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Dossier Concours administratifs : un dynamisme renouvelé

Olivier Dion

Dossier Concours administratifs : un dynamisme renouvelé

Les éditeurs d’ouvrages de préparation aux concours administratifs bénéficient d’une dynamique favorable d’autant que, suite aux attentats du 13 novembre, les métiers de la sécurité suscitent des vocations qui devraient constituer un important relais de croissance en 2016.

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Par Charles Knappek
Créé le 15.01.2016 à 01h05 ,
Mis à jour le 15.01.2016 à 09h38

AAvec un marché du travail dégradé, l’engouement des Français pour les concours administratifs continue de se vérifier. Le marché, à un an d’intervalle, a globalement progressé en 2015 de 8,3 % en chiffre d’affaires et 6,8 % en nombre d’exemplaires vendus selon GFK. Mais l’équilibre des forces en présence n’en a pas été bouleversé. "Le marché est très mature, mais aussi très concurrentiel. Chaque éditeur s’est forgé une légitimité sur un segment donné et les lignes bougent peu", observe Nathalie Théret, directrice déléguée de Foucher au sein du groupe Hatier depuis l’absorption de la marque par sa maison mère en octobre dernier (de filiale d’Hatier, Foucher en est devenu un département).

"Le marché est très mature, mais aussi très concurrentiel. Chaque éditeur s’est forgé une légitimité sur un segment donné et les lignes bougent peu." Nathalie Théret, Foucher - Photo OLIVIER DION

La plupart des acteurs dressent un bilan positif de l’année écoulée, marquée par un afflux régulier de candidats. Le directeur de Studyrama, Frédéric Vignaux, évoque "une très bonne année" avec une croissance de + 30 % ; chez Vuibert, le directeur François Cohen se félicite de ce que "plusieurs concours comme celui de rédacteur territorial ou d’adjoint administratif territorial ont tiré le marché"."L’embellie des résultats de 2014 s’est maintenue en 2015, grâce à des titres phares comme Rédacteur, rédacteur principal, Adjoint technique, Adjoint du patrimoine et Animateur, animateur principal ou encore un titre que nous sommes les seuls à proposer, Educateur et conseiller des activités physiques et sportives", indique pour sa part Dominique Lesage, du département de l’édition de La Documentation française.

"Les 3 000 exemplaires du tirage de la première édition du CRPE tout-en-un pour les nuls ont tous été vendus et nous avons décidé d’annualiser le titre." Laure-Hélène Accaoui, First- Photo OLIVIER DION

Prime à l’ancienneté

La recette du succès est connue : "Le public est classique dans ses attentes, il faut être solide dans le contenu et à jour sur les annales", indique Manon Savoye, directrice éditoriale chez Ellipses. Le constat est le même chez Hachette, qui organise son offre autour de trois types de produits : des tout-en-un par concours, des ouvrages par matière et enfin des fiches de révision. "Ces trois catégories de titres sont proposées dans la collection "Objectif concours". Ce sont les tout-en-un qui se vendent le mieux", note Julie Pelpel-Moulian, responsable éditoriale supérieur, technique et numérique chez Hachette.

"L’ouvrage d’admissibilité a très bien fonctionné. Ce sont de bonnes performances car les ventes interviennent sur des périodes courtes." Frédéric Vignaux, Studyrama- Photo OLIVIER DION

Du côté de Nathan, les temps forts de 2016 sont les concours d’adjoint administratif, de surveillant pénitentiaire, de sous-officier de gendarmerie ou encore, en fin d’année, d’attaché territorial et d’assistant territorial spécialisé des écoles maternelles. Et s’il n’y a pas de nouveautés prévues pour cette année, le directeur éditorial du département sciences et concours, Patrick Gonidou, insiste sur l’importance d’entretenir le fonds et annonce la poursuite du remaquettage des couvertures de ses titres, qui "améliore le repérage en librairie".

