5 avril > Nouvelles France > Clémentine Mélois

La jeune et facétieuse Clémentine Mélois a fait son entrée en littérature en 2014 avec un premier recueil inclassable, Cent titres (Grasset), où elle détournait les titres et les couvertures d’œuvres bien connues, pour leur ajouter du sens, ainsi que son grain de sel. A l’époque, on avait noté la proximité de sa démarche avec celle de l’Oulipo, incarné par son grand mamamouchi Raymond Queneau, disparu en 1976, un anniversaire qui n’a donné lieu à aucune commémoration marquante.

D’une certaine façon, Clémentine Mélois répare cette injustice avec Sinon j’oublie, un livre encore plus quenellien que le précédent. Comme l’auteur de Zazie, elle est une "gardeuse", une collectionneuse de tout. Les listes de courses, par exemple, qu’elle glane un peu partout. Elle en a sélectionné ici 99, reproduites en fac-similé avec leurs bizarreries, leur orthographe souvent erratique, leur écriture qui fera le bonheur des graphologues, leur poésie aussi, parfois. Chacune de ces listes, elle l’attribue à un personnage, homme ou femme, à qui elle donne un prénom fictif, sauf quand le bout de papier en comporte déjà un, authentique : ainsi Bénédicte, sans doute une collégienne, qui revendique fièrement sa liste de fournitures scolaires. Ou encore Ginette, qui fait de la pâtisserie à crédit. Chaque texte en regard de la liste est comme une petite nouvelle, surprenante, farfelue, émouvante. On notera aussi, histoire de revendiquer sa filiation avec le grand Queneau, la liste de Sébastien, "PRUNEAUX GRENADINE BANANE BETTERAVE", parodie modernisée des fameux Exercices de style. C’est potache mais pas gratuit, savoureux, très réussi. J.-C. P.

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