9 septembre > Essai art contemporain France

Curateur : voilà un terme apparu il y a quelques années dans l’art contemporain. Dans le lexique juridique, "curateur" désigne une personne chargée d’administrer les biens d’un mineur ou d’un majeur dans l’incapacité de le faire lui-même. En l’espèce, il s’agit plutôt d’une francisation de l’anglais curator, "commissaire d’exposition". Au-delà de la question de mode ("curateur", ça fait quand même plus branché et moins flic que "commissaire"), la traduction du terme recouvre bien une acception plus large que le commissaire "classique" à qui l’on a confié la "monstration" d’œuvres patrimoniales. Ainsi que le montre le passionnant essai de Jérôme Glicenstein, L’invention du curateur. Mutations dans l’art contemporain, le curateur "indépendant" (en ce sens où il n’est pas relié à une institution ou à un musée particuliers) entend assumer un rôle créatif plus important que le commissaire d’exposition institutionnel. Moins soucieux de la fidélité à l’histoire de l’art ou aux questions de conservation, il se sent moins simple chef d’orchestre que "coproducteur d’art", il "crée" l’exposition en mettant en perspective un choix d’artistes contemporains dont il tire une vision thématique le plus souvent étayée par un abondant appareil critique (catalogue, entretiens, tables rondes). La grande figure du commissaire indépendant, précurseur du curateur contemporain, fut Harald Szeemann avec l’exposition "When attitudes become form : live in your head" ("Quand les attitudes deviennent forme : vivez dans votre tête") à la Kunsthalle de Berne en 1969. D’autres noms illustrent ces nouveaux héros de la scène artistique contemporaine : Pontus Hultén, Jean-Hubert Martin, plus récemment Hans Ulrich Obrist ou Okwui Enwezor…

"Nouvelles vagues", au Palais de Tokyo, est une exposition collective qui proposait à des curateurs indépendants de présenter leur point de vue "curatorial". Dans le dossier de presse, on y louait "un franc-tireur, un amateur du hors-piste, un nomade à la recherche de dépaysement poétique, politique et esthétique". Mais le curateur, censément si proche de créateurs puisqu’il les aide à produire les œuvres, n’a pas échappé au reproche de la part des artistes qui se sentent parfois contraints dans un discours ou un thème auxquels ils ne désirent pas être intégrés ou de la part de certains critiques qui, au contraire, voient dans leur sélection une trop grande latitude, voire un non-choix dicté par le manque d’un vrai regard. Quant à l’indépendance du curateur non institutionnel, elle est souvent mise à mal par le marché de l’art qui dicte sa loi. Quoi qu’il en soit, tout comme les salons au siècle de Diderot ou les galeristes au temps des impressionnistes, le curateur est aujourd’hui devenu un acteur incontournable de l’art contemporain.

S. J. R.

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