Dans ce contexte, les challengers peinent à exister. "Les gros éditeurs dominent, observe Bérengère Tricoit, responsable adjointe du rayon universitaire-concours administratifs au Furet du nord de Lille. C’est une question de confiance, les candidats préparent des concours importants. C’est pour cela que les petits n’y vont pas, ou très peu." Il est déjà difficile pour les éditeurs en place d’investir de nouveaux segments : chez Foucher, la collection "Trajectoire", lancée en mars 2014, peine à s’imposer avec des titres comme Les politiques publiques ou La culture territoriale, qui sont des thématiques largement couvertes, par exemple, par La Documentation française. "Il y a une prime à l’ancienneté sur ces catégories transversales", confirme Bérengère Tricoit, au Furet du nord. "On arrive à exister dans les grandes librairies qui ont beaucoup de fonds, en revanche dans les petites surfaces, l’espace est occupé par les éditeurs historiques, concède Nathalie Théret. Foucher est connu pour ses ouvrages de révision, moins comme un éditeur proposant la quintessence de l’art autour d’une matière." L’éditrice ajoute par ailleurs que le segment de la révision, à travers la collection "Pass’ Foucher", confirme sa bonne tenue par rapport à la collection historique de tout-en-un "Foucher concours" dont le travail sur les couvertures des ouvrages a été engagé cette année en 2015 afin d’en clarifier le positionnement. La concurrence est telle qu’il est important pour les éditeurs de simplifier leur offre. "Nous sommes conscients du fait que c’est compliqué pour les libraires de s’y retrouver. Ça l’est déjà pour les spécialistes. Les concours évoluent très vite, les terminologies aussi, nous mettons donc le maximum d’informations sur les couvertures et nous avons opté pour un code couleur unique bleu, à l’exception de notre série de fiches par disciplines qui est, elle, déclinée en rouge", confie Manon Savoye.

Renouveler le fonds

First est le seul nouvel acteur du rayon depuis deux ans et parvient à imposer sa marque. La maison d’Edi8 (groupe Editis) a bénéficié du succès de titres comme La culture générale pour les nuls et poursuit sur sa lancée avec Tests psychotechniques pour les nuls, paru en octobre, et Tests de personnalité et motivation pour les nuls en janvier. "La tendance est à une forte hausse du recrutement de fonctionnaires. On parle de 80 000 créations d’emplois en 2016 et il y a en moyenne un poste pour 10 candidats, indique Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale du pôle référence chez First. C’est donc un marché potentiel de 800 000 personnes qui nous intéresse fortement." En mars, l’éditeur annonce dans ses cahiers d’entraînement un Réussir son oral pour les nuls. "L’an dernier nous étions encore nouvel entrant et la question était de savoir si nous étions légitimes. Nos résultats montrent que oui", se félicite Laure-Hélène Accaoui, éditrice du pôle référence.

Les éditeurs historiques, eux aussi, renforcent leur offre et renouvellent le fonds. Parmi les nouveautés récentes ou à paraître en vue des concours qui auront lieu en 2016 et 2017, La Documentation française s’appuie sur la première parution d’Assistant de conservation et assistant de conservation principal du patrimoine et des bibliothèques. "Nous sommes les seuls à proposer ce titre, souligne Dominique Lesage. En parallèle, nous comptons sur les nouvelles éditions de titres porteurs comme Attaché territorial, Attaché de conservation du patrimoine et Agent de maîtrise." La maison publie également le 27 janvier une nouveauté importante dans la collection "Formation administration concours" ("FAC"), intitulée Le cas pratique. "Cette épreuve est l’un des nombreux avatars de la note, décrypte Claire-Marie Buttin, responsable de la collection "FAC". Les candidats travaillent à partir d’un grand nombre de documents et on leur demande de produire un courrier pour résoudre un cas."

Chez Ellipses, l’une des nouveautés de l’année est le traitement distinct des concours interne et externe d’attaché territorial. Ce concours, biennal, est l’un des incontournables du genre et l’éditeur ne l’avait pas couvert en 2014. "Notre dernière édition datait de 2012, explique Manon Savoye. Il y a deux ans nous n’avons pas été en mesure de proposer un titre, faute de bons auteurs. Nous revenons pour la session 2016 avec une offre pour les deux concours parce que le nombre de candidats le justifie." Chez Vuibert, le concours d’attaché territorial a donné lieu en novembre à la parution d’un tout-en-un dans la collection "Admis". Il sera complété en février par un titre dans la collection "100 % efficace". "C’est l’un des concours les plus importants pour nous en 2016", explique François Cohen, qui signale par ailleurs la parution importante en janvier de Tests psychotechniques et d’aptitude : super préparation. Foucher publie aussi une nouvelle édition d’Attaché territorial et a renforcé son catalogue en novembre avec une nouveauté, L’intercommunalité. "Ce titre peut intéresser les candidats de tous les concours territoriaux, mais aussi les maires", indique Nathalie Théret. En revanche, le titre dédié à l’oral du concours d’attaché territorial, paru en 2014 et que Foucher affirme être le seul à proposer, n’a pas rencontré le succès escompté. "Les candidats ont tendance à se concentrer sur les épreuves écrites et il y a aussi sans doute une question de pouvoir d’achat", analyse Nathalie Théret.

