21 mai > Roman Etats-Unis

"Nous sommes tous susceptibles, […] de nous éveiller un matin avec le sentiment d’être coupés du monde, […] perdus dans une forêt de ténèbres sans autre moyen pour survivre que de se réinventer en s’inspirant des repères culturels qui permettent à tout un chacun de repartir du bon pied." James Hogue est de ce bois-là dont on fait les fous, les rêveurs, les assassins, les poètes. C’est un menteur, un aliéné fascinant qui croit pouvoir plier le réel à la force de ses désirs. Ce prétendu orphelin et autodidacte, dont la carrière "criminelle" s’étendra sur près de vingt ans à partir de 1985, est avant tout un coureur de fond, à qui la pratique sportive apparaît comme un outil d’accession sociale. Ce rêve d’intégration brisé dans l’œuf à Princeton le jette dans les rets de l’imposture, et ses courses ne seront plus que des fuites en avant. C’est cette trajectoire, de l’Ivy League à Telluride - où il trouve provisoirement refuge -, fascinante, complexe, emblématique de la chute de la maison "Wasp" aux Etats-Unis, que nous narre David Samuels. Signature phare du New Yorker, star incontestée outre-Atlantique d’un journalisme revendiqué comme littéraire, Samuels attache ses pas à ceux de son héros sans empathie ni considérations morales. Son livre rappelle Mauvais sang ne saurait mentir de Walter Kirn (Bourgois, 2015), mais par son ambition et son ampleur il braconne plutôt sur les terres de Joan Didion. C’est un pays qui tombe, un rêve qui se dissipe et que l’on égrène tout au long de ces pages impitoyables et inspirées. Olivier Mony

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