Rentrée littéraire 2021

Manon Garcia, « La conversation des sexes. Philosophie du consentement » (Flammarion) : Entre égaux conversants 

Manon Garcia - Photo © Astrid di Crollalanza

Manon Garcia, « La conversation des sexes. Philosophie du consentement » (Flammarion) : Entre égaux conversants 

Le deuxième essai de la philosophe Manon Garcia explore les ambiguïtés et les potentialités émancipatrices du concept de consentement. Tirage à 12000 exemplaires.

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Par Véronique Rossignol
Créé le 29.09.2021 à 20h21

Du titre explicite du récit de Vanessa Springora au remarquable dernier roman de Tanguy Viel La fille qu'on appelle, la question du consentement - sur laquelle s'était penchée la philosophe Geneviève Fraisse dans un livre marquant de 2007 (Du consentement, republié en édition augmentée en 2017) - est devenue une notion centrale dans le débat public, notamment autour de la lutte contre les violences sexuelles. Depuis sa thèse Consentir à sa soumission, un problème philosophique sous la direction de Sandra Laugier, Manon Garcia creuse ce sujet.

La conclusion d'On ne naît pas soumise, on le devient, son premier essai, annonçait le plan de ce deuxième titre, suite logique où elle analyse la façon complexe dont le concept de consentement s'inscrit à la confluence du droit, de la philosophie politique et de la philosophie morale. Enseignante à l'université de Yale, la jeune philosophe féministe, nourrie de la pensée de Simone de Beauvoir et qui établit des ponts stimulants avec les études américaines, s'inscrit dans une démarche de philosophie analytique pour disséquer toutes les ambiguïtés du consentement sexuel, sa polysémie - à la fois choisir et accepter, dire oui et ne pas dire non... -, avec pour objectif de savoir « si, et à quelles conditions, le consentement peut effectivement être un outil d'émancipation ».

Prenant comme étude de cas les pratiques de BDSM ou le contrat de mariage, elle met au jour les deux conceptions morales du consentement, la libérale et la kantienne, qui, selon elle, le plus souvent se combinent. Mais parmi les ambiguïtés qu'elle relève, l'une des plus épineuses est que le consentement peut être à la fois un outil de libération des sexualités opprimées - en tant que « moyen d'expression de l'autonomie sexuelle » - et une légitimation d'un ordre social inégalitaire. Car impossible de penser le consentement en dehors de la domination masculine et de la subordination structurelle des femmes. Sans tenir compte du cadre patriarcal et de cet « échafaudage social » qui façonnent les rapports intimes. Montrant les limites du recours au droit et l'efficacité relative de la réponse judiciaire, Manon Garcia plaide pour élaborer d'abord une « nouvelle éthique sexuelle égalitaire », une troisième voie face au modèle hérité des libertins ou au modèle contractuel.

Face à « l'homme propose, la femme dispose », culturellement construit, ou à la négociation formalisée, elle dessine les conditions d'un « érotisme entre égaux » où le consentement sexuel, conçu comme une « conversation érotique », tenant compte du « caractère profondément relationnel de la pratique sexuelle », serait plus à même d'ébranler les normes de genre. Parmi les pistes de réflexion concrètes, elle suggère une éducation sexuelle digne de ce nom et, dans ce cadre, « une éducation au consentement » inspirée des solutions mises en place dans le domaine de la bioéthique pour garantir l'autonomie des patients face aux médecins. Pour que le consentement manifeste effectivement ce qu'il est censé exprimer : la liberté et l'égalité des individus.

Manon Garcia
La conversation des sexes. Philosophie du consentement
Flammarion
Tirage: 12 000 ex.
Prix: 19 € ; 300 p.
ISBN: 9782080242365

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