non-sens de l'expression « racisme antiblanc ».

L'autrice rappelle notamment une des tristes constructions françaises du Siècle des lumières : la police des Noirs, qui devait s'assurer que chaque colon ne ramène en métropole qu'un seul esclave et que celui-ci reste bien à la maison, ne se mélange pas aux Blancs et ne goûte aucunement aux idées de liberté -réservées aux hommes de pouvoir. « Le fait d'avoir reconfiguré le monde, d'avoir partout imprimé sa marque et de s'être fondée sur le racisme singularise [la blanchité]. »

L'autrice s'interroge : « Peut-on cesser d'être blanc malgré l'histoire et revendiquer en toute circonstance une singularité d'individu (souvent refusée à d'autres) ? » Léonora Miano met sur la table « une discussion qui tarde à se renouveler », car l'ancien colonisateur « peine à s'énoncer ». Exprimer « l'empreinte de l'Afrique sur l'Occident », déconstruire les rapports, redéfinir les sensibilités et les visions du monde, lever le silence sur un racisme profondément ancré dans nos sociétés permettrait peut-être enfin de « désamorcer la fiction raciale », en acceptant« cette marque indélébile », en s'en réjouissant même, « puisqu'elle témoigne d'une imprégnation de l'autre. C'est ce qui pourrait arriver de mieux à la blanchité. »

Léonora Miano
L'opposé de la blancheur : réflexions sur le problème blanc
Seuil
Tirage: 10 000 ex.
Prix: 17,50 € ; 176 p.
ISBN: 9782021540710

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