Littérature indienne

Shirshendu Mukhopadhyay, «La tante qui ne voulait pas mourir» (Calmann-Lévy) : Bijoux de famille

Sirshendu Mukhopadhyay - Photo © Biswarup Ganguly

Shirshendu Mukhopadhyay, «La tante qui ne voulait pas mourir» (Calmann-Lévy) : Bijoux de famille

Shirshendu Mukhopadhyay, le plus grand romancier bengali vivant, enfin traduit en français. Tirage à 6000 exemplaires.

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Par Jean-Claude Perrier
Créé le 21.04.2021 à 18h53

Goynar Baksho, littéralement « le coffret à bijoux », est le roman le plus célèbre de Shirshendu Mukhopadhyay. Né en 1935, celui-ci est considéré comme le plus grand romancier bengali vivant. Un livre culte, paru en bangla en 1993 à Calcutta, puis traduit en anglais en 2017 par Arunava Sinha. C'est de cette version qu'est partie la traduction française, ce qui est un peu dommage, car de traduction en traduction, la saveur de l'original tend à s'estomper. Le roman avait été porté à l'écran en 2013 par la réalisatrice Aparna Sen.

On voit bien pourquoi. Dans cette comédie douce-amère somme toute traditionnelle, située dans l'ancien Bengale oriental devenu pakistanais puis indépendant après une guerre féroce, tout repose sur les personnages, trois femmes de générations et de conditions différentes. Elles sont pourtant membres de la même famille Chowdhury, des zamindars (propriétaires terriens), aristocrates brahmanes sur le déclin parce qu'ils se contentent de regarder le temps s'écouler, lisant ou jouant de la musique, se chicanant, se tyrannisant à la maison. Ils vendent régulièrement des terrains ou des fermes afin de générer de l'argent destiné à entretenir toute la famille au sens indien du terme, c'est-à-dire plusieurs ménages avec enfants vivant sous le même toit - sans compter les aînés et même les veuves, qui, quoique mal considérées, appartiennent toujours au clan.

C'est le cas de Pishima, la tante redoutable et redoutée, qui, jusqu'à sa mort, fait régner la terreur sur la maisonnée. Sauf sur Somlata, une femme pauvre mariée à Chakor Chowdhury, gentil mais décadent, qu'elle adore et vénère et à qui elle va réinsuffler l'envie de vivre, d'entreprendre et de se battre. Pour l'argent, elle vend ses bijoux. Elle s'est également approprié le coffret de la tante, d'où le titre originel, et le fait que celle-ci, devenue fantôme, reviendra longtemps hanter sa nièce indélicate. En vain. Somlata, si discrète, devient en fait le vrai chef d'une famille qu'elle relève, tire de la pauvreté, sans en avoir l'air. Et puis il y a sa fille, Boshon, sale enfant gâtée qui repoussera tous les garçons qui tombent amoureux d'elle, y compris Amalesh Bose, pourtant sincère.

Une comédie de mœurs gentiment fantastique, bien menée, avec, en Somlata, une héroïne vraiment attachante.

Shirshendu Mukhopadhyay
La tante qui ne voulait pas mourir Traduit de l’anglais par Edith Ochs d’après la traduction du bengali d’Arunava Sinha
Calmann-Lévy
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 15,90 € ; 144 p.
ISBN: 9782702167410

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