27 FÉVRIER - ROMAN Espagnol

Gabi Martínez- Photo CARLES MERCADER/AUTREMENT

Il s'appelait Jordi Magraner. Né au Maroc en 1958, grandi en France non loin de Perpignan, mort dans les montagnes du Pakistan voici dix ans, cet homme de tous les lointains ne se reconnaissait d'autre patrie que le fil de l'horizon. Le monde n'était jamais assez pour ce zoologue qui tenait de Tintin, fasciné comme Hergé par les thèses de Bernard Heuvelmans et qui, comme le petit reporter bruxellois, partit un jour vers son destin sur les traces du grand homme singe ; qu'on l'appelle yéti au Tibet ou barmanou dans ces zones interdites entre Afghanistan et Pakistan où Magraner alla le chercher. Pour l'un comme l'autre, cette quête fut aussi celle d'une unité perdue, de la sérénité ; on ignore si le scientifique catalan les retrouva jamais. Peut-être n'en eut-il pas le temps. Le 2 août 2002, dans la vallée de Bumburet, au coeur de ce pays et du peuple kalash, étonnamment laïc dans un contexte ultrareligieux, on retrouva Jordi Magraner (ainsi que le jeune disciple qui était à ses côtés) mort égorgé, sans que jamais quiconque ne revendique le crime. Assassinat fondamentaliste (Magraner n'était-il pas, sinon un proche, un compagnon de route du commandant Massoud ?), affaire de moeurs, vendetta familiale, meurtre d'un rôdeur, nul ne sut jamais ce qu'il en était vraiment.

Fin de l'histoire et début de la légende. Le zoologue assassiné est devenu un symbole, et sa mémoire est parfois mise au service de peu ragoûtantes et identitaires causes. Du moins jusqu'à ce que le journaliste et écrivain espagnol Gabi Martínez s'en empare et patiemment reprenne l'enquête, sur sa vie, sur sa mort, sur leur force symbolique commune, livrant une somme qui tient à la fois du thriller, de l'essai politique et du tombeau pour un ami perdu. C'est cette somme que publie aujourd'hui Autrement sous le titre un rien réducteur, Histoire vraie de l'homme qui cherchait le yéti. Sa lecture a fasciné Mathias Enard. Il ne devrait pas être le seul.

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