11 septembre > Conte Mozambique

Mia Couto sera peut-être un jour prix Nobel de littérature. On en fait le vœu. Et quoi qu’il advienne, il est déjà l’un des plus grands accordeurs de la langue portugaise. Blanc né au Mozambique en 1955, prix Camoes 2013 entre autres hommages, traduit en français depuis une vingtaine d’années, il a inventé son propre son en organisant collisions et fusions au cœur d’un héritage créole de mots et d’images, où se télescopent imaginaire traditionnel, légendes archaïques et modernité africaine contemporaine.

La pluie ébahie que publie Chandeigne, où a déjà paru en 2005 Tombe, tombe au fond de l’eau - tandis que l’on trouve notamment chez Métailié L’accordeur de silences (2011) et Poisons de Dieu, remèdes du Diable (2013) -, est un conte où le surnaturel se met au service des thèmes chers à l’écrivain : les conflits primitifs qui divisent les humains, les Noirs et les Blancs, les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes… Dans la ville de l’enfant narrateur, la pluie reste suspendue dans l’air sans atteindre le sol et ce "pluviotis" est pour les habitants une sentence de mort. Châtiment des dieux ou catastrophe écologique provoquée par les fumées de l’usine du coin qui empêchent l’eau "de se faire nuage" ? Les explications divisent la famille du garçon dont les membres semblent tous rongés de toxiques secrets. Le grand-père maternel, dépositaire des sagesses et des croyances anciennes, passe ses après-midi à regarder le fleuve qui, comme lui, s’assèche, assis près de la chaise sacrée de son épouse défunte, Ntoweni. Le père, brisé par des années d’allers-retours au fond de mines d’or, dort tout le temps, non par paresse, comme le lui reproche sa femme, mais "par tristesse", dit-il. La jeune tante, vieille fille, "fervente maîtresse de la croix et du rosaire", dont on raconte qu’elle a tué un homme en l’enlaçant pendant une danse, croit, elle, à "un déluge paresseux" qui annonce la fin du monde. Alors la mère décide de se rendre à l’usine, emmenant avec elle son fils… Face à des hommes abattus, jaloux, dominés ou impuissants, Mia Couto donne chant à des femmes mythologiques, capables de créer les fleuves et de faire tomber la pluie. Des déesses qui n’appartiennent à personne. Véronique Rossignol

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