Niches éditoriales

Sur le marché du concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE) dominé par Nathan, Hatier, Vuibert et Hachette, le nouvel entrant, First, est aussi parvenu à conquérir une place appréciable. "Les 3 000 exemplaires du tirage de la première édition du CRPE tout-en-un pour les nuls ont tous été vendus et nous avons décidé d’annualiser le titre, indique Laure-Hélène Accaoui. Depuis sa parution en septembre, la nouvelle édition s’est déjà écoulée à 1 500 unités." Malgré l’installation du marché de l’occasion, les acteurs restent globalement satisfaits de leurs performances. C’est notamment le cas de Studyrama, qui a la particularité de proposer deux tout-en-un pour les épreuves écrites d’admissibilité et les épreuves orales d’admission alors que la majorité des éditeurs propose au moins un titre par matière. "L’ouvrage d’admissibilité a très bien fonctionné, avec 2 500 exemplaires, et celui sur les épreuves d’admission aussi avec 2 200. Ce sont de bonnes performances car les ventes interviennent sur des périodes courtes", souligne Frédéric Vignaux, chez Studyrama.

La dynamique reste donc bonne, deux ans après l’importante réforme du concours, même si l’éclatement des matières a quelque peu compliqué le travail des acteurs. "Avec le nouveau CRPE, l’offre est très diversifiée, relève Olivier Garreau, éditeur chez Hachette. Avant, les candidats avaient à peu près tous les mêmes épreuves. Maintenant c’est beaucoup plus diffus et on manque encore un peu de recul après deuxconcours." Il est cependant déjà avéré que certaines épreuves orales comptant pour l’admission comme arts visuels ou éducation musicale sont très peu choisies et font donc l’objet de peu de publications. Un inconvénient qui peut être retourné en avantage pour les rares éditeurs qui les inscrivent à leur catalogue. "Nous arrivons à obtenir de jolis succès sur ces matières de niche comme l’éducation musicale, que nous sommes l’un des seuls à couvrir", illustre Manon Savoye, chez Ellipses. A l’inverse, sur les matières les plus choisies comme histoire ou géographie, la concurrence est féroce et il est plus difficile d’émerger."

Affiner l’offre

Ces deux années d’expérience permettent aussi d’affiner l’offre. "Après deux sessions de concours, nous avons pu faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire au sein de nos livres, précise Patrick Gonidou, chez Nathan. Nous avons constaté qu’une majorité de candidats prépare l’oral après avoir passé l’écrit. Cela leur laisse à peine quelques semaines pour assimiler toutes les connaissances requises ; nous faisons donc en sorte de leur proposer des contenus qui ne sont pas trop lourds." La filiale d’Editis a publié en août de nouvelles éditions des deux tomes de français et des deux tomes de mathématiques et en a profité pour proposer une nouvelle couverture, une nouvelle maquette intérieure et un nouveau logo "CRPE". Les nouvelles éditions des titres consacrés aux épreuves orales paraissent en janvier et Patrick Gonidou signale que l’édition 2016 du titre EPS s’adaptera aux nouvelles modalités de l’épreuve d’éducation physique et sportive. Les recteurs d’académie choisissent en effet quatre types d’activités physiques et sportives parmi les huit les plus fréquemment enseignées ; celles-ci font chacune l’objet d’un chapitre à part. Dans l’ancien programme, ces activités étaient présentées par année de cours, de la maternelle au CM2, et ne faisaient pas l’objet d’un référencement unitaire. "Nous avons réorganisé le contenu pour faire apparaître ces 8 activités par chapitre. Cela évite aux candidats d’avoir à chercher des fragments d’information dans tout l’ouvrage", précise Patrick Gonidou.

