Avant-critique Roman

Daniel Pennac, "Le cas Malaussène. Vol. 2. Terminus Malaussène" (Gallimard) : Clap de fin ?

Daniel Pennac - Photo © Francesca Mantovani/Gallimard

Daniel Pennac, "Le cas Malaussène. Vol. 2. Terminus Malaussène" (Gallimard) : Clap de fin ?

Avec Terminus Malaussène, Daniel Pennac semble cette fois-ci bien vouloir achever sa saga Malaussène.

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Par Jean-Claude Perrier
Créé le 05.12.2022 à 09h00

Il faut au lecteur attendre la toute fin du présent et copieux opus pour avoir l'explication de son titre, Terminus Malaussène. Un titre à double sens, alors que l'on croyait simplement qu'il annonçait la fin de la saga romanesque à succès, inaugurée en 1985 par Daniel Pennac avec Au bonheur des ogres, dans la « Série Noire ». Car il s'agissait originellement de polars, imaginés par un professeur de lettres facétieux, qui avait vu ses manuscrits « normaux » refusés jusque-là. Mais la suite, triomphale, a prouvé que Pennac en avait sous la pédale, et que son microcosme, celui de la tribu des Malaussène, dépassait largement le cadre du roman policier pour embrasser, à sa façon, notre époque et ses problèmes : violence, immigration, inégalités sociales, racisme, etc. Sans prétention, sans topos idéologiques, juste à travers l'exemple donné par les héros, fédérés et racontés par le plus emblématique, Benjamin Malaussène, fils, frère, oncle, etc. de tout ce petit monde et, à la ville, bouc émissaire professionnel aux Éditions du Talion, dirigées par la mythique Isabelle, alias la Reine Zabo. Cette fois, c'est en décidant de publier Leur très grande faute, le roman d'un de ses auteurs à succès, qui dénonce le trafic de jeunes garçons brésiliens dans le monde du football, qu'elle va apporter sa contribution au bordel ambiant, et aider, au final, à résoudre une cascade d'intrigues, toutes plus loufoques les unes que les autres. Pour faire simple, ainsi que Pennac l'indique lui-même dans une note liminaire, Terminus Malaussène raccroche les wagons avec le volume précédent Le cas Malaussène. Ils m'ont menti (paru chez Gallimard en 2017). Les trois jeunes cousins Malaussène, Mara, Sept et Mosma, venaient de kidnapper pour de rire leur ami Tuc (le boyfriend de Mara) et son père Georges Lapietà, un homme d'affaires plutôt louche, avec leur entier consentement, afin de réaliser ainsi une performance, filmée. Oui mais voilà, ils ont été doublés par Pépère, un ancien gendarme recyclé dans tous les trafics et les crimes possibles, pygmalion d'une véritable armée de jeunes tueurs, aussi policés, cyniques qu'efficaces. Derrière tout ça, qui tire les ficelles, et se pourrait-il que l'État, au plus haut niveau, le ministre de la Justice lui-même, soit mouillé dans l'affaire ? Il faudra moult cadavres, et l'opiniâtreté de la juge d'instruction Talvern (alias Verdun, sœur de Benjamin Malaussène) pour faire la lumière. Intègre, elle finit par démissionner et se recycler en boulangère ! Le roman est emberlificoté à souhait, et si vous ne vous y retrouvez pas avec tous ses personnages, Pennac a même prévu un répertoire, à la page 429. On peut donc se laisser porter par sa fantaisie, ses digressions, ses dialogues pleins de verve, et les tribulations de cette famille Malaussène, qui fait, depuis bientôt quarante ans, le bonheur... des amateurs de littérature populaire de qualité.

Daniel Pennac
Le cas Malaussène. Vol. 2. Terminus Malaussène
Gallimard
Tirage: 110 000 ex.
Prix: 22,90 € ; 448 p.
ISBN: 9782072743863

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