Dans son appartement du 20e arrondissement, à deux pas du métro Couronnes, Franck Courtès vous propose une noisette. Celui que l’on a connu brillant photographe est devenu, en deux livres, un écrivain déjà en pleine possession de ses moyens. D’abord, il y a eu les nouvelles d’Autorisation de pratiquer la course à pied (Lattès, 2013, repris au Livre de poche). Lesquelles lui ont valu une belle presse, près de cinq mille lecteurs, une sélection dans la liste du Goncourt de la Nouvelle et le prix SGDL du Premier recueil de nouvelles.

Aujourd’hui, notre homme frappe encore plus fort avec son premier roman. Toute ressemblance avec le père est un texte que son auteur affirme "sincère". Où il reconnaît avoir cherché à parler "de la paternité, de la transmission et du pardon", en mettant en scène un héros "toujours en recherche". Le fort volume n’a pas été facile à engendrer. Courtès s’est assis à sa table de travail, devant son ordinateur. Quinze mois d’affilée, en cherchant à couper, à épurer. Comme celui de son héros, Mathis, son père a trouvé la mort dans un accident de voiture, tué par un chauffard, quatre jours après les 18 ans de son fils.

A l’instar de Mathis, Courtès a cherché à retrouver le coupable. Sans, quant à lui, y parvenir. Devant une deuxième noisette, il évoque son enfance de Parisien contrarié qui comptait les jours avant de filer à la campagne le week-end, dans la vallée de l’Ourcq où se déroule une partie de Toute ressemblance avec le père. Le petit Franck était le deuxième enfant d’un père directeur de la Caf et d’une mère au foyer passionnée de littérature et de cinéma. Des parents tous deux francs-maçons. Il n’aimait pas l’école, le lycée Henri-IV, mais passe le bac et traîne en fac.

Le gamin effacé s’est formé tout seul. Il a lu les classiques à l’école mais a vraiment eu un choc en découvrant l’œuvre de Queneau grâce à une "fiancée". Comme sa sœur aînée archéologue s’était installée au Mexique, il s’envole un an l’y rejoindre, s’y rend utile en servant de chauffeur. Rentré en France, le voici qui se met à la photo, essaye d’écrire et de peindre sans y arriver. Ses premiers clichés, "en noir et blanc, avec un petit appareil pourri", sont imprimés dans Libération et dans le magazine Les Inrockuptibles naissant. Courtès n’a pas oublié le reportage qu’il réalisa alors sur la drogue dans le métro, ses portraits du groupe Everything but the Girl. Pendant vingt-cinq ans, il ne va pas arrêter. En ayant toujours le trac et mal au ventre avant une photo. Ce qui ne l’a pas empêché d’enchaîner les commandes pour Lire ou L’Equipe Magazine. De réaliser des pochettes de disques pour Vitalic, Adamo ou Dominique Dalcan. De devenir le photographe de "La grande librairie" où il saisit, trois saisons d’affilée chaque jeudi, les invités de l’émission de François Busnel. Sa méthode était singulière : après avoir placé ses sujets dans le noir quelques secondes, il balayait juste leur visage d’un faisceau de lampe de poche. Un travail qui a été ensuite réuni dans un album paru en 2012 chez Place des Victoires.

Courir.

Courtès a remisé son appareil argentique. Il explique avoir l’impression d’aller plus loin avec l’écriture. Le déclic n’est pas venu comme ça. Il y a d’abord eu un détour par le judo, art martial qu’il commence sur le tard, où il s’avère "très bon au sol, un peu raide" et termine ceinture marron. Puis cet amateur de Raymond Carver et Philippe Muray dévore Autoportrait de l’auteur en coureur de fond d’Haruki Murakami. Il essaye de courir, trouve ça dur, s’accroche. Participe à un semi-marathon puis à un marathon et se blesse. Le 3 janvier 2011, il se met à écrire sans trop savoir pourquoi, entame une série de nouvelles dont l’une parle justement de course à pied. Lui qui aime être seul, pouvoir organiser son temps s’est vite fondu dans une activité qu’il juge "noble, belle, courageuse".

Où qu’il se trouve, il continue de courir douze kilomètres tous les deux jours. Pour la suite, il a envie de continuer à panacher nouvelles et romans. Le prochain, il en a déjà tombé 80 pages. Tapées en musique avec des bouchons d’oreille ! "J’ai besoin de m’hypnotiser pour écrire", s’amuse ce perfectionniste qui dit avoir à cœur de s’améliorer encore.

Alexandre Fillon

Toute ressemblance avec le père, Franck Courtès, JC Lattès, 439 p., 19,50 euros, ISBN : 978-2-7096-4655-0.

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