Du côté des nouveautés, Hachette complète son offre sur le CRPE. Outre les titres par matière et des QCM, l’éditeur a inauguré une série Entraînement au sein de sa grande collection "Objectif CRPE". Un premier titre d’entraînement consacré à l’épreuve de mathématiques est paru en novembre ; il est complété le 16 janvier par son équivalent en français. Pour sa part, Vuibert enrichit en ce mois de janvier sa collection "Admis" d’une nouveauté, Entretien à partir d’un dossier : EPS et système éducatif. Toujours dans les concours d’enseignement, on peut aussi signaler chez Foucher la parution le 20 janvier d’une nouvelle édition d’Epreuve orale : mission et condition d’exercice du métier de professeur, analyse de situation professionnelle, destiné aux concours du second degré (Capes, Capet, agrégation…).

Les concours administratifs en chiffres

L’engouement pour les métiers de la sécurité

 

Depuis les attentats de janvier 2015, et plus encore depuis les tueries du 13 novembre, les concours ouvrant aux métiers de la sécurité (militaire, gardien de la paix, gendarme…) suscitent un regain d’intérêt.

 

"Ces annonces de recrutement auront un impact sur les ventes d’ouvrages et nous sommes en mesure d’y faire face." Patrick Gonidou, Nathan- Photo OLIVIER DION

La tendance est encore timide, mais quelques éditeurs l(on observée : les livres permettant de préparer les concours ouvrant aux métiers de la sécurité enregistrent un regain d’intérêt significatif. Chez Studyrama, Engagé volontaire de l’armée, qui propose des tests et de la méthodologie pour préparer l’épreuve d’évaluation, s’est par exemple vendu à 200 exemplaires dans les quinze jours qui ont suivi les attentats de Paris et de Saint-Denis du 13 novembre. "Habituellement, nous en vendons 1 500 par an, compare Frédéric Vignaux, directeur des éditions. Depuis les attentats, on observe globalement un pic autour des concours liés aux métiers de la sécurité, qui sont déjà traditionnellement des secteurs dynamiques."

"Les attentats ont réconcilié une partie des jeunes avec la police et la gendarmerie, note pour sa part Julie Pelpel-Moulian, responsable éditoriale supérieur, technique et numérique chez Hachette. Nous allons compléter notre offre en la matière. L’Etat a décidé de recruter davantage, ce marché va devenir porteur." Hachette s’intéresse notamment au concours de sous-officier de la gendarmerie, absent de son catalogue, même si aucun projet concret n’est encore lancé pour 2016. L’éditeur dispose déjà de plusieurs titres adaptés aux métiers de la police. Paru fin 2014, Gardien de la paix a vite trouvé son public. Hachette s’appuie aussi sur le tout-en-un Agent spécialisé de la police technique et scientifique et compte renforcer son offre pour couvrir les grades supérieurs.

8 500 nouveaux postes

Les perspectives sont prometteuses : François Hollande a annoncé dès le 16 novembre la création de 5 000 emplois de policiers et de gendarmes dans les deux ans à venir, et de 2 500 nouveaux postes dans l’administration pénitentiaire et pour les services judiciaires. 1 000 postes doivent également être créés dans les services des douanes, tandis que les effectifs de l’armée ne subiront aucune réduction au moins jusqu’en 2019. "Ces annonces auront un impact sur les ventes d’ouvrages et nous sommes en mesure d’y faire face avec nos titres couvrant les concours de gardien de la paix, de sous-officier de gendarmerie, mais aussi de policier municipal et de sapeur-pompier", constate Patrick Gonidou, directeur éditorial du département sciences et concours chez Nathan.

Mais si les premiers frémissements sont déjà perceptibles, les conséquences sur les ventes se feront surtout sentir à moyen terme. "Il est trop tôt pour parler de tendance parce que les gens ne se sont pas encore inscrits aux prochaines sessions des concours, estime ainsi François Cohen, directeur de Vuibert. Nous vendons déjà aujourd’hui beaucoup de livres couvrant les concours de gendarme et de gardien de la paix, mais cela correspond à la période de révision." Le concours de sous-officier de gendarmerie est en effet organisé deux fois par an, en septembre et en mars, mais la Gendarmerie nationale a prolongé jusqu’au 9 décembre dernier la période d’inscription pour la session de mars. De quoi doper les ventes en librairie ? Les éditeurs, eux, s’intéressent plus que jamais à ce marché. "Les métiers de la sécurité forment un secteur que nous regardons avec attention", confirme Marie-Anne Jost-Kotik, directrice éditoriale du pôle référence chez First, éditeur arrivé récemment sur le segment des concours administratifs avec sa collection phare "Pour les nuls", mais encore absent de la police et de la gendarmerie.

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