22 août > roman Etats-Unis

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Richard Ford a toujours été un athlète complet. Un prosateur aussi à l’aise dans la nouvelle que dans le roman au long cours. Un écrivain majeur capable d’empoigner les tourments de l’âge adulte, comme il l’a fait avec maestria dans les trois volumes mettant en scène le personnage de Frank Bascombe (Un week-end dans le Michigan, Indépendance et L’état des lieux, Points), ou ceux de l’enfance et de l’adolescence.

C’est vers ce territoire-là qu’il revient justement dans Canada. Dell, le narrateur, est un garçon de 15 ans dont la seule vraie amie est Berner. Sa sœur jumelle qui ne blague jamais et porte un pantalon de pyjama avec des éléphants. Leur existence à tous deux va être sérieusement infléchie par un hold-up, à Creekmore dans le Dakota du Nord. Hold-up commis par leurs parents, qui va valoir à ces derniers de se retrouver dans des cellules de la prison du comté de Cascade à 37 et 34 ans, après avoir raflé moins de dix mille dollars…

Bev Parsons, le père, est un gars de la campagne d’ascendance irlando-écossaise. Un « malin tout sourire », aux manières affables et à l’accent du Sud, qui a piloté des bombardiers, vendu des Oldsmobile neuves puis des Dodge, travaillé dans une agence immobilière proposant à la vente des ranchs et des fermes, ou encore trempé dans un trafic de bœuf volé. Neeva Kempler, la mère, elle, est une petite juive qui a la taille « de Shirley Temple à quinze ans », tient un journal, écrit des poèmes et peut entrer dans des « phases bizarres ».

Les Parsons habitent à Great Falls, dans le Montana. Optimiste et circonspect, Dell joue aux échecs, observe et s’interroge, cherche à trouver « le moyen d’être normal ». Quand on lui demande ce qu’il veut faire plus tard, il répond : avocat. Il n’a pas oublié quand son père l’emmenait, quelques années plus tôt, au cinéma de Biloxi, le Trixi, voir les aventures de Tarzan ou de Laurel et Hardy en mangeant des bonbons, du pop-corn et en buvant du Dr Pepper. Adolescent, il lui a fallu composer avec des parents qui couraient au désastre et allaient même franchir la ligne rouge. Des parents qui pourtant n’étaient ni Bonnie & Clyde, ni les Rosenberg…

Les fervents lecteurs de Richard Ford entendront ici des échos d’Unesaison ardente (L’Olivier, 1991, repris en Points). Un magnifique roman d’apprentissage qui se déroulait également en 1960 dans le Montana et dont le héros était déjà un garçon solitaire de 16 ans. Avec le non moins poignant Canada, l’auteur d’Une mort secrète (L’Olivier, 1999, repris en Points) signe un mélodrame feutré tout en subtilité. Où il donne son meilleur en collant aux basques de l’attachant Dell qu’une amie de sa mère conduit dans le Saskatchewan afin qu’il échappe à l’orphelinat. Al. F.

17.10 2